Portugal

Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /2008 22:18

Sa chanson m'agace, d'abord je l'avais vue sans le son... problème de réglage de l'ordinateur... alors j'ai recopié tout le texte, à la main... Bon, là je viens de trouver les paroles toutes répertoriées en portugais, et si j'ai de la chance, il y aura même la traduction, sinon... il faudra que je m'y colle (je m'y suis collée...).

Puis, ça m'a irritée : ce chanteur célèbre, avec sa tournure/ "fourrure", ses dorures, son "bling bling", sa voix (oui, j'ai réussi à remettre le son) encore plus énervante : il se gargarise, "qu'est-ce que toute cette misère ?", que c'en est indécent. Pourtant je l'avais apprécié dans La lettre de Manoel de Oliveira (c'était lui le rocker), mais là, sa voix... m'énerve. Voilà ce que je ne supporte pas chez les Portugais... : le côté provincial, déjà Eça de Queiros (si j'ai bonne mémoire) s'en plaignait. Y a pas... je préfère, malgré son énorme passif, Bertrand Cantat et Noir Désir (j'ai honte...).

Je voudrais, quand même, remercier Lusina, chez qui j'ai trouvé le clip : les images m'avaient abasourdie (je vous rappelle que je n'avais pas la voix), les paroles (les sous-titres) me semblaient sidérantes et géniales, mais dès que je les ai eues écoutées, j'ai déchanté... Non, pas ça, pas cette récupération si... tranquille.

 

Pourtant, j'y avais vu quelque chose de "génial"... il fallait bien que ça corrresponde (correspondît pour les puristes) à quelque chose.

 

Alors, tout d'abord les voici, sans image et sans musique, après si vous en avez vraiment envie... vous les écouterez.


Quem me leva os meus fantasmas ?                             Qui me délivrera de mes fantômes ?

(Pedro Abrunhosa) 

Aquele era o tempo                                                     C'était le temps
Em que as mãos se fechavam                                 Où les mains se refermaient
E nas noites brilhantes as palavras voavam,        Où, les nuits lumineuses, les paroles s'envolaient,
E eu via que o céu me nascia dos dedos               Où je voyais le ciel naître entre mes doigts
E a Ursa Maior eram ferros acesos.                         Où la Grande Ourse était de fer incandescent.
Marinheiros perdidos em portos distantes,             Marins perdus en des ports éloignés,
Em bares escondidos,                                                En des bars perdus,
Em sonhos gigantes.                                                 En des rêves éperdus,
E a cidade vazia,                                                          Et dans la ville désertée,
Da cor do asfalto,                                                         De la couleur de l'asphalte,
E alguém me pedia que cantasse mais alto.        Quelqu'un me demandait que je chante plus haut.

Quem me leva os meus fantasmas?                      Qui emportera mes fantômes ?
Quem me salva desta espada?                                Qui me sauvera de cette épée ?
Quem me diz onde é a estrada?                               Qui me dira où est le chemin ?
Quem me leva os meus fantasmas?                       Qui me délivrera de mes fantômes ?
Quem me leva os meus fantasmas?                       Qui me délivrera de mes fantômes ?
Quem me salva desta espada?                                 Qui me sauvera de cette épée ?
E me diz onde e´ a estrada                                          Et me dira où est le chemin.

Aquele era o tempo                                                      C'était le temps où
Em que as sombras se abriam,                               Les ombres s'ouvraient,
Em que homens negavam                                         Où les hommes niaient
O que outros erguiam.                                                 Ce que d'autres érigeaient.
E eu bebia da vida em goles pequenos,                 Et je buvais la vie à petites gorgées,
Tropeçava no riso, abraçava venenos.                 Trébuchant sur les rires, embrassant les venins.
De costas voltadas não se vê o futuro                  Le dos tourné on ne voit pas le futur.
Nem o rumo da bala                                                 Ni la trajectoire de la balle
Nem a falha no muro.                                                Ni la fissure dans le mur.
E alguém me gritava                                                   Et quelqu'un me criait
Com voz de profeta                                                      Avec une voix de prophète
Que o caminho se faz                                                  Que le chemin se fait
Entre o alvo e a seta.                                                      Entre la cible et la flèche.

