Poésies, musiques

Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /Déc /2009 19:49

 

17122009-001-.jpg

Ce soir,
La nuit se couche sur Paris, hier,
Des hommes ont marché dans sa rue Blanche.
Les hommes étaient noirs, comme leur désespoir.
Les Français les encadrant étaient blancs, comme la rue.
Quelques centaines à défiler pour réclamer des papiers.
Pour réclamer une identité.


17122009(005)

Ils m'ont donné un papier, où était noté ceci :

"Coordination 75 des sans-papiers".

Une dame blanche... bien habillée, et bien maquillée, (l'une des seules dans ce cortège presque exclusivement masculin, à croire que les sans-papiers ne sont que des hommes, ah oui... c'est que, souvent, les femmes noires sont réquisitionnées pour manifester pour le logement... la famille) m'a tendu une boîte à sous (elle m'avait vu prendre des photos) :

"Vous voulez leur donner quelques centimes ? On va voir Sarkozy, vous voulez lui dire quelque chose à Sarkozy ?
- Oui, qu'il ne renie pas ses origines."

Puis, en fin de cortège, j'ai vu la voiture balai... en fait elles étaient deux (l'une officielle, l'autre banalisée).


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Hier, le soleil brillait sur Paris.

Ce matin,
La ville était blanche, comme une féérie.
Merveille sous nos yeux d'enfants éblouis.
Aller au travail, hai hi hai ho...


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Lenteur, douceur, silence...
Comme un Noël avant l'heure.
Clic clac, nous avons tous fait des photos,
Ici, celles prises à mon boulot.


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A la pause Markus a voulu faire un bonhomme de neige,
Oups... il a l'air tout rabougri...
Il s'y est repris à midi...
Ah ! c'est mieux,
Il serait pas un peu bridé ?
Normal, avec tous ces étudiants...
Japonais.

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Cet après-midi avec Markus,
On a reparlé des minarets,
De l'interculturel, des valeurs...
Il m'a dit les originies de sa mère...
Elle est croate, et son père suisse.
Les différences... il connaît.

Ce soir,
La nuit est noire à nouveau...
Les hommes n'ont toujours pas les papiers
Où serait écrit noir sur blanc :
Vous pouvez rester.

Ce soir,
J'ai le blues...
Non,
Le fado...
Il est bleu nuit...




Photos (c) Luciamel
Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 21:18
Va,
Tu as encore du chemin,
Va,
Tel est ton destin,
te lever, travailler, et soupirer.

J'ai croisé l'amour,
Oh, quel escroc
Celui-là.
J'ai vu la gloire,
Comme elle m'a bernée,
Dans mon ici-bas.
J'ai cru en Dieu,
et je l'attends toujours
Lui, là,
dans mon coeur.

Heureusement, j'ai vu la mort,
j'ai pu, par un matin de mai,
la parcourir, pour de vrai.
Alors, on ne ne me la fait plus
Ici, avant, après...
Le néant même,
Ca ne m'impressionne plus.

Sache que Dieu ne peut plus rien m'enlever.
Sache que lui et moi, désormais, on est liés.

Mes mains, mon corps, mon âme,
sont libérés de toute entrave.

Un certain Johnny se meurt,
Et les hyènes de hurler leur joie.
Leur ignorance du malheur
est la victoire de l'ici-bas.
La décence... intime,
à l'ennemi, au jour de la mort,
de respecter sa victime.

Quel qu'il soit.




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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 23:10
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 15:53





Don't think sorry's easily said
Don't try turning tables instead
You've taken lots of Chances before
But I'm not gonna give anymore
Don't ask me
That's how it goes
Cause part of me knows what you're thinkin'

Don't say words you're gonna regret
Don't let the fire rush to your head
I've heard the accusation before
And I ain't gonna take any more
Believe me
The sun in your Eyes
Made some of the lies worth believing

{Chorus:}
I am the eye in the sky
Looking at you
I can read your mind
I am the maker of rules
Dealing with fools
I can cheat you blind
And I don't need to see any more
To know that
I can read your mind, I can read your mind

Don't leave false illusions behind
Don't Cry cause I ain't chnaging my mind
So find another fool like before
Cause I ain't gonna live anymore believing
Some of the lies while all of the Signs are deceiving

{repeat Chorus}


Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 23:36
Dormir, doucement,
s'enfouir dans le corps de l'amant,
on en rêve, on le vit, on en crève.

