Cristina Branco - Menino d'oiro (Abril)
C'est la maison où je suis née, derrière la petite fenêtre en bas à droite, celle qui est sous la palme... Le palmier n'était pas là à l'époque. C'était un mardi, à la toute
fin de l'hiver, en début de matinée. Il paraît que c'était la panique... ma mère seule, avec mon père, la sage femme qui est arrivée après la bataille, ma tante, qui est venue donner un
coup de main... Bref, tout le monde en a... "chié"... je suis sortie par les pieds... le cordon autour du cou bien enroulé... toute bleue... ("enfant bleu") je suis restée un
certain temps dans une bassine d'eau, sans respirer, mon père a dit : "elle est morte"... c'est alors que je me suis mise à crier.
La maison a 100 ans, c'était celle de ma grand-mère, c'est là où sont nés tous ses enfants... et moi (la seule, je crois, des petits enfants à avoir eu ce "privilège", pas d'hôpital à l'époque,
c'était il y a 48 ans).
Sur la gauche, il y a un vieil olivier, dans les champs, des poiriers, et derrière la maison, le verger... avec tous les arbres fruitiers plantés par mon père. Tout d'abord le puits, creusé par
le grand-père... un large et immense puits... j'aime tant plonger mon regard dans cette eau surgie de la terre, ce miracle de vie... qui a irrigué les champs aux alentours... pendant
des dizaines d'années. Près du puits un figuier, vieux aujourd'hui, planté par le fils aîné, mon père. Les deux, le puits et le figuier, sont comme indissociables... comme greffés l'un à l'autre.
Les figues de miel... c'est leur nom... parce qu'en leur extrémité, quand elles sont bien mûres, suinte une goutte de miel...
A chaque retour, je me sens renaître. A chaque départ, je recommence ma vie.
Le chemin qui y mène... est un "beco", une impasse, qui porte aujourd'hui le nom de la famille.
Ces maisons sont ma chair, ces chemins sont mes veines, le ciel est mon air, les ruisseaux et leur verdure qui mousse de rayons... leur cresson, sont mon aliment, mon sang. Les vignes, les
fleurs (semées par maman devant la maison, elle aime les camélias, la lavande, les roses, les oeillets), le pain pétri par ma tante et cuit dans le four avec les pommes de terre "à murro" ("au
coup de poing"), avec des sardines grillées sur des tuiles, tout ça baigné d'huile d'olive, d'ail... et de joie.
Un jour...si... la vie le veut... je ferai un gîte dans cette maison, j'y accueillerai des voyageurs, des promeneurs. Je leur ferai découvrir les chemins à travers champs, à travers collines,
bois de pins, d'eucalyptus, rizières, vergers d'orangers, de citronniers... nous croiserons toutes ces maisons... aux couleurs de l'arc en ciel... aux couleurs de la lumière.
Il est un temps de déconfiture (d'Euro, ou de Mondial...) où il nous faut nous réconforter... moi, je n'ai rien trouvé de mieux qu'un bon morceau de roquefort au lait cru, avec un bon verre de
côtes du rhône...
Je suis désolée... alors ne me parlez pas de... quoi que ce soit...
Votre joie me fait de la peine, votre indifférence ne me vaut rien qui vaille...
Votre peine... ne me console que peu...
Demain j'aurai oublié.
Camille Claudel
Petite chronique musicale, pour changer. Une façon de parler de sa vie, sans trop l'exposer. D'abord, Ronalda... c'est qui celle-là ? Et bien
figurez-vous que c'est la soeur (je vous le donne en mille) de Ronaldo (Cristiano !). Noooon ??? vous le saviez déjà... et oui, comme moi, vous êtes des lecteurs (même pas en cachette puisque
c'est mon outil de travail quotidien) du Parisien. De son vrai nom (et donc du vrai nom de son frère aussi) Catia Aveiro.
Aveiro, c'est la troisième ville du Portugal, elle fête cette année son millénaire (ou quelque chose comme ça...), connue pour son université, ses canaux, sa lagune, ses "ovos moles"
(sorte de confiture au jaune d'oeuf), ses bateaux ramassant le goémon (les "moliceiros"), ses salines..., certains la disent la Venise portugaise.
Dans la famille Aveiro, je demande la soeur (avec Nelly Furtado) :
Certains changent de nom de famille, le francisent, quand ils sont naturalisés... ça c'est pour l'intégration, la dilution, la disparition... ou
quand ils se trouvent sous les feux de la rampe, comme les Aveiro, ou les Smet, pour être plus accrocheurs. Voyez moi... c'est pas du tout Mel (le miel) mon nom de famille... c'est tout
aussi beau mais je le tairai... c'est pas assez "vendeur"... et puis quand on est blogueur, il faut, tant que faire se peut, préserver son anonymat... Côté anonymat, il y a les
Pereira... (Poirier, un grand acteur), en portugais beaucoup de noms en -eira.., comme cette "bananeira"... qui a d'ailleurs donné lieu à une très belle chanson... alors, pour se camoufler,
les Maria deviennent Marie, les Pereira des Péreire, les Francisco des François... et les Amadéus des Mozart.
