Lumière, ombre, sommeil, rêve. Que fut cette nuit-là ? Il s'éveilla, le corps endolori, certain d'avoir
lutté, contre quoi, contre qui ? D'abord, dans ses bras, dans le corps de Nani... puis dans l'univers, enfin, sur terre. Atterri, meurtri d'avoir perdu en une nuit tout le ciel ouvert par
leurs corps. Elle n'était plus. Lui était là, debout, près du lit : Giovani.
"Désolé, tout ça est sans doute une dure épreuve pour toi, mais il n'y avait pas d'autre moyen, il fallait ouvrir le ciel, pour laisser les étoiles faire leur oeuvre et reconstruire la
matière."
Que dire, comment réagir à cette ENORMITE ? Un bel homme, de l'âge de Nani, les traits latins aussi, plus tard il se dirait Italien, mais très grand, une barbe naissante... déjà, des yeux marron
presque verts, des mains d'homme, on reconnaît les hommes à leurs mains.., se tenait là, face à lui. Il avait tout prévu, même les vêtements, une chemise blanche, d'homme, aux manches
retroussées, un jean, d'homme... qui semblait déjà usé.
Sa voix, si différente, plus grave bien sûr, mais surtout plus traînante... avec un léger accent, comment avait-il réussi ça ? Ses gestes plus brusques, ou plus secs.
- Lève-toi, tes enfants t'attendent pour le petit déjeuner.
- Euh... comment leur as-tu expliqué ?
- Ben, rien... Nani a dû partir et son frère Giovani est arrivé.
- Ah...
- Allez, lève-toi. J'ai une journée chargée. Des rats dont je dois m'occuper...
- Pardon, mais je suis un peu perdu, un peu...
- Ecoute, tu es en vacances, tu t'occupes de tes enfants, j'aurai besoin de toi bientôt, je t'appelle et je te dis ce qu'on attend de toi.
- On, c'est qui ?
- On, c'est nous. On c'est Lui, ou Elle, ou l'Univers, comme bon te semble.
- Je suis perdu.
- On t'aidera.
Bruno se dirigea comme un somnanbule vers la salle à manger, Emilie jouait avec la mie de pain (elle avait toujours aimé faire flotter de petits crouttons sur son bol de lait
de soja chaud...), Luc avait l'air sombre, il regardait devant lui, par la fenêtre, dans le vide.
- Bonjour les enfants...
- Bonjour papa !!!
- Vous avez bien dormi ?
- Oui !!!
- Oui et toi..?
Giovani alluma l'écran 3D de la cuisine, on vit soudain quelques images de la capitale envahie par ces rats toujours regroupés sur la montagne. Il dit :
- Je dois vous quitter, il me faut les emmener avec moi. Vous venez les enfants ?
- Non, on reste avec papa, dit Emilie.
- Euh... non... je reste avec papa, hésita Luc.
- Tu vas où Giovani ? s'enquit Bruno.
- Sur la montagne, mais d'abord je dois voir la Présidente, annonça-t-il.
(à suivre)

L'ONU à New York
L'ONU sur la première avenue
Ses gardes...
Son Empire State...
Son havre de paix
Sa gastronomie
Ses
valeurs
Ses poètes...
Certains font le tour du
monde (Magellan, il était portugais bien qu'au service des Espagnols, mais après tout quelle importance ?), d'autres rejoignent l'Amérique (Christophe Colon, qui, suivant la
thèse reprise par Oliveira dans son dernier film, pourrait être portugais, mais quelle importance ?), d'autres encore vont aux Indes (Vasco de Gama, il était... mais quelle importance ?), ou au
Japon, en Chine... mais quelle importance ?
La nuit était enfin tombée sur la ville, mais son obscurité parviendrait-elle à cacher ce qui était arrivé ? Il avait écouté Nani, de longues heures entrecoupées de temps de
repos, pour lui et les enfants, épuisés par cette nuit sans sommeil. Elle ne dormait pas, elle restait là dans le coin de la pièce à les veiller.
Nani vint s'asseoir près de lui,
elle était extrêmement calme... elle tourna son visage au teint de porcelaine, aux yeux de firmament, vers lui. Soudain, il sentit lui traverser le corps comme un courant de lumière... ça
chauffait et dilatait, ça ouvrait tout sur son passage. Elle avait posé sa main derrière son cou, puis l'avait glissée lentement le long de sa colonne.
Le jour qui suivit cette nuit sans sommeil, cette nuit sans étoiles, ce samedi 3 août 2019 ne ressembla à aucun des jours que les habitants de cette ville avaient
vécus auparavant.

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