Pleurer, doucement,
à cause de lui, se mêler à la pluie,
et au vent.

Se souvenir du temps,
où l'on s'émerveillait du tout venant,
où nos jours regardaient le firmament.

Mes doigts sont transis,
Ma main est raidie,
Sur la lettre que je t'écris.

J'entends le chant d'un au-delà,
ta voix me guide dans l'à-venir,
je perçois un autre ciel là-bas.

Rien ne me fait plus peur,
ni maladie, ni amoureux, ni mort,
tout me semble possible, ma soeur.

Mourir n'est rien désormais,
vivre est compliqué mais...
vivre n'est plus qu'un délai.

Texte (c) Luciamel.




Il n'y a pas que des femmes fadistes... il y a aussi des hommes ! Alfredo Marceneiro fut l'un des premiers et sans doute le plus grand, l'un de ses successeurs est Camané, l'émotion ressentie (par leur voix, leurs thèmes qui sont différents de ceux des femmes), leur sensibilité souvent bouleversante, car fragiles ils osent se montrer... dans le fado.






j'essaierai de vous traduire tout ça prochainement... en attendant je vous laisse apprécier le genre musical...


Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 21:31


                                                                      photo (c) Luciamel


Dorham m'a taguée
... il me demande de raconter ma première fois... je ne vais pas vraiment me défiler (ça sera pour plus tard... ailleurs... le vrai de cette histoire-là), mais je vais lui recopier des poèmes, des textes de cette époque-là, c'était en 1977, peu de temps après... la première fois (pour les détails vous pouvez les imaginer, c'est toujours pareil, sachez que ça fait exactement à quelques jours près... 32 ans)


Mots d'amour
C'est lui et non vous qui m'importez
Je et puis c'est tout
Amour en criant peut-être
Peut-être en disant amour

Lorsque ta langue passe ici, sur ces lèvres qui me semblent bonnes.

C'est remise à tes caresses et à ton plaisir qu'enfin j'anéantis l'ennui. Mes doigts me fouillent mais ils ne sombrent que dans la peine.

C'est bien bon oui, mais c'est fini et il me reste le sommeil car tant de fois provoqué ce mirage se confond à l'oubli. Je sais les muscles raidis, trouver le secours de l'âme, et neuf fois décider mon corps à m'engloutir.

Je veux cette fièvre qui me donne le délire, images de la paix, titubant dire à la mort  "que tu es peu ma chère !" et une fois encore mordre mes lèvres stupéfiées.

(1978)


Tentative.

Et s'il me faut la noirceur du jour pour que même les mots s'atténuent. Et si je dois avoir le silence pour y abandonner tes bruits; "pick-up" dit-on : triste réalité; je laisserai la nuit, et, le disque m'y pousser.

S'il faut tout cela pour crever le semblant, je brancherai le pick-up, et... si l'on vient rallumer et que l'on ricane, "qu'y faire ?", disions-nous, aussi, j'en ouvrirai très grand les yeux et mettrai plus fort la musique.

Pour que présence et absence se mirent et s'étonnent.

Oh ! suffit comme ça, puisqu'on a allumé, puisqu'on fait du bruit dans mon silence. Et bien j'arrêterai mes mots.

(1er avril 1978)



Quel absolu besoin d'absolu, lorsque le silence et la nuit s'étreignent. Voilà bien une réflexion désuète ; voilà bien l'amour qui se lève avec aux lèvres, mêlés, les noms qui lui ressemblent. Encore un peu d'éternité, de mélancolie, les regards mouillés, voir se crever les cieux; tels sont ses baisers.

Pour tes parfums, on imaginerait des couleurs,
Dont aucune drogue n'a mortifié les sens
Et ce sont les peurs et ce sont les pleurs

Qui suis-je pour ainsi nommer ?