Djavan, Maria das Mercedes
Eu tenho uma namorada viva no
interior Moi, j'ai une vraie amoureuse dans le
centre ville
Maria da
Mercedes Maria
Mercedes
Linda como um
beija-flor Belle
comme un colibri
Ontem eu recebi carta dela cheirando a fulô Hier j'ai reçu une lettre d'elle
sentant le "fulô"
Meu nego, estou intacta, pura, volte por favor Mon nègre, je suis intacte, pure, reviens s'il te plaît
Lá pros
quarenta Sur
les quarante
Lá pros quarenta eu
vou Sur
les quarante je vais
Lá pros
quarenta Sur
les quarante
Lá pros quarenta eu
vou Sur
les quarante je vais
Eu quis escrever pro velho
endereço J'ai
voulu écrire à la vieille adresse
Sobre tudo que eu conheço da cidade grande Celle que je connais de la grande ville
Como fui infame, esqueci seu
sobrenome Comme je suis futile,
j'oubliai son nom
Se é Pereira, Moreira,
Ferreira Est-ce
Poirier, Perrier, Charbonnier,
Só sei que acaba com "eira" como aquela bananeira Je sais que ça se finit en "ier" comme ce bananier
J'aime écouter la radio, FIP, France Musique aussi... Le samedi, j'alterne les deux... Donc, vers 10h45 ce matin, j'entends ça qui
m'immobilise... Ben oui... Orfeu Negro... ça me décoiffe normalement... mais ce matin, à cette heure-là... c'était comme qui dirait particulier... J'ai fermé les yeux, j'ai
savouré la "manha"...
Le matin est propice aux plus belles découvertes, parfois il nous fait des promesses qu'il ne tient pas, et parfois il irradie une douce lumière pastel, ni trop vive, ni trop pâle. C'est
souvent le moment de partir en pleine mer, vers l'inconnu, de se dire qu'on ne sait pas ce qu'on va trouver, et de l'accepter. L'océan enfouit ses tourmentes, serein il nous accueille, pour
notre joie il nous chante la douce mélodie d'Orfeu (Luiz Bonfà et Antonio Maria, pour la bo d'Orfeu Negro, le célébrissime film de Marcel Camus,1959) :
Manhã tão bonita
manhã Matin
si joli matin
De um dia feliz que
chegou d'un jour
heureux qui est venu
O sol no céu
surgiu le
soleil dans le ciel a surgi
Em cada cor
brilhou
de toutes les couleurs il a brillé
Voltou o sonho então ao coração le rêve alors au coeur est
revenu
Depois deste dia
feliz
Après ce jour de félicité
Nao sei se outro dia
havera je
ne sais si un autre jour viendra
E nossa manhã,tão bela afinal c'est
notre matin, si beau il a été
Manhã de
carnaval
ce matin de Carnaval
Manhã tão bonita
manhã
Matin si joli matin
Na vida uma nova
canção dans
la vie une nouvelle mélodie
Cantando so teus
olhos
ne chantant que tes yeux
Teu riso,tuas
mãos
ton rire, tes mains
Pois ha de haver um dia em que viras oui, un jour tu viendras bien
Das cordas de meu
violão
Des cordes de ma guitare
Que so teu amor
procurou qui
seul ton amour a cherché
Vem uma
voz,
vient une voix,
falar dos beijos
perdidos
me parler des baisers perdus
Nos labios
teus
sur tes lèvres
Canta o meu
coração
Mon coeur chante
Alegria
voltou car
la joie est revenue
Tão feliz a manhã deste amor si
heureux le matin de cet amour.
Voilà ce que nous chantons avant de vivre ce que nous devons... rien n'est plus beau que l'avant toute chose, le matin de l'amour... l'avant de l'amour. En cela, en
cette attente, l'amour toujours nous déçoit, nous trahit. Jamais il ne sera ce matin que nous attendions.
Matin, si joli matin... de juin. Tu fus le préliminaire d'un été inachevé.
Cristina Branco va nous enchanter encore une fois, "Com que
voz" (avec quelle voix), spectacle de l'Ircam, le 11 juin, au théâtre du Châtelet. Des textes de Luis de Camoes (LE poète portugais, avant Pessoa...), des fados d'Amalia... tout ça
dans un contexte "Ircam"... Sans nul doute à découvrir si j'en crois cette citation du site du Centre Georges Pompidou :
«La nostalgie mêlée d'utopie, le passé et le futur, l'infini de l'Ouest (l'océan) et l'histoire de l'Est – toute l'Europe se tenant au dos du Portugal.»
