métro, voyages

Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 21:04

c'est moi qui l'ai gagnée ! Tout avait bien commencé, l'après-midi presque ensoleillée, dans ce lieu d'un autre temps, l'hippodrome d'Auteuil, à chaque course nous gagnions (on jouait en collectif), d'abord 11 euros, remis en jeu immédiatement, plus que 5, rejoués, 6 euros récupérés... avec Princesse d'Anjou quand même !











Et puis on s'en est retournés dans nos pénates... A l'approche du métro toutefois, les enfants furent attirés par des bonimenteurs, ceux qui vous font le coup du "elle est où la carte ? vous misez et je double les gains". Bon, là ce n'était pas une carte, c'était une petite plaque en caoutchouc, sous laquelle (celle qui était gagnante) il y avait un cercle blanc... Non, les enfants, on ne s'arrête pas, il est tard déjà... Allez, venez... Je m'approche, je regarde... euh... mais ça a l'air facile, je la repère presque à chaque fois la plaque gagnante... Non, c'est pas vrai... Bon, allez j'essaie ! C'est là ! oui, combien vous misez ? 5 euros... Ah, non, le minimum c'est 20 euros. Ah... ben, non alors. Regarde, il y a des enfants, fais 5 euros pour les enfants. Non, le minimum c'est 20 euros. Ben, 10 euros alors, pour les enfants. Non, non, on mise et moi je double. Les enfants derrière moi : elle est là, regarde, c'est celle-là la gagnante, moi, bon, allez je parie 20 euros...

La chute fut rude. Pour nous trois. 20 euros de perdus... On s'est engoufrés dans le métro... après une si belle après-midi. Moi... la tête basse, comment avais-je pu être aussi nulle ???

Ils voient mon air accablé. Clara me dit : "C'est vraiment dur, je ne sais pas pourquoi mais ça me fait comme un étranglement dans l'estomac".  Lucas ajoute : "Ce sont des voleurs, j'ai bien vu qu'ils trichaient, la plaque on l'avait bien repérée, il faudrait les faire arrêter, appeler la police."

Oui, oui, ce sont des bonimenteurs, des tricheurs... vous les enfants vous pouviez vous laisser prendre, mais moi je suis la grande personne... c'était à moi d'être responsable... Non, on ne peut pas appeler la police. Oui, c'était les 20 euros que j'avais pour m'acheter ma carte orange de la semaine... Ma banquière m'a menacée de me "mettre en prison"... si je dépassais mon découvert autorisé, et déjà je l'ai dépassé (de 100 euros, un chèque d'octobre... qui a été déposé fin avril...), elle va sûrement sévir. Déjà que la dernière fois (il y a un mois) elle m'avait bien fait la leçon : "vous saviez pourtant, vous vous étiez engagée il y a un an à ne pas dépasser votre découvert autorisé ! combien de fois faudra-t-il vous le dire ? vous savez que je pourrais rejeter les chèques ? vous retirer votre carte bleue ?". Alors, cette fois-ci je m'étais tenue à carreau. Mais voilà... il y a eu ce malencontreux chèque de 100 euros oublié...

J'ai dit à Lucas : "Ben, c'est pas grave, j'irai au boulot à pied, pour une semaine". Lui, inquiet : "Au bureau à pied ?". Ben oui... Alors, Lucas, il a tout retourné son porte-monnaie, les gains de l'après-midi (2 euros chacun), ses petites économies... Il me l'a tendu son porte-monnaie : "tiens, c'est pour toi". Non, laisse, c'est pas grave. Puis il l'a repris, a compté ses sous... puis fièrement a annoncé : "j'ai 9 euros !". C'est super... ai-je dit. Il a insisté. Tiens, c'est pour toi. Tu sais Lucas, ce qu'on va faire ? Quoi ? et ben, je t'emprunte 7 euros, avec les 9 qui me restent, ça fait 16, et comme ça je me paie la carte orange de la semaine. Je te rends les 7 euros en fin de semaine, quand j'aurai eu mon salaire. Soudain, les regards se sont illuminés. Ouf ! une de sauvée.