Je rêve

De toi

Une rue haute et peuplée

... mon âme

Puis-je te donner

(15/06/78)


Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 18:35

                                             là où je suis née, la deuxième fenêtre à partir de la gauche 
                                                                            (photo (c) Luciamel)

 

Par l'invitation de
l'oiseau (lui-même inspiré par Anne) me voici à vous lister, non pas les endroits où je n'ai pas dormi, mais, ce qui revient un peu au même, les 50 lieux où j'aimerais dormir avant de mourir (suivant en cela l'exemple de Georges Perec) :

- l'Orient-Express pour aller à Venise;
- le Transsibérien pour aller jusqu'à Vladivostok;
- le train de Pékin à Lhassa, pour faire comme Alexandra David Néel;
- un igloo dans le grand nord, avant que la banquise n'ait fondu;
- le château d'un gentil fantôme;
- une plage du Pacifique, histoire de m'y mettre, moi la fille de l'Atlantique, à la pacification;
- un trottoir avec des SDF... même si cette "mode" me semble un peu con (il y a des stages de survie : "vivez une semaine comme un SDF", si, si, ça existe !), mais là, finalement, je prèfère revenir aux coutumes d'antan, dormir sous un pont;
- la maison où je suis née, mais ça je le fais déjà plusieurs fois par an;
- la route 66;
- New York encore une fois, j'ai rêvé cette nuit que j'y achetais un appartement, un studio, qu'il devenait avec mon studio de Paris, et la maison du Portugal, l'un des lieux de ma fin de vie;
- la plage, ma plage... face à l'océan, mon océan (continuer à y dormir au moins une fois par an);
- le métro, quand je suis tellement fatiguée, quand rentrer semble si loin...;
- devant "On n'est pas couché", mais ça je le fais chaque semaine;
- en suçant mon pouce, moi qui ne l'ai jamais fait...;
- après avoir bâillé aux corneilles, pouvoir juste somnoler;
- tous les jours à mon boulot, après déjeuner, ça s'appelle la sieste, ça devrait être institué comme un droit des travailleurs;
- dans une navette spatiale, un jour où ça sera sans danger...;
- dans une soucoupe volante, avec les petits hommes (et femmes !!! ils ne sont pas forcément aussi misogynes que nous) verts;
- en écoutant que Sarkozy n'a pas été réélu;
- en entendant qu'une femme lui a succédé;
- tiens, pour rigoler, dans les jardins de l'Elysée (sous une tente comme celle de Kadhafi);
- dans le désert, aussi, bien sûr !
- au sommet du Mont Blanc, mais pas longtemps, quelques minutes...;
- en écoutant mon neveu lire une histoire, celle qu'il lira à l'un de ses enfants;
- près de mes parents, sachant qu'ils dormiront eux aussi, encore pendant longtemps;
- à Lisbonne, près du Tage, près de l'ascenseur Eiffel, comme je l'ai fait autrefois;
- à Madère, aux Açores, à Goa, refaire la route des navigateurs;
- en Palestine;
- en Israël;
- à Jérusalem;
- en écoutant les infos...;
- en regardant le vol des goélands;
- sur une place de village, autour d'un feu de joie;
- dans une mairie, après l'écoute d'un maire qui me demande si je veux le prendre pour époux (pas le maire, l'époux... mais qui sait ?);
- sous le ciel, muse...;
- dans mon lit, là où je suis née...

Ca n'en fait que 36, mais, comme Perec, je n'ai pas respecté la contrainte... ça n'en fera que 36... je vous laisse compléter.



Làgrima
Amàlia Rodrigues

Cheia de penas
Cheia de penas me deito
E com mais penas
Com mais penas me levanto
No meu peito
Já me ficou no meu peito
Este jeito
O jeito de querer tanto

Desespero
Tenho por meu desespero
Dentro de mim
Dentro de mim o castigo
Eu não te quero
Eu digo que não te quero
E de noite
De noite sonho contigo

Se considero
Que um dia hei-de morrer
No desespero
Que tenho de te não ver
Estendo o meu xaile
Estendo o meu xaile no chão
estando o meu xaile
E deixo-me adormecer

Se eu soubesse
Se eu soubesse que morrendo
Tu me havias
Tu me havias de chorar
Por uma lagrima
Por uma lágrima tua
Que alegria
Me deixaria matar

Por uma lagrima
Por uma lagrima tua
Que alegria
Me deixaria matar


Larme

Lourde de peine,
Lourde de peine je me couche,
Et avec plus de peines,
Avec plus de peines je me lève.
Sur mon coeur,
Ca s'est posé sur mon coeur,
Ce penchant,
Ce penchant à tant aimer.

