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Etre blogueur c'est... être narcissique, je l'ai dit et redit, petit poucet rêveur qui égrenne des mots, écrivain frustré... ou journaliste en devenir, il se débat. C'est aussi donner... Celui
qui fait son blog, avant tout, ouvre ses mains, il se met à nu (c'est facile de le lire, de ne même pas le commenter et de doucement rigoler... - quelle banalité, quel abruti (je laisse le
masculin...), franchement il ferait mieux de se taire - ou de le jalouser, de l'admirer... au mieux).
Il donne de sa personne, de sa vie, de son nombril... (comme le disait si joliment Marie-Georges en faisant une fausse
sortie).
Quand il nous quitte, pour de vrai... et ça lui est dur de vraiment s'y tenir, comme les chanteurs en fin de carrière qui nous font le coup de leur tournée d'adieux, il doit s'y
reprendre à plusieurs fois... les feux de la rampe... trop dur de s'en séparer.
Alors, décidément... je m'interroge, en voyant disparaître les uns après les autres les blogueurs qui m'ont vue naître...
D'abord Milla, toujours vivante, soit ! mais un peu en veilleuse quand même.
Puis, Greg, ben plus de lien, puisqu'il a disparu... (il m'avait bien incendiée en partant... De profundis ! et tous mes regrets, mais il officie peut-être ailleurs,
incognito...)
Simon Gaetan, il m'inquiète Simon... nous faisant le coup du blog réservé à certains privilégiés... (dont je n'étais pas) puis disparaissant corps et biens...
Et là !!! Mtislav... incompréhensible, incommensurable. Pourquoi ??? autant les autres j'avais pu le pressentir, autant là... je suis sans voix.
Il avait... non, je me refuse à l'imparfait. Il a une voix à la fois douce et insolente, à l'écoute de tous, essayant de les valoriser, par-ci par-là, se mettant très rarement en avant (sa vie
privée ? à peine une manif et sa ville de résidence, que savez-vous de lui ?). J'ai cru comprendre qu'il était, ou sa famille, originaire de Venise. Mais, je ne suis pas une ancienne...
Je n'ose croire... qu'il l'ait vraiment fait, en plus sans prévenir. Disparu.
L'absurde en ce médium, ce truc, le blog... se confirmerait encore plus. Aucun compte à rendre à qui que ce soit, aucun lien social établi, tu disparais sans te justifier...
Presque une relation amoureuse des temps modernes... T'envoies juste ta rupture par sms... et honte à celui ou celle qui crierait à la trahison... mais t'es possessive (ça c'est souvent
féminin)... t'es pas cool !
Ca me renvoie, naturellement, à mon cher Zygmunt Bauman, souvent cité :
ici ou là
"La question reste ouverte : lequel des deux côtés de la médaille a
contribué le plus à faire du réseau électronique et de ses instruments d'entrée et de sortie une monnaie d'interaction humaine si populaire et utilisée avec tant d'avidité ? Est-ce la nouvelle
facilité avec laquelle on se connecte ? Ou la nouvelle facilité avec laquelle on rompt la connexion ? (...)
Les contacts demandent moins de temps et d'efforts pour s'y engager, moins de temps et d'efforts pour les briser. La distance ne fait pas obstacle au contact - mais entrer en contact ne fait pas
obstacle à l'éloignement. (...)
Contrairement à l'ancienne proximité topographique, [la proximité virtuelle] ne demande pas plus que les liens soient établis à l'avance que de réussir à les établir en conséquence. "Etre
connecté" coûte moins qu'"être engagé" - mais c'est également moins productif en termes de construction et d'entretien de liens."
Zygmunt Bauman, L'amour liquide - De la fragilité des liens entre les hommes (titre
original : Liquid Love)
Oui, dans cet ouvrage Bauman se penche surtout sur les relations affectives entre... les humains... (homme-femme, ou autre).