Après on a rigolé. Ben, vous voyez les enfants, c'était une bonne leçon ! pour nous trois... Vous savez maintenant qu'il ne faut surtout pas les écouter les bonimenteurs...

En changeant à Michel-Ange Molitor, Lucas m'a demandé : "Tu viens manger à la maison ce soir ?"
- non
- tu manges où, au resto ?
- non, je rentre chez moi, je mange chez moi
- tu manges quoi ?
- peut-être un steack haché avec quelque chose...
- ah... c'est bien un steack haché
- oui, c'est bien.




la chanson du dimanche de Cannes... du festival...





Lucas et Clara à Auteuil
Par Luciamel - Publié dans : métro, voyages
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 21:25

J'ai des "mystic friends", ils plannent pour moi... je les écoute, je les suis parfois... et on échange... ils ont eux-mêmes des amis hauts placés (Dalaï Lama, Mère Meera, et autres maîtres soufis ou bouddhistes), ils ont le pouvoir d'achat pour cela... Et puis, il y a mon copain de la place Clichy.

Lui, il arrive à La Chapelle, à 8h22, il pousse la chansonnette, style Brassens mixé de Moustaki. Vous le connaissez sûrement, parce qu'il travaille régulièrement sur la ligne 2 et la ligne 5.

Il a une voix douce et grave, il nous fait écouter la berceuse du métro à 8h22 : c'est "Les copains d'abord", ou "Ma liberté"... Puis, il nous fait rire... en nous caressant dans le sens du poil, ce que personne ne nous dit plus... des choses gentilles, polies, amusantes...

Aujourd'hui, il m'a suivie jusqu'à la sortie, il aime bavarder, alors on a causé... il m'a un peu parlé de sa vie. Il doit avoir dans les 55, 60 ans (vous savez les seniors, ceux qu'on jette socialement et professionnellement à 52 ans, tout en leur demandant de travailler plus longtemps...), il m'a dit avoir de plus en plus de mal à décrocher des cachets, avant, les maisons de retraite, les cabarets, il devait refuser, tant le travail était abondant... aujourd'hui, plus rien, et me dit-il, heureusement qu'il y a le métro pour survivre, mais détrompez-vous, c'est pas facile, vous savez moi je suis un sportif, je m'entraîne pour le marathon, et là c'est pas plus facile, vous savez on croit qu'il se passe rien dans le métro, mais moi je vois, c'est très tendu, il y a plein de choses qui arrivent dans le métro, plein de choses cachées, c'est dur, c'est lourd, il faut porter tout ça, paraître léger quand même, les gens savent pas... il faut faire votre numéro, et puis vous entrez dans une bonne voiture, ou pas, vous gagnez quelque chose ou pas... je vous le dis, c'est dur, c'est pas vivre c'est survivre... mais heureusement qu'il y a le métro, ça empêche de tomber dans la cloche, physiquement c'est beaucoup plus dur que le marathon.

Lui, je l'écoute souvent... il m'inspire, ma vie n'a plus grand chose à envier à la sienne... nous sommes frère-soeur... d'adversité. Et j'en suis fière. Merci... pour la leçon.

Chers poètes, à chaque moment, à chaque difficulté de la vie aussi,  je vous salue.



Georges Brassens


Dans l'eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues

En détresse, elle me fit signe
Pour la vêtir, d'aller chercher
Des monceaux de feuilles de vigne
Fleurs de lis ou fleurs d'oranger

Avec des pétales de roses
Un bout de corsage lui fis
La belle n'était pas bien grosse
Une seule rose a suffi

Avec le pampre de la vigne
Un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite
Qu'une seule feuille a suffi

Elle me tendit ses bras, ses lèvres
Comme pour me remercier
Je les pris avec tant de fièvre
Qu'ell' fut toute déshabillée

Le jeu dut plaire à l'ingénue
Car, à la fontaine souvent
Ell' s'alla baigner toute nue
En priant Dieu qu'il fit du vent
Qu'il fit du vent...