Désespoir,
C'est cela mon désespoir,
A l'intérieur,
A l'intérieur mon calvaire,
Je ne t'aime pas,
Je dis que je ne t'aime pas,
Et la nuit,
Je rêve de toi.

Considérant qu'un jour
Je mourrai,
Dans mon désespoir
De ne plus te voir,
J'étends mon châle,
J'étends mon châle sur le sol,
Et doucement je m'endors.

Si je savais,
Si je savais qu'en mourant,
Tu finirais,
Tu finirais par me pleurer,
Pour une larme,
Pour une de tes larmes,
Avec quel plaisir,
Je me laisserais mourir.

Pour une larme,
Pour une de tes larmes,
Avec quel plaisir,
Je me laisserais mourir.


(traduction libre (c) Luciamel)

Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques - Communauté : luso-francophones inspirés
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 23:24


L'oiseau l'a entendue. L'oiseau l'a... chantée.

Chanteuse lyrique...

Elle est ici, sublime...

Alors chantons-la,

mais disons...

la, aussi,



Nome de mar
Manuel Alegre

(lui, le révolutionnaire)

meu nome é nome de mar
onde o longe é mais visivel
nome de sonho embarcar
para um amor impossivel
meu nome é nome de mar

meu nome é nome de mar

meu nome é nome de vento
escrito na areia, na espuma,
e na flor do pensamento,
que a luz por dentro arruma
meu nome é nome de vento

meu nome é nome de vento

meu nome é nome de fado
nome de casa, de rua,
nome de encontro marcado
na outra face da lua
meu nome é nome de fado

na outra face da lua
meu nome é nome de fado.


ma traduction (libre)

mon nom est nom d'océan
où le loin est plus visible
nom du rêve embarqué
pour un amour impossible
mon nom est nom d'océan

mon nom est nom d'océan

mon nom est nom de vent
écrit sur le sable, sur l'écume,
et la fleur de tes pensées,
que la lumière a classées,
mon nom est nom de vent

mon nom est nom de vent

mon nom est nom de fado
nom de maison, nom de rue,
nom d'un rendez-vous
sur l'autre face de la lune
mon nom est nom de fado

sur l'autre face de la lune
mon nom est nom de fado


Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques - Communauté : luso-francophones inspirés
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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 11:10
parce qu'il en cherche le nom, voici son envol à elle :

Margarida Guerreiro dans
Estranha forma de vida





Et le même fado, par celle qui l'a écrit... Amàlia




Plus surprenante la version de Caetano Veloso :





ou celle de sa soeur Maria Bethânia :




Et les paroles :


Estranha forma de vida
(Amalia Rodrigues, et Alfredo Duarte)


Foi por vontade de Deus
que eu vivo nesta ansiedade.
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade.
Foi por vontade de Deus.

Que estranha forma de vida
tem este meu coração:
vive de forma perdida;
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.

Coração independente,
coração que não comando:
vive perdido entre a gente,
teimosamente sangrando,
coração independente.

Eu não te acompanho mais:
para, deixa de bater.
Se não sabes aonde vais,
porque teimas em correr,
eu não te acompanho mais.


ma traduction (libre) :

Ce fut la volonté de Dieu
si je vis dans l'anxiété.
Qui me donne tous ces cris,
Si je suis la nostalgie.
Ce fut la volonté de Dieu.

Quelle étrange forme de vie,
que celle de mon coeur meurtri:
sa vie elle est perdue,
d'où tient-il un tel pouvoir ?
Quelle étrange forme de vie.

Coeur indépendant,
coeur que je ne commande pas;
tu vis perdu au milieu des gens,
obstiné, tu donnes ton sang,
Coeur indépendant.

Mon coeur je ne te suis plus :
arrête, et ne te bats plus.
Si toi tu ne sais où tu vas,
pourquoi continuer à courir,
je ne t'accompagne plus.


Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques - Communauté : luso-francophones inspirés
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 23:03


                                                         Photo Oxalà, le plus grand de tous les Orixàs 
                                                               (les dieux du Candomblé du Brésil), 
                                                c'est un dieu blanc, et, suivant la croyance, durant 6 mois
                                                 il est de sexe masculin, et les autres 6 mois il est femme. 


"Je est un autre" lance Rimbaud en 1871, et c'est nous qui basculons. Et lui ajoute : "C'est faux de dire : Je pense : On devrait dire : On me pense."