Stefano
Gervasoni
Mais voici la grande Amalia dans ce poème attribué à Camoes :
Com que voz - Letra (Lyrics) |
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Com que voz chorarei meu triste fado, que em tão dura paixão me sepultou. que mor não seja a dor que me deixou o tempo, de meu bem desenganado. Mas chorar não estima neste estado aonde suspirar nunca aproveitou. triste quero viver, pois se mudou em tisteza a alegria do passado. Assim a vida passo descontente, ao som nesta prisão do grilhão duro que lastima ao pé que a sofre e sente. De tanto mal, a causa é amor puro, devido a quem de mim tenho ausente, por quem a vida e bens dele aventuro. ____________________________________ |
Mais au moins elle, elle ne chante pas en anglais, au moins elle, ses paroles ont un
sens... A part ça... c'est pas gagné... De l'avantage d'avoir deux pays et deux cultures : on a deux fois plus de chances d'être heureux ou... malheureux. Sébastien ou Vânia...(et on ne rigole
pas dans le fond ! me faites pas la blague c'est pas "in the pocket" car vous seriez les seuls à la comprendre et à en rire).
Vânia Fernandes. Concours Eurovision 2008. Senhora do Mar
... le 11 décembre 2008, mais Cannes rend dès à présent hommage au cinéaste portugais, le plus âgé encore en activité dans le monde.
Son premier film Douro, faina fluvial date de 1931, O quinto império de 2004, et Christophe Colomb - l'énigme a été réalisé en 2007. On le vénère partout,
sauf en son pays où on le considère trop abstrait et abscons... et où il est souvent moqué. Il est vrai que même en France son public, quoi qu'on en dise, se limite à un cercle
restreint d'intellectuels... J'aime à le voir comme le Woody Allen portugais, tant il est fécond, toutefois il n'a pas le succès grand public du maître new yorkais.
Je dois avouer que je n'ai toujours pas pris le temps de visionner le DVD acheté voici des mois... d'Un film parlé, avec John Malkovich et Catherine Deneuve. Allez savoir
pourquoi...
Regardez-le et voyez comme il semble encore alerte !
pas celle de mai, non ! celle d'avril (abril)... celle qui fut célébrée à mon arrivée "no meu pais" ce 25 avril
dernier. D'abord, il faut que je vous parle de Manuel Alegre... un poète. Le Portugal est le pays où les poètes sont aimés, lus, et admirés. C'est un pays d'eau, qui espère tout en chantant la
désespérance.
Voici ce que je copie sur lui d'Wikipédia :
Manuel Alegre de Melo Duarte, né le 12 mai 1936 à Águeda, est un poète et homme politique portugais, résistant au régime de Salazar pendant lequel il était exilé en Algérie.
Membre du Parti Socialiste portugais, il s'est pourtant présenté à l'élection présidentielle portugaise en 2006 en tant que
candidat indépendant, ce qui ne lui a pas empêché une seconde place surprenante devant son ancien ami et historique socialiste Mario Soares. Il est actuellement député au parlement portugais et
récent fondateur d'un mouvement citoyen résultant de sa candidature.
Ceci également volé au Net : "Manuel de Melo Duarte Alegre. Poète, engagé dans le combat contre la dictature, emprisonné, puis exilé à Paris et à Alger, où il dirige la radio Voz da
Liberdade. Sa popularité dans les années 1960-70 est très grande au Portugal, notamment grâce à la chanson (Trova do vento que passa). Député et ministre après le 25 avril 1974. « Il a pu
apparaître comme le poète officiel de la nouvelle république portugaise. Mais il y a chez lui une ambition intellectuelle différente de celle des néo-réalistes de naguère. Sa poésie est un survol
de l'histoire et une interrogation sur le destin de l'homme. Il est significatif que son dernier recueil se situe sous l'invocation de Dante, à la fois le plus “engagé” politiquement et le plus
métaphysicien des poètes."
C'est lui qui, pendant son exil, a écrit ce fado (de Coimbra ! un jour je vous expliquerai la différence entre le fado de Coimbra et
celui de Lisbonne...) : "trova do vento que passa". Comment traduire ça ? trova, c'est la chanson du troubadour... "o trovador", chanson du vent qui passe... certains
ont traduit rime du vent qui passe... car la trova c'est aussi la rime. Cela fut interprété par Adriano Correia de Oliveira (l'un des chanteurs de la révolution avec le grand Zeca Afonso), car en tous pays les révolutions se chantent !
Donc voici :
Pergunto ao vento que
passa Je demande au vent qui passe
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