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Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /Avr /2008 17:42


Tous les jours je passe près d'elle, assise sur le trottoir, son petit carton à côté d'elle, ADIEZ MOI, qu'un passant (?) attentionné a dû lui corriger : AIDIEZ MOI. Elle dit "bonjour", en les regardant, à tous ceux qui la croisent quotidiennement devant cette antenne de la médecine du travail. Oui, je sais c'est une technique de communication, car à force un lien se crée avec ceux qu'elle contacte ainsi, le salut amenant une sympathie, une empathie, propice à la générosité. Parfois un homme (son homme ?) la remplace, l'après-midi souvent, mais avec lui ce n'est pas pareil, il ne dit rien...

J'ai souvent détourné la tête, été agacée même, de savoir à l'avance que j'allais entendre ce "bonjour", et avoir ce regard posé sur moi. Jusqu'au jour où j'ai été précédée par un homme d'âge mûr, très bien habillé, genre homme d'affaires affairé, qui s'approchant d'elle a mis la main à sa poche pour sortir la pièce qu'il avait déjà préparée et la déposer dans sa main à elle avec une assurance chaleureuse. La mendiante en l'apercevant avait eu au visage une expression d'une si grande et sincère joie, que j'ai compris le don qu'elle faisait à l'homme... le rôle de tous ces mendiants dans nos mondes sclérosés. Elle offrait au nanti, au quidam, la possibilité de se voir dans le miroir de ses yeux à elle, de voir cette lumière, cette joie, qui est celle d'être reconnu comme humain par un autre être humain. Oui, il s'agit bien de fraternité. J'ai ensuite discerné qu'elle avait ses habitués, ceux qui peu à peu avaient été charmés... touchés par sa persévérance à les regarder exister...

Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai tourné mon visage vers elle, j'ai esquissé un sourire un peu niais je crois, et j'ai pressé le pas...

La rencontre était là quoi qu'il en soit.

J'ai perçu alors (sous forme d'image intérieure) la proximité de la démarche (symbolique, sociale) de cette femme et de celles d'Amma, ou de Mère Meera... J'en entends qui vont hurler... comment comparer quelqu'un qui fait la manche, qui est dans un réseau de bohémiens, sans doute... à ces éveillées ?

J'ai plusieurs fois été à des darshans de Mère Meera (pour en savoir plus : il y a ce site), j'ai expérimenté à cette occasion quelque chose d'unique, qui est à mille lieues de mon contact quotidien avec la bohémienne. Toutefois, c'est l'image d'Amma, accueillant dans ses bras les humains, ou de Mère Meera, regardant mon âme dans mes yeux... qui a surgi près de cette inconnue.

J'en entends d'autres hurler tout autant... franchement tout cela est de l'idôlatrie, c'est bien la mendiante la plus sincère des trois...

Nous avons tous nos croyances... et puis à certains moments nous voyons par transparence quelque chose surgir au-delà des apparences, une fulgurance nous ouvre des portes... et nous laisse voir une autre réalité. Ma mendiante a été en quelque sorte une clé...


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Jeudi 10 avril 2008 4 10 /04 /Avr /2008 21:00


 






Le métro est devenu mon terrain d'élection... depuis que j'ai renoncé à la marche à pied. J'ai noté lors de mes trajets quotidiens que les couples adultères (qu'est-ce à dire ? nous sommes au XXIe siècle... quand même...) se reconnaissent très facilement. Ils ont un certain âge, ou un âge certain (les plus jeunes n'en sont pas moins infidèles, mais c'est plus difficile à repérer), ils sont habillés pour leur travail quotidien, mais, mais... ils se comportent de manière tout à fait inattendue... En effet, lui, grisonnant, elle, rondouillette, tous deux, mûrs... s'enlacent sur le quai du métro à 8h30 du matin... c'est louche... ça peut pas être un couple régulier. Ils se bécottent effrontément, sans gêne aucune dirait-on... c'est à la limite de l'exhibitionnisme ça !!! Ils nous disent : je trompe ! je le trompe, je la trompe.