Pessoa n'a cessé de l'entonner lui aussi, cette polyphonie. Cette multiplicité en nous-même.

"Nao sei quem sou, que alma tenho [...] Sinto-mo multiplo. Sou como um quarto com inumeros espelhos fantàsticos que torcem para reflexões falsas uma unica anterior realidade que não està em nenhuma e està em todas.
Como o panteista se sente àrvore e até flor, eu sinto-me vàrios seres. Sinto-me viver vidas alheias em mim, incompletamente, como se o meu ser participasse de todos os homens, incompletatemente de cada, pour uma suma de não-eus sintetizados num eu postiço."

(Os outros Eus)

"Je ne sais qui je suis, quelle âme est la mienne [...] Je me sens multiple. Je suis une chambre avec d'innombrables et fantastiques miroirs qui tordent vers de fausses réflexions une seule réalité antérieure qui n'est en aucune et se trouve dans toutes.
Comme le panthéiste se sent arbre et même fleur, je me sens différents êtres. Je me sens vivre des vies étrangères en moi, de manière incomplète, comme si mon être participait de tous les hommes, partiellement de chacun, pour une somme de non-je synthétisés dans un je factice."

(Les autres Je, manuscrit 1915). Traduction (c) Luciamel.


Etre homme ou être femme... si l'on est humain, devrait, pour le moins, nous questionner. Si comme Pessoa ou Rimbaud, c'est arbre, ou soleil, ou ruisseau... ou montagne, ou cresson... que parfois vous vous sentez... Si fusionnant à l'amant, ou la maîtresse... c'est l'autre que vous devenez. Alors, suis-je femme uniquement ? suis-je homme partiellement ?

Que dire de la demande
d'Olympe (relayée par Manu et Mtislav) de répertorier des femmes écrivains, ou écrivaines, en tant que femmes ou bien seulement en tant qu'écrivaines ? (telle est la question).

Olympe a raison de dire que c'est de les entendre qu'il nous faut nous soucier, de ne pas étouffer leur voix est le premier pas, ensuite elles seront nos "grandes écrivaines" comme eux sont de grands écrivains. Je constate combien moi-même inconsciemment si je vois un texte "masculin", une argumentation défendue par un homme, j'aurai tendance à lui accorder plus de crédit, plus de sérieux (avant d'éventuellement en voir toute la nullité), pour la femme j'aurai plus d'exigence (une sorte de rivalité peut-être aussi...) avant de lui témoigner mon respect et de lui vouer mon admiration.

Sachez-le Messieurs, nous sommes vos immigrées... sur "votre" domaine précédemment réservé, celui du pouvoir social (économique, politique, intellectuel et artistique, on pourrait ajouter : religieux), vous faites barrage... et, aujourd'hui encore, toute la société, hommes et femmes, confondus, semblent complices à vouloir maintenir le statu quo.

J'ai voulu commencer ma liste par ces deux noms : Pessoa et Rimbaud, mi-homme, mi-femme, mi-humain, mi-dieu...

Ils sont mes deux premières écrivaines (poétesses) préférées. Quand je les lis, je suis eux, ils sont moi.

Puis je poursuivrai par celle qui me fascine depuis bien longtemps, pour des raisons qui ne touchent pas seulement à l'écriture : Alexandra David Néel. Cette femme
je voudrais un jour lui ressembler, parvenir comme elle à traverser la Chine à pied, m'initier aux secrets des maîtres, en étudiant leurs oeuvres, puis me retirer du monde pour l'écrire.

L'autre femme qui m'inspire : Sabina Spielrein... celle qui entre Freud (à qui elle a légué la découverte de "la pulsion de mort") et Jung (elle fut sa patiente, sa disciple, son amante, sa fidèle amie, on suppose qu'elle le marqua dans son élaboration du concept de l'anima), celle qui se forma en psychologie, créa une école en Russie, puis fut assassinée, car Juive, est plus proche d'un Rimbaud ou d'un Pessoa... que d'un homme de pouvoir... (comme le furent ses deux mentors). Un film décrit merveilleusement tout ceci : L'âme en jeu.

Mais, j'en suis à quatre... qui sera la cinquième ?

La suite : demain (est un autre... jour).





Par Luciamel - Publié dans : Poésies, musiques
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