Quem me leva os meus fantasmas?                      Qui emportera mes fantômes ?
Quem me salva desta espada?                                Qui me sauvera de cette épée ?
Quem me diz onde é a estrada?                               Qui me dira où est le chemin ?
Quem me leva os meus fantasmas?                       Qui me délivrera de mes fantômes ?
Quem me leva os meus fantasmas?                        Qui me délivrera de mes fantômes ?
Quem me salva desta espada?                                 Qui me sauvera de cette épée ?
E me diz onde e´ a estrada                                           Et me dira où est le chemin.


De que serve ter o mapa                                          Que me sert d'avoir la carte
Se o fim está traçado,                                                 Si la fin est toute tracée,
De que serve a terra à vista                                       A quoi sert la terre visible
Se o barco está parado,                                              Si le bateau est arrêté,
De que serve ter a chave                                             A quoi sert d'avoir la clé
Se a porta está aberta,                                                 Si la porte est ouverte,
De que servem as palavras                                        A quoi servent les mots
Se a casa está deserta?                                              Si la maison est déserte ?


Quem me leva os meus fantasmas?                    Qui emportera mes fantômes ?
Quem me salva desta espada?                              Qui me sauvera de cette épée ?
Quem me diz onde é a estrada?                             Qui me dira où est le chemin ?
Quem me leva os meus fantasmas?                     Qui me délivrera de mes fantômes ?
Quem me leva os meus fantasmas?                     Qui me délivrera de mes fantômes ?
Quem me salva desta espada?                              Qui me sauvera de cette épée ?
E me diz onde e´ a estrada                                        Et me dira où est le chemin.

(traduction Luciamel)


Les images représentent des SDF de Porto, la légende dit  :

"Au Portugal 9000 personnes dorment dans la rue. Et, seulement à Porto, elles sont 685"

J'atterris à Porto jeudi, au-revoir Paris, bonjour... cher pays ! Et "Joyeux Noël"  à tous : je vous promets de faire un petit reportage... retour le 30 décembre.




Pedro Abrunhosa - Quem me leva os meus fantasmas ?


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Mercredi 10 décembre 2008 3 10 /12 /2008 18:47

Ces derniers temps tout le monde fête ses 100 ans (ou les rate de peu) : Soeur Emmanuelle (que Dieu ait son âme), Lévi Strauss, Olivier Messiaen (bon, lui on lui fête même s'il n'est plus là) et Manoel de Oliveira, 100 ans aujourd'hui (on rappelle qu'en 1985 on lui offrait déjà un Lion d'Or à Venise pour l'ensemble de son oeuvre, cette année à Cannes on s'est dépêché aussi de lui rendre hommage, on ne sait jamais... qu'il nous fasse le coup d'Emmanuelle...), mais le "vieux" cinéaste a déjà en chantier deux nouveaux films : un pour Venise et un pour Cannes...

Au Portugal il passe pour le réalisateur le plus ennuyeux qui soit... personne ou presque (dans ma famille en tout cas) n'a vu un de ses films, c'est le Godard local si vous voulez (c'est vrai qu'il faut quand même s'accrocher, ou avoir bien dormi la veille :
"Amour de perdition", 4h20, est assez.... lent, adaptation d'un roman éponyme de Camilo Castelo Branco, grand succès populaire, dont mon père m'a révélé qu'il était le seul livre qu'il ait lu). Son dernier film, de 2008... Christophe Colomb, l'énigme, étant déjà ici sur mon blog.