C'est pour ça que certains, à force, ont préféré se prendre pour un éléphant...

Alors, un conseil, le matin, ne soyez pas trop effusionnel... à moins de vous ficher de ce qu'on pense de vous... car, les caresses à cette heure-là, les baisers, ne sont pas très fiables... ils ont le goût du fugitif, du volé, du prêt à vous trahir en milieu d'après-midi (j'appelle ma femme et je lui dis : "mais oui, ma chérie, je t'aime, hier ? oh... rien, la routine, des réunions à n'en plus finir, et comment vont les enfants ? vous me manquez tellement"). Oui, les hommes sont experts à ce jeu-là. Les femmes s'y mettent... dans peu de temps ça va faire un beau pataquès...

C'est pour ça que, finalement, je me fais à ma vie d'éléphant.

J'attrape des feuilles du bout de ma trompe et je les mâche, quand j'ai trop soif je vais près du point d'eau pour me désaltérer. Je joue avec les éléphanteaux, je leur dis de prendre garde aux lions qui rôdent.




free music




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Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 21:27


 





Un homme sur une chaise (ce ne sont plus des bancs, mais des chaises...) sur le quai du métro, Place Clichy. Le corps replié sur lui-même. De lui je ne vois que son dos, sa nuque, ses cheveux gris-blanc, ses vêtements défraîchis. Je comprends sa détresse, sa misère même, et je les refuse.

Ils sont des milliers, ils sont si nombreux... à supplier, à se plier. A se montrer dans cette nudité qu'est la pauvreté...

"Regardez-moi.
Ecoutez ma souffrance."

Et moi, je passe près d'eux, non pas indifférente, mais absente à tout ça.

Comment puis-je, décemment, croiser un autre être humain visiblement en pleine détresse, et faire comme si de rien n'était ?

Je n'écoute que ma propre détresse : mon boulot, mon salaire, mes histoires de coeur, la maladie de ma soeur (tiens, ça rime!).

Je me dis : "non, c'est pas à moi à le prendre en charge, c'est à la société... et, il a pas dû tout essayer..."

J'aime bien voir des documentaires sur l'origine de l'humanité... (L'Odyssée de l'espèce), parce que, là, tout semble clair et simple (c'est comme le niveau débutant d'une langue étrangère), je suis rassurée... : qui on est, pourquoi on est là...

Et, quand je nous retrouve des milliers d'années plus tard (10.000, c'est bien ça le titre du film qui nous conte cette aventure-là ?), ça me fait tout drôle, car ça ne cadre pas !

Lui, laissé pour compte, lui, sur le bas-côté... ça ne correspond pas aux commencements de l'humanité.

Bien sûr, il y a toujours eu des "faibles", des "sacrifiés", des
Néanderthaliens... qui après 120.000 ans d'existence, après s'être réfugiés (entre autre) dans l'actuel Portugal... ont été disséminés. Les Sapiens que nous sommes les ont détruits, comment ? ça semble mystérieux. Qui sait si nous ne sommes pas tous des juifs néenderthaliens ?..


 

 

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Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /Avr /2008 22:51

Dans le métro, à 9h, en semaine. Un homme, une femme, entre 25 et 30 ans, elle entre dans le wagon en brassant de l'air, il s'assoit près d'elle sur le strapontin, mi-figue, mi-raisin. Elle commence :

- Tu te rappelles ce que tu m'as dit hier soir quand je t'ai demandé : "tu me fais un bisou" ? tu m'as répondu : "je dois dormir".
- Pourquoi tu me parles de ça maintenant ?  (après un temps) Tu te souviens de ça ?..
- Ben, qu'est-ce que ça veut dire : "je veux dormir" ? c'est vexant... 
- Arrête de tout déformer.
(sourires) 
- Ben, qu'est-ce que ça veut dire : "je dois dormir" ? c'est pas clair quand même.
(elle pose sa tête contre son épaule, long silence)

Ils reprennent une conversation à mi-voix, elle enjouée, lui réservé. Puis, à plusieurs reprises, tout en lui parlant, il lui fait des bisous appuyés sur la bouche, elle lui caresse le visage. Ils poursuivent en susurrant. Il a l'air culpabilisé... ennuyé... stimulé (?)...