Je cite (la 4e de couverture) :
"Le monde liquide de la modernité triomphante est celui de la liberté, de
la flexibilité, mais aussi de l'insécurité. Bauman s'interroge sur ces relations humaines où l'on jauge, évalue, choisit, jette, où l'on passe des contrats et des deals temporaires : tu me
plais-tu ne me plais plus; je te prends-je te quitte. Je refais ma vie. Les couples se composent, se décomposent, et se recomposent ou bien ils vivent "semi-attachés". Les relations durables ont
été "liquidées" au profit de liaisons flexibles, de connexions temporaires et de réseaux qui ne cessent de se modifier, aussi bien sur les plans sexuel et affectif qu'au niveau du voisinage, de
la ville et finalement de la société tout entière."
Je vous incite à le lire, encore une fois.
Photo (c) Luciamel. Pardon, si je n'ai pas actualisé...
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Je me retrouve de fait face à quelqu'un qui pratique un élitisme inverse, un élitisme de la sincérité, un élitisme des mains sales. Un élitisme du bon jugement.
ça, c'est peut être la seule chose que je reconnais être assez juste dans votre jugement.
Alors pourquoi un tel "élitisme à l'envers" ? tout simplement parce que face à des personnes qui vont mettre un point d'honneur à se "distinguer" quitte à en faire trop (cf votre remarque très "snob" pour le coup sur le vin, sur le fait que vous assumez totalement "exclure" certains lecteurs de votre blog, donc en quelque sorte votre "anti--démocratisme" revendiqué, attention, là encore ce n'est pas un reproche ! juste une remarque factuelle), je suis obligé de "tordre le bâton dans l'autre sens". De plus, pour moi - et là vous allez encore me trouver épouvantablement relativiste - tout "jugement de goût", et toute échelle de légitimité (art savant "noble" versus art divertissant forcement illégitime et "inférieur") repose uniquement sur une construction sociale (généralement lente mais parfois rapide comme le prouve l'exemple du jazz) et surtout sur une pure "croyance" (lire Durkheim par rapport à cette idée de croyance).
Et je ne suis pas le seul à le pratiquer, un Bertrand Ricard a défendu lui-aussi les musiques (de qualité) les plus "dominées" dans cet excellent livre ci :
http://www.pagesmusicales.fr/catalogue/fiche.php?param=274
sans parler d'un Edgar Morin dans "L'Esprit du temps" à l'aube des années 60...
alors oui, je suis un peu hors-sujet sur le coup mais je tenais à expliquer mieux ma position tellement inconfortable puisque rejetant aussi bien le "populisme" mainstream de certains dandys que le "misérabilisme" ou le "snobisme" distinctif, ce qui m'intéresse c'est l'équilibre et la justice et surtout pas de tomber dans ces deux extrêmes comportementals (dont fait justement partie l'exclusion que vous revendiquez)... Mon bouquin de chevet sur ce sujet, c'est le livre de Passeron sur "Le savant et le populaire" (oui, c'est encore un affreux pensum de sociologie qui ose détailler le comportement de ceux qui passent justement leur temps à exclure et qui sont même payés pour ça !
Le complexe de la rareté. La rareté bossa nova, la rareté funk des années 70 (sur celle-là, je suis calé grave), la rareté afro 70's aussi... Rien de plus élitiste que ça, le truc du connaisseur, le truc du spécialiste.
Je ne comprends que trop en réalité. Mais je le redis, je ne me sens pas élitiste de parler de jazz. cette musique est celle qui me touche le plus. Je ne lui trouve rien d'équivalent, en terme d'émotions, d'avant-gardisme, de goût de l'aventure, de capacité à découvrir et défricher. J'en parle donc bien plus. J'ai choisi de créer un blog exclusivement pour ça. La bossa n'est absolument pas une musique marginalisée. A mon avis, c'est tout le contraire. Cette musique de jazz que tu penses élitiste, c'est surtout une musique qui crève. Des musiciens qui n'en vivent pas. Une exposition médiatique proche du néant (télé, radio, magazines), rien, les clubs crèvent aussi, un musicien qui joue dans un des clubs de la capitale de 22h à 1h du matin est payé 150 euros. Une misère. Pour faire un disque honnête, bien produit, c'est la croix et la bannière. Je le sais trop bien, des amis musiciens, même très cotés, j'en ai plusieurs dans le milieu. Ce qui m'irrite au plus haut point, c'est le propos plein d'assurance de gens qui croient connaître des choses dont ils ne savent rien.