Mais Oliveira c'est
Aniki Bobo, 1942, c'est Porto de mon enfance, c'est La lettre (adaptatation de La princesse de Clèves avec Chiara Mastroiani et le chanteur de rock portugais Pedro Abrunhosa, la famille Deneuve-Mastroiani étant d'ailleurs assez fidèle au cinéaste). Alors, pour vous donner envie... d'aller à la découverte, un extrait d'Aniki Bobo, mais regardez aussi son adaptation de la Princesse de Clèves, et sentez-vous "vieux", vous les jeunes, face à cet éternel créateur, cet homme libre qu'est Oliveira :




Aniki Bobo, Manoel de Oliveira, Porto, 1942.



La lettre, Manoel de Oliveira (adaptation de la Princesse de Clèves), 1999.


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Lundi 8 décembre 2008 1 08 /12 /2008 19:31

Publié pour la première fois in Presença, n° 41-42, Coimbra mai 1934.

"La citation, épigraphe à mon poème "Eros et Psyché", d'un fragment (traduit, en effet le Rituel est écrit en latin) d'un Rituel du Troisième Degré de l'Ordre des Templiers du Portugal, indique simplement - ce qui est un fait - qu'il m'a été permis de feuilleter les Rituels des trois premiers degrés de cet Ordre, disparu, ou en sommeil depuis environ 1888 [année de naissance du poète]; S'il n'était pas endormi, je ne citerais pas l'extrait du Rituel, en effet, on ne doit pas citer (indiquant leur origine) les passages de Rituels qui font partie d'un travail" 



Et ainsi voyez-vous, mon Frère, que les vérités
qui vous furent données au Degré de Néophyte, et
celle qui vous furent données au Degré d'Adepte
Mineur, sont, bien qu'opposées, la même vérité.

(Du Rituel de Grand Maître de l'Atrium
De l'Ordre des Templiers du Portugal)


Eros e Psique

La légende nous conte qu'endormie
Une princesse était enchantée.
Que seul un Prince réveillerait,
Venant de l'autre côté du mur,
Qui sur le chemin est mis.

Il lui fallait, tenté,
Vaincre le mal et le bien,
Avant que d'être libéré,
Et laisser le chemin erroné,
Pour celui qui à la Princesse vient.

La Princesse Endormie
Attend, endormie elle espère,
Dans la mort, elle rêve sa vie,
Posé sur son front d'oubli
Une verte guirlande de lierre.

Au loin, le valeureux Prince,
Ne sachant quel but est le sien,
Ouvre le chemin ensorcelé,
Lui d'elle est ignoré,
Elle pour lui n'est rien.

Mais tous deux vivent leur Destin,
Elle dormant enchantée,
Lui la cherchant en vain
Par le processus divin
Qui fait exister le chemin

Et, même si tout est obscur
Le long de la route, et illusoire,
Il s'avance d'un pas sûr,
Et, surmontant route et mur,
Parvient là où en songe elle demeure.

Et encore tout étourdi,
A sa tête ivre il porte la main,
Et touchant du lierre,
Il comprend que c'était lui
La Princesse endormie.

Fernando Pessoa


(traduction de Luciamel, pour le texte original allez sur ce site qui m'a inspirée :  lien).



Eros e Psique, Fernando Pessoa - Maria Bethânia.


Revenons à nos moutons !!! en effet, revenons à l'essentiel pour moi...

Que m'importe de vous irriter (certains), de ne pas entrer dans votre coterie, ou communauté... je vous apprécie, mais n'en suis pas moins agacée par certains côtés : une langue commune, la vôtre, une sensibilité qui vous rapproche (la culture française ?), vous n'aimez pas mes particularités, trop râpeuse (oui, c'est vrai j'aime les rappeurs, souvent des immigrés comme moi...), comment dire trop... étrangère, trop "fadiste" à votre goût (c'est-à-dire "pessimiste" dans votre langage),
trop épicée... mais ne vous en faites pas on me dit l'inverse de l'autre côté : trop rationnelle, trop intello, trop française...