Au resto japonais, j'attends qu'on me prépare ma commande de plats à emporter. Deux très jeunes et jolies femmes, assises face à face, à une table devant moi sur la droite. La salle du restaurant est presque vide, il est tôt, à peine 19h. Leurs visages se penchent l'un vers l'autre, ils se frôlent, leurs mains se touchent. L'extrême douceur et tendresse du tableau soudain me saisit, je regarde et instantanément détourne les yeux. Puis, mon regard revient subrepticement pour vérifier qu'il a bien vu, et c'est à ce moment-là qu'il croise le sien. J'y décèle comme de la fierté mêlée à une certaine crainte d'être jugée; comme une interrogation. C'est alors que le serveur m'appelle : ma commande est prête, je peux payer et emporter...  





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Dimanche 23 mars 2008 7 23 /03 /Mars /2008 19:25

Mon blog étant toujours en rodage (je n'ai pas encore compris comment créer les rubriques...), je vais prendre exemple sur mes chères camarades de la première heure (j'ai nommé  : les Epidemik) et intégrér de temps à autre (quand mes lecteurs auront envie de voir un de leurs textes publié ici - envoyer le texte à : lucia.dez6@yahoo.fr ) - non pas un article "parasite", mais bien "vitaminique"... apportant un nouveau souffle, un dialogue, de l'humour (que je n'ai pas toujours...). Voici donc, venu de Suisse alémanique, le premier article de Tini (les illustrations sont de moi).

Pompier français :

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Pompier suisse :

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Surprenante expérience en situation critique...


De l'étranger nous adorons les particularités, soit de la nature, de la beauté des monuments, de l'art, soit des saveurs des repas régionaux, à nos palais, parfois exotiques. Nous sommes enthousiastes par toutes ces choses et voyons la vie en rose...



Mais en situation critique, accident ou maladie, nous aimerions tout d'un coup nous retrouver chez nous, où nous pouvons nous fier au système qui nous est familier, dont nous pensons qu'il est le meilleur.


Paris pour moi est devenu comme un berceau. J'y viens assez régulièrement et je me sens à la fois touriste et chez moi. Ma dernière arrivée date de deux jours. J'avais un retard de deux heures sur l'horaire prévu. Ma logeuse, prévenue par mes soins, avait tout arrangé, changement de la réservation au resto etc. La correspondance 
TGV-métro fut formidable et malgré tous mes bagages j'étais presque à l'heure... Devant l'entrée de la maison, bien cadenassée, je sortis mon portable pour appeler ma logeuse; rien ne se passa, je recommençai - rien de rien. Bon, je me renseignai au resto pensant que c'était peut-être un malentendu. Mais rien; je revins sur mes pas, renouvelai les appels, au moins 20... et commençais à m'inquièter : même si elle était endormie mes appels auraient dû la réveiller... son téléphone est situé dans ma chambre d'hôte, sa sonnerie réveillerait les morts. Ma logeuse est communicative, sereine et aime la vie. Mais je sais aussi qu'elle est diabétique. Entre temps j'avais fait plusieurs allers-retours entre la maison et le resto et commençai à avoir froid et un peu peur aussi. Je me mis à m'imaginer ma logeuse inconsciente ou sérieusement blessée suite à un accident domestique dans son appartement.


Comme je savais que la fermeture du resto était proche il était grandement temps pour agir; mais comment fait-on à Paris? Où trouver les renseignements ?