Entre l'administration jazz, l'appareil et la base, il y a un océan. Quoi qu'on puisse en dire, s'il y a bien une musique marginalisée, c'est le jazz (cf - récemment, France Musique et Culture ont viré tous les journalistes "historiques du jazz)
Enfin, je peux le dire également sans mal, le jazz, c'est un éclectisme en soi. Ignore-le si ça te chante. C'est un éclectisme. C'est un fait. Absolument indubitable.
Quant à la tolérance, je le redis (je suis aussi catholique et pratiquant qui plus est) c'est la religion des idiots. On tolère la couleur de son voisin, on tolère ses voisins trop bruyants. Je préfère les notions de résistance ou de respect.
Maintenant, en effet, j'en termine, car je n'aime pas les jugements tout faits, lapidaires. le jugement d'ailleurs, n'est pas très catholique, il est même tout à fait antinomique avec tout ce que préconise le catholicisme.
Bon vent. Te souhaitant malgré tout le meilleur.
je ne suis pas tolérant, je ne crois pas que le goût soit un outil permettant d'opérer des distinctions, je suis pas véritablement démocrate mais républicain. Ce que tu crois être une tare est pour moi une qualité authentique. Le débat peut donc se clore.
On ne peut de toute façon pas vraiment aller plus loin, c'est l'affreuse limite du blog, et je dois aussi avouer que je manque également de temps. Nous effleurons des concepts trop complexes pour passer au-dessus, rien qu'en les nommant, à moi, ils me fichent les pétoches. Car en fait, ce qui est questionné ici, c'est aussi lart : qu'est-ce que c'est ? Comment l'appréhender ? C'est la question philosophique la plus difficile à mon sens.
Peut-être une autre fois. Sur autre chose qu'un blog.
Comme je l'ai dit auparavant, nous n'avons rien en commun car hélas nous ne parlons pas la même "langue", j'explique le monde d'une façon et vous d'une autre, voilà pourquoi nous nous croisons sans nous comprendre... normal aussi que vous ayiez envie de me dire merde ! puisqu'il y a échec de communication (problème de goûts mais également de génération peut être aussi ?)
c'est tout de même dingue mais à chaque fois que je critique le jazz, je tombe sur des gens "dogmatiques" (attention : ce n'est pas une insulte l) encore) comme vous, comme si la même réaction se reproduisait à chaque fois ! et si avec tout ça, les sociologues (et leurs théories sur la croyance) n'avaient pas raison quoiqu'on puisse en penser...
Bon vent également... dommage qu'on ne se comprendre apparemment pas du tout.
En aucune façon.
Tu sais Kfigaro, moi aussi on m'a brocardée sur un site, donc maintenant quand on google mon pseudo (luciamel est née en février 2008) on tombe sur un truc pas sympa... je crois même, Dorham, que ça a eu, par la suite, un rapport avec Didier G. (c'était lui le D...). Je comprends Kfigaro (pourquoi le K ?) que tu te sentes mal à l'aise d'avoir embarqué sur mon bateau, tu te demandes jusqu'où il ira ? je dirais : le Brésil, en passant par les îles du Cap Vert.
Votre discussion m'a passionnée, elle est tellement profonde et juste. Merci de me l'avoir fait partager.
Concernant le côté catho : j'écoute justement l'enregistrement de notre concert à St Merri (Paris) du 8 mars, chants sacrés du Moyen Age, en hébreu, en arabe, en latin, en arménien, en grec ancien... l'oecuménisme en choeur (bon sang, comme on a chanté faux par moments !). Nous sommes les "Terra Sancta", et je peux vous assurer d'une chose c'est que vous n'entendrez pas parler de nous
En tant que taulière, j'espère que j'aurai l'occasion un de ces quat' de vous payer un vrai pot (moi aussi j'apprécie le vin, je serais plutôt portée sur le bio, mon côté bobo oblige, dans mes liens allez voir le blog de Sand, "vins gourmandises"... ça vous donnera une idée). Je suis près de Beaubourg (bobo oblige), si vous passez dans le coin, faites-moi signe.