M'est égal, j'ai créé ma propre communauté, et pas grave si je suis la seule à y évoluer... j'y ai des membres d'honneur, des membres de coeur (ils sont déjà sur la liste de mes blogs "amis") :

Mya, première à venir ici (en fait, elle ne vient pas pas très souvent, mais elle est présente), amoureuse du Portugal (et du Japon) ;

Arlindo, avec ces deux très beaux blogs, et son art si époustouflant du "collage", ici, et ici;

Olympe, découverte si tard (je t'en demande encore pardon, toi si essentielle en ce monde inhumain), ici et ici;

Lusina, la surprise, le cadeau... ses beaux textes, sa lusopholie !!!

Alors, joignez-vous, soyez membres d'honneur ou de coeur, mais surtout après avoir fait preuve de votre si précieux esprit critique... écoutez votre âme qui bat.

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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /2008 12:04

Pessoa... en portugais : une personne... en personne. Le français nous le rend plus ambigu : personne est à la fois quelqu'un et la négation de ce quelqu'un... zéro quelqu'un = personne. Rien de tout cela en portugais. Jamais Pessoa n'a voulu dire "personne" au sens de "zéro quelqu'un"... il a toujours signifié une personne (même plusieurs en ce qui concerne le poète).

 

Je vous invite à mêler les sens, à démêler les malentendus... à vous joindre à cette recherche à la fois linguistique, poétique, ludique... entre luso et franco...  pholies, poly-pholies.

 

Je suis née là-bas, près de Leiria... près de Coimbra... et ces noms seuls évoquent mon passé, et l'Histoire de ce pays... Je songe à Isabel la Reine magicienne, celle qui transformait ses pains en roses...  pour ne pas être découverte lorsqu'elle voulait faire la charité aux pauvres... le roi s'approchant, le miracle s'opérait et de ses jupes surgissaient des roses... une socialiste avant l'heure ? vous croyez ?

 

 Alors de ce blog faisons des roses... mais surtout donnons à manger à ceux qui ont faim.

 

 

 

Mario de Sa Carneiro (le poète, l'ami de Pessoa, mort à Paris, où il s'est suicidé en 1916, en se jetant sous le métro), belle présentation de son oeuvre dans ce blog-ci.

 

 

"Eu não sou eu nem sou o outro                                       Moi, je ne suis ni moi ni l'autre

Sou qualquer coisa de intermédio :                                 Je suis quelque chose entre les deux :

Pilar da ponte de tédio                                                         Pilier du pont de l'ennui

Que vai de mim para o Outro                                             Qui va de moi à Autrui"

 

Poème de Mario de Sa Carneiro (traduction Luciamel), chanté par Adriana Calcanhotto.

 

   

Corrigeant la première version de cet article, je navigue sur le net pour trouver une illustration à Isabel... des dates, quelques explications... et je tombe sur ce blog, et je vous assure que je le découvre ce matin de dimanche : Lusopholie, j'en suis encore tout estomaquée, l'article s'intitule "Du pain ou des roses".

 

Puis, cet article de Dulce Rodrigues, publié dans le Bulletin de l'OTAN en 1995, le thème en est l'histoire de Coimbra, et bien sûr un passage nous conte aussi la légende de la Reine Isabel, dite Sainte Isabel :

 

"c'est dans cette même ville de Coimbra qu'a vécu et est morte Santa Isabel, l'une des reines les plus aimées et vénérées des Portugais pour ses énormes vertus, qui a été canonisée par le Pape en 1625. Elle a été mariée au roi Dinis, et sa forte personnalité, pourtant d'une extrême douceur, a joué un rôle important dans la vie religieuse, culturelle et politique du pays"

 

D'origine aragonaise, Isabel (ou comme on l'orthographiait alors Helisabeth) épousa D. Dinis, roi du Portugal, le 11 février 1288 à Barcelone.

 

 

image Ste Isabel - zurbaran

 

article également mis en ligne sur la communauté des luso-francophones inspirés...

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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /2008 22:06

  


Découvrez Barbara!