Ma prof, je la vois comme mon ange gardien [ça c'est moi ;-))) j'ai pas les chevilles qui enflent, non... seulement les ailes, excusez la modestie...], grâce à elle je me retrouvai de nouveau dans ma vie de rêve, elle me sauva. Après quelques explications confuses et houleuses [bon, je redescends de mon piédestal...] elle me conseilla d'appeler les pompiers [quand même, pas trop à la masse la prof...] et me dit que le personnel du resto certainement m'aiderait. Alors de nouveau au resto, à expliquer, convaincre avec mon français niveau C1 [ce sont les niveaux définis par le Conseil de l'Europe, C1, c'est avancé] qui régresse dans les situations délicates à A2 [c'est le niveau élémentaire]... Bon, le patron du resto établit le contact et un gentil et extrêmement patient pompier m'interrogea et me promit de l'aide; je devais attendre ses collègues devant la maison de ma logeuse. Devant la porte j'essayai une nouvelle fois de l'appeler. Et... elle répondit - tout étonnée de mon arrivée si tardive, 22h30... Bref, on se retrouva dans le jardin avec les pompiers très gentils, trois compréhensifs jeunes hommes. Ma logeuse fut heureuse de faire la connaissance de ces trois beaux jeunes hommes, et leur expliqua les yeux brillants qu'elle était bien vivante et loin d'avoir 300 ans. Grâce à son charme, et à ma sincérité, l'intervention des pompiers parisiens fut gratuite... Merci, je ne sais pas si je trouverais une telle générosité chez nous en Suisse.
(Tini)

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Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /Fév /2008 20:47

Quand vous chantez des trucs comme : ooooooooooo viirgo !!! spleeeeeendeeeeeeeens hic, iiinnnn moooooonte ceeelso, miraaculiis serraaaaaaaaato (Livre Vermeil de Montserrat, du grégorien quoi..., des chants de pélerins du XIV) vous avez intérêt à profiter de tous les moments pour réussir à ingurgiter la mélodie... le métro, avec le dictaphone à l'oreille c'est idéal (non je n'ai pas encore pu m'offrir le lecteur MP3 dernier modèle, car je fais partie d'une certaine classe moyenne archi-fauchée...).

Aujourd'hui, jeudi (ave Jupiter!!!), j'ai bien senti qu'une drôle d'énergie flottait dans l'air de ma ligne 11, déjà sur le quai, assis sur un banc, un homme à la tenue "correcte" exigée, installé confortablement de façon à faire un somme, une écharpe autour du cou, un pan rejeté vers l'arrière, lui recouvrant tout le visage, tel un voile, comme un paravent devant ses yeux... Jeudi, me dis-je... 

Au changement avec la ligne 2, je me demandai ce qui allait pouvoir se passer... Deux hommes, l'un harnaché d'un accordéon, l'autre un micro à la main, se sont mis à entonner à tue-tête des airs sud-américains tout aussi connus les uns que les autres, mais dont j'ai oublié le nom... Adieu "virgo", adieu Montserrat, je n'avais plus qu'à ranger ma cassette, et mes partitions... là, j'en avais pour 6 minutes... eh, non ! au bout de 3 minutes à peine, les voilà qui passaient la bourse à la main, pour demander leur juste rétribution... Bien sûr, Jupiter, le gain, le profit... l'expansion... 

A  La Chapelle, la pluie tombait doucement sur la vitre, quelques gouttes même sont entrées et ont mouillé mon visage, c'est alors que je me suis mise à penser à Ingrid Betancourt, dont j'avais lu le matin qu'elle allait très mal, qu'elle agonisait probablement quelque part dans la jungle.

Je me suis dit, nous sommes là, à nous amuser... nos vies telles des croisières bien huilées, avec nos distractions de Parisiens, nos angoisses de Parisiens, nos SDF, nos culpabilités, nos frustrations, nos quotidiens... 

Elle, elle est là-bas. 

Elle agonise.

Pour un idéal, la démocratie.

Parce qu'elle a voulu dialoguer avec eux, avec les guérilleros.