 

 

 

Je me suis créé une communauté... celle des luso-francophones inspirés (c'est ici sur Over-Blog), ça me fait rêver... et pourtant je ne sais pas encore comment ça fonctionne, je sais qu'il y a un forum, qu'on peut y publier des articles sur un thème précis : j'en suis l'animatrice, mais mystère et boule de gomme pour y accéder...

 

T'es luso : t'es Tos' quoi... Portos' si tu préfères : ben quoi, portugais... mais luso, c'est pas portugais vraiment... Moi, je suis française (sur le papier), mais je suis tos' quand même... ma famille est tos'... mais je ne suis pas, moi, totalement portugaise... je suis même très... française... Et la France, ça marque.

 

Mon identité ? Je renvoie au très beau livre de Dominique Rolland : De sang mêlé... je l'ai écoutée hier le dire (extrait de son spectacle à la Cartoucherie de Vincennes...) impressionnante de vérité, j'ai vu revivre son grand-père, j'ai senti la déchirure ancienne, dans son corps, dans son regard... l'appelant. Nous sommes si fragiles, si écartelés, et comme le disait Francine, française et juive : on est tous métèques non ?

 

Vous avez dit métèque ? , Gabriel Matzneff dans son dernier livre se plonge aussi dans ce passé de soi... cette étrangeté en soi, à soi, et pourtant ce sentiment d'appartenance constitutif à tout immigré, par la langue et la culture, à la communauté française.

 

C'est également ce que nous conte Atiq Rahimi dans Syngué Sabour, pierre de patience, cette double appartenance qui fait que maintenant il ne peut plus écrire en persan... la liberté lui venant de sa nouvelle langue-culture française (son nouveau monde).

 

Autres, dédoublés, unis dans la diversité (la devise de l'Union Européenne...), voilà l'intention des Luso-francophones inspirés...

 

J'aimerais que se joignent à cette communauté, à la fois les "luso-descendants", si irritants aux yeux de certains, mais aussi les amoureux du Portugal, du Brésil, de l'Afrique lusophone, de leurs musiques, de leurs poètes, de leurs paysages; les francophones de coeur ou de naissance; tous ceux qui voudraient mêler leurs identités. A la base, il s'agirait de poésie, de musiques, d'art en général... sous forme de créations ou de citations, de partages...

 

Revenir à l'origine, à l'enfant en nous... celui qui connaît le chemin et dessine des coeurs avec ses mains. La démocratie participative, c'était Ségolène, moi, je rêve de poésie et de création participative.

 

Que l'homme retrouve la femme en lui (son anima, la douceur en lui, la sensibilité, la fragilité en lui) et que la femme laisse vivre l'homme en elle (son élan, sa créativité, sa force, sa détermination, son animus), nous sommes tous doubles, incomplets et multiples... unissons-nous dans nos dualités.

 

 

"Du plus loin qu'il m'en souvienne"... (c) Luciamel

 

   

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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 15:45

Jusqu'où espérer ? até ao fim do mundo (jusqu'au bout du monde). Un pessimiste qui espère... rien de plus déroutant, pourtant rien de plus normal. L'esclave qui rêve de sa liberté... (n'oubliez pas, vous blancs, que ce fut de longues années notre rêve). Nous tous métis, nous tous noirs, nous tous... humains.




Dulce Pontes. Mãe preta (mère noire)


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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 14:07





                                       Maquette réalisée par César, mon cousin. (c) Luciamel


- Bonjour maman.
- Bonjour S...*
- Alors, vous tuez le cochon aujourd'hui ?
- Ah oui, ta soeur t'a dit ?
- Mais qui le tue ? vous avez fait venir un homme** ?
- Non, c'est ton cousin César qui l'a tué.
- Et alors, vous allez faire les saucisses ?
- Oui, puis le dépecer et tout mettre au congélateur.
(...)
- Bisous à tous.
- Ton oncle t'envoie le bonjour.
- Bonjour à tous, on se voit bientôt, à Noël.

Et je me souviens de mes 15 ans, ce film que mon oncle m'a montré, on tuait le cochon, moi, révoltée, leur faisant la leçon, refusant d'assister à la scène, moi, si belle dans la furie... (tant je semblais belle que je ne m'étais pas reconnue sur les images).

Un jour je dirai vos vies, notre passé, mon père l'attend (un jour tu écriras un livre sur ma vie, a-t-il prédit), oui, si Dieu le veut, je nous raconterai.

Vous. La "chair de ma chair" n'est pas "mon" enfant, elle est faite de terre, d'oliviers, de lumière, de raisin, d'orangers, de mots aux sonorités d'océan, elle est faite de tout le passé... elle continue dans mes veines au présent. Jamais on ne pourra m'enlever la force qui la fonde.

* S... : j'ai un prénom français (c'était trop difficile à prononcer mon prénom portugais, alors on l'a francisé, le S... c'est mon prénom portugais, ici je suis X.... là-bas S...)

** un homme : le boucher dont la spécialité est de mettre à mort, l'abatteur ?



                                              Notre "seixo", la pierre qui pousse, devant l'église. (c) Luciamel 

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Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /2008 20:22



Mon pays d'eau, la mer, non, pas la mer, l'océan... vivant, en moi... en nous, peuple de l'océan, qui l'avons parcouru, et grâce aux cartes et à la science des Arabes, que nous avons vaincu : Adamastor, le monstre, à jamais terrassé.

Que nous reste-t-il de tout cela ? Camoes et Les Lusiades, Pessoa et son Message, son Marin aussi. Il nous reste "à toujours" de nous porter au-delà des océans, quels qu'ils soient.

Nous peuple voyageur, nous peuple à l'âme qui affleure.

Il nous reste notre fado, notre fatum, notre conscience de l'impermanence. Et ça, jamais personne ne pourra nous le voler.

A chaque nouveau CD, de Mariza, de Dulce Pontes, ou de Cristina Branco... de Camané aussi... je me sens pousser des ailes, je m'envole sur leurs mélodies.

Là, c'est Mariza, son "Terra" ou plutôt "sa" Terra... un mélange de musiques : du flamenco, de la morna du Cap Vert, du jazz, et bien sûr du fado.

Mon pays d'eau.

Le clip a été tourné dans le palais de Sintra, près de Lisbonne.

Mariza, pour vous résumer sa bio, est née au Mozambique en 1976, a vécu dans la Mouraria, quartier de Lisbonne voué au fado... est-ce son père ou sa mère qui est portugais ? je ne sais. Son âme... en tout cas l'est totalement.

Voici donc un clip, extrait de son dernier album Terra, c'est le clip officiel pour Rosa branca :



http://fr.youtube.com/watch?v=ncfE_kU-vPI


De Rosa ao peito na roda                       Une rose à la poitrine, dans la ronde
Eu bailei com quem calhou                     J'ai dansé avec n'importe qui
Tantas voltas dei bailando                       Tant de tours j'ai fait en dansant
Que a rosa se desfolhou                         Que la rose s'est effeuillée

Quem tem, quem tem                             Qui a, qui a
Amor a seu jeito                                     Amour à son goût
Colha a rosa branca                                Qu'il cueille la rose blanche
Ponha a rosa ao peito                             Q'il porte rose à son cou*

Oh roseira, roseirinha                              Oh rosier, charmant rosier
Roseira do meu jardim                             Rosier de mon jardin
Se de rosas gostas tanto                         Si les roses tu aimes tant
Porque não gostas de mim?                     Pourquoi tu ne m'aimes pas ?

Quem tem, quem tem                             Qui a, qui a
Amor a seu jeito                                     Amour à son goût
Colha a rosa branca                                Qu'il cueille la rose blanche
Ponha a rosa ao peito                             Qu'il porte  rose à son cou.


* j'ai pris une liberté pour la traduction, ce n'est pas à son cou, mais à sa poitrine qu'il faudrait dire, mais pour la rime... cou était plus joli... pardon !