Jusqu'à présent j'avais plutôt été indifférente... ou plutôt agacée par tout ce tapage... ses enfants aux allures de petits bourgeois bien rangés, bien "seizième",  venant à tout bout de champ nous demander de nous révolter pour le sort de leur maman. Même Renaud me saoulait... avec sa cause...

Et là... Ingrid m'a touchée.

Cette femme, comme Florence Aubenas l'avait été, m'est devenue intime. Son enfermement, sa souffrance, sa peine pour tout ça... un moment je les ai ressentis. 

Femme qui se voulait libre. Femme de liberté. Femme à l'agonie. 


Ingrid_Betancourt.jpg


Femme libre !!!

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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /Fév /2008 11:22

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître... Paris en ce temps-là avait ce lieu-là...

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Il y a vingt ans, à cet endroit, rue des Halles, se trouvait un restaurant... Les bouchons, lieu magique où nous allions le dimanche midi découvrir cette nouvelle mode arrivée des Etats-Unis, le brunch, et où le soir nous nous attardions parfois pour écouter des standards de jazz chantés par de délicieuses jeunes femmes, sobrement accompagnées au piano.

Nous, et notre insouciance de 20, 25 ans... Nous étudiants fauchés, nous jeunes en quête de liberté, de beauté, d'allégresse, nous qui rêvions de conquérir la vie...

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Quel intérêt y a-t-il à se retourner sur ce passé-là ? me direz-vous... Aucun, si ce n'est celui de rappeler le souvenir d'une époque, d'une légèreté perdue, transformée en plomb, celui des années Sida... 

A partir de 1987, rien ne fut plus tout à fait pareil. Amis, proches, contaminés; la lutte que nous dûmes mener ! celle des premières années... véritable athanor dans lequel nous  fûmes plongés, et qui pour beaucoup ne transmua pas le plomb en or... ils nous quittèrent avant.

Tout cela m'est revenu au milieu de la nuit  avec, allez savoir pourquoi,  le nom de ce film d'Altman de 1987, Beyond Therapy. Je l'avais vu à sa sortie avec beaucoup d'amusement, car, contrairement à la synopsis qui en situe l'action en partie dans un restaurant français de New York, il avait été tourné à Paris et aux Bouchons. Ce fut un échec commercial retentissant, et la critique fut loin d'être élogieuse, mais pour nous il avait le goût de nos brunchs du dimanche, de la musique new yorkaise, de l'humour à la Woody Allen qui nous emmenait à Manhattan. L'intrigue amoureuse, mêlée de psychanalyse, de délire, de quiproquos, avait tout pour nous plaire, et Jeff Goldblum, contrairement à son rôle dans La Mouche, était tout à fait réjouissant.

En souvenir de ceux, qui peut-être dans la nuit sont venus murmurer à mon oreille ce nom "beyond therapy"...  un fado (ça faisait longtemps !) celui d'Amalia :
Cansaço

Lassitude

Qui est de l'autre côté du miroir
les yeux fixés sur les miens
quelqu'un est passé par là
avant de s'en remettre à Dieu
laissant ses yeux dans les miens

Qui dort dans mon lit
et tente rêver mes rêves ?
quelqu'un est mort dans ce lit
et de là-bas au loin il m'appelle
ses rêves entremêlés aux miens

Tout ce que je fais ou ne fais pas
d'autres l'ont fait comme moi
d'où cette lassitude qui est mienne
de sentir que ce que je fais
n'est pas fait seulement par moi


http://fr.youtube.com/watch?v=2nkxmFJAxA4
 

Mais celui à qui je pense n'aimait pas trop le "fado", la mélancolie, il appréciait Maria Bethânia, Caetano Veloso, alors à toi, cher Bruno, ce poème de Fernando Pessoa/Alberto Caeiro, ("Poema do menino Jesus") dit par elle, et la chanson ("O doce mistério da vida") qui suit (patience, c'est un peu long...) :


http://fr.youtube.com/watch?v=HakV--x6LXM&feature=related


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Mardi 19 février 2008 2 19 /02 /Fév /2008 22:45

Je vous surprendrai sans doute en vous disant qu'au XIXe siècle l'image des Portugais était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui...

Saviez-vous, en effet, qu'une opérette de Charles Lecocq "Le jour et la nuit", entonnait la suivante rengaine ?

Les Portugais sont toujours gais
Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid !
Les Portugais sont toujours gais


Dans la même veine, Alphonse Allais aimait à rappeler que
"Ce n'est pas parce que les malais sont laids, les portugais gais, les colombiens biens que les espagnols sont gnols."

Aujourd'hui, et est-ce une nouvelle mode ? est-ce une identité ? c'est la saudade qui tend à les caractériser. Aujourd'hui, c'est la tristesse, la mélancolie, qui représente les descendants du peuple de Lusitanie.

Pour vous en convaincre quelques fados, bien sûr, mais aussi "un" samba et pour terminer une
morna !

Ce beau samba (en portugais le mot est masculin!)
réinterprétré, et traduit en français, par Stacey Kent, dans "Samba saravah" nous rappelle que si la samba (on est en France... donc respectons-en la grammaire) "est blanche de formes et de rimes, elle est nègre, bien nègre dans son coeur" :

"Je n'empêche pas les gens qui sont bien d'être joyeux, 
pourtant, s'il est une samba sans tristesse, 
c'est un vin qui ne donne pas l'ivresse,
non, ce n'est pas la samba que je veux"

Fado, mélancolie, tristesse... vous Portugais, quelle saudade coule dans vos veines, qui fait que vous avez contaminé tous les peuples avec lesquels vous vous êtes métissés ? Mariza le chante si bien, elle comme tant d'autres, au sang de fado mêlé : 

"sempre que se ouve um gemido,  dès lors qu'on entend la plainte
numa guitarra a cantar,                 d'une guitare qui chante,
o gente da minha terra,                 ô peuple de mon pays
agora é que eu percebi,                maintenant je l''ai compris
esta tristeza que trago,                 cette tristesse que je porte
foi de vos que a recebi."                  c'est de vous que je l'ai reçue



Et, pour clore le tableau, on n'oubliera pas Cesaria Evora et sa "sodade", sa morna... ici avec la Brésilienne Marisa Monte; elles chantent le "mar azul", cet océan que parcoururent leurs ancêtres marins .



On me dit parfois que je me complais dans la tristesse, que je me perds dans la mélancolie... 
J'aime à me remémorer la voix des voyageurs, j'aime à me rappeler que cette tristesse qui m'habite c'est d'eux qu'elle me provient.

Mais, mais... mais, mais, mais
, mais, Mai, Paris!!!

Ma vie n'est pas faite que de blues, que de déprime, la preuve :

aujourd'hui sur la ligne 11, en allant au boulot... je vois entrer... un... un... personnage de fiction, jeune, élancé, assez bien habillé;  il sort un livre, et  se met à déclamer :

"Une chose étrange quand vous connaissez la langue française, ce sont les verbes irréguliers, le verbe ouïr par exemple..." 

Je le regarde, d'abord intriguée puis très vite fascinée; il dit son texte, il s'élance, il joue avec les mots, il s'en délecte, il les machouille, il jubile et je jubile de tant d'audace, de tant de liberté. Je note le titre du livre qu'il tient à la main et qu'il consulte de temps à autre... Oh, que c'est bête, je suis déjà arrivée à Belleville, je le salue un peu maladroitement, il me salue en me disant que le texte n'était pas extrait de ce livre mais de Matière à rire de Raymond Devos. Je pars, réjouie d'avoir ouï de si belles choses.

  

Moi aussi métissée, car la culture française est un terreau qui me nourrit; la culture de Devos, celle du Canard Enchaîné, celle de l'ironie, du sarcasme aussi, celle de l'auto-dérision, celle qui chante à tue-tête :

"les Portugais sont toujours gais toujours gais..."

et qui se moque de trop de fado...

Par Luciamel - Publié dans : métro, voyages
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