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Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /2008 18:32

C'était l'été 68, mais pas de pavés, la montagne. Ma chère montagne qu'il me fallait quitter. Et la route, la longue route à pleurer... C'est un nouvel air à respirer, la composition en est différente, la texture, la couleur... comment vais-je le faire rentrer dans mes poumons ?



lucieamel.jpg


Ma bulle. Je ne comprends rien. Ils ne me comprennent pas. Ils sont là à dessiner des e e e e e e e e e sur un papier... moi je sais déjà lire et écrire (depuis deux ans), même faire des divisions à deux chiffres... mais je ne parle pas leur langue, et eux pas la mienne.

Alors, les récrés, je les passe assise sur l'herbe, seule à ne pas pouvoir (ni vouloir) communiquer...

Qui dira la douleur de l'enfant bulle ? bulle de savon, bulle abandonnée au vent...

Toujours ça me restera ça... ma langue est différente... on aura toujours du mal à me comprendre... T'es un peu bizarre, t'as un accent un peu "précieux" on dirait... tu fais un peu... "snob", tu t'exprimes de manière un peu compliquée, pourtant, on ne dirait pas que tu es étrangère, ça ne se voit pas que tu es "portugaise" (ça, généralement quand on me le dit, ça se veut un compliment).

Alors, le seul moyen d'exister, c'est de "lutter", d'apprendre leur langue, vite. Toute seule, comment ? Je n'en sais rien... apprendre c'est tout. Ingurgiter les règles de grammaire, parfaire la connaissance de leur idiome... autant qu'eux, aussi bien que les meilleurs d'entre eux.

En six mois c'était fait, dans la douleur certainement. En deux ans je maîtrisais parfaitement leur système scolaire, le monde inconnu où l'on m'avait débarquée. Très vite je me fis mal voir de mes petits camarades... j'étais la "bonne élève", celle dont le maître disait : "elle connaît mieux votre langue que vous". J'ai appris à être détestée, ou admirée... j'ai survécu.

Pour le reste... rien ne pourrait me rendre Mila, l'amie laissée là-bas... à jamais perdue de vue. Les chemins au bord des ruisseaux, les rires, les fêtes, l'insouciance d'être chez soi... Désormais, je devais décrypter le monde.

Puis, j'ai découvert la liberté. Votre liberté. Celle de mai, celle des idées, celle de la pensée... La littérature, Rimbaud, Baudelaire, Queneau, Rousseau et ses rêveries, mes nouveaux univers, mes pays. Vos chanteurs à texte, Brassens, Boby Lapointe, François Béranger, Areski, Fontaine et Higelin, Barbara... ceux plus légers, Julien Clerc, Sheila et Claude François.

J'ai aussi fait l'apprentissage de votre culture, vos valeurs, je me suis nourrie de vos paysages, la Bourgogne, Aigues Mortes, La Normandie, les Cévennes (mes chères Cévennes), et la Picardie (la belle forêt de Retz, et Longpont où j'ai laissé tant de souvenirs). Avant tout, la plus belle région : mon Ile de France, où j'aime randonner... Je suis plus vous que vous-mêmes... Je sens sous mes pores votre histoire, vos contradictions ; vos défauts sont devenus les miens, et je râle... et je lutte pour mes droits, pour la liberté, pour l'esprit des Lumières... je défends ce qu'ici j'ai trouvé : un nouveau pays.

Maintenant, c'est même devenu ma spécialité... j'enseigne votre langue et votre culture aux étrangers.

Alors, bien sûr, toujours vous me trouverez un peu "spéciale"... mais qu'importe, je vous aime trop pour vous en vouloir, et même, je vous l'avoue, j'aime ne pas être totalement comme vous.


Photo : (c) Haggis Chick via Flickr 

article d'abord publié sur le site de Ladies Room le 17 juillet 2008.

Par Luciamel - Publié dans : Portugal
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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /2008 23:28




Cristina Branco - Menino d'oiro (Abril)

Par Luciamel - Publié dans : Portugal
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