@lucia : Ca me semble tellement évident que vous êtes faits pour vous rencontrer vous deux, et, les yeux dans les yeux, vous rendre compte que vous avez mille points communs... mais c'est aussi comme ça dans les histoires d'amour, on se rate, on se dit des choses qu'on ne veut/peut plus surmonter, alors on se quitte.
l'expérience m'a hélas démontré l'inverse (ça fait déjà 12 ans que je surfe presque tous les jours, j'ai pu voir justement l'évolution de ce média et pas forcement en bien), j'ai rarement accroché en "vrai" avec des gens avec qui je me suis frité en "virtuel" sur le web parce que si le web est bel et bien "carnavalesque" (comme l'explique Bauman mais aussi un sociologue italien dont il faudrait que je retrouve le nom), derrière les mots, on peut difficilement se cacher aussi facilement, à moins d'être un acteur professionnel et un écrivain de métier, il y a toujours un part de soi qui ressort... non, là je crois plutot à une incompréhension profonde due à mon avis à une différence d'âge et disons le, d'"éthos" (donc de croyance !). Ce que Dorham croit déceler de snobisme chez moi (il cite les Inrocks, journal branchouille que je déteste !
Il y a un livre de Landowski qui m'a l'air très intéressant sur ce sujet (mais c'est de la sémiologie et j'y connais pas grand chose) et qui trace 4 grands axes parmi les "postures" inviduelles par rapport à la mode et qui peut aussi s'appliquer à l'Art : l'axe vertical : dandy-snob et l'axe horizontal : caméléon-ours... moi et Dorham ne pouvons pas réellement nous comprendre (ni en virtuel ni même à mon avis en réel) car l'un se place clairement sur l'axe vertical et l'autre sur l'axe horizontal ! (sachant évidemment qu'il faut nuancer tout ça, aucune position n'est "pure")
Pour ce qui est de l'âge (comme du reste d'ailleurs) je crois que vous avez le même (à l'approche de la quarantaine... mais vous en faites pas les gars, il paraît que ça repart du tonnerre de Dieu à 52 ans).
Surtout dis quand tu passes sur Paris, ça pourrait être sympa d'organiser une soirée : "blogs en vrai"... dans un café, autre que la "République des blogs"... qui ne veut qu'instaurer un nouveau pouvoir (à mon avis, mais je vais essayer d'y faire un saut la prochaine fois).
Juste une chose : un blog n'est pas "soi". Un blog est soit une distorsion de soi (ce n'est pas mon cas), soit une part de soi (là, c'est mon cas). Heureusement qu'on y est pas limité. Comme je suis de nature plutôt pudique, il y a plein de choses que je garde par devers moi...
Laissons de coté l'accusation portée contre moi? Le snobisme, c'est d'abord la mise sur piédestal d'une culture ou d'un art que l'on feint d'apprécier. On ne l'aime que parce qu'elle vous refile un pedigree. C'est pour cela que ton accusation me chagrine. Car cette musique, je l'aime bien trop pour qu'elle soit un alibi. C'est ce que je veux dire en parlant de procès en sincérité.
Deuxièmement, le snob, il me semble se garde cette culture là pour créer une caste (je préfère cela à élite, car il ne me semble pas possible de nier qu'il existe des choses supérieures et d'autres plus triviales). Il déteste partager. Or, le partage a toujours été mon credo, je n'ai jamais cessé de parler de cette musique a tous les gens que j'ai rencontrés. Bien des gens apprécient de me lire parce que je ne parle pas de jazz en musicologue et que bien souvent, j'utilise le biais biographique (ce qui permet d'inclure nombre de gens, même ceux qui n'ont jamais écouté de jazz ou en ont une vision faussée) pour aussi redonner ses couleurs d'antan à une musique qui est avant tout une musique de la résistance (à ce sujet, tu te trompes sur le virage pris par le jazz, le jazz commence à se "sophistiquer" avec les jazzmen blancs et le cool jazz, qui notamment, travaillent sur Bach (approximativement fin des années 40 (20 ans avant Trane))... dois-je dire que je n'apprécie pas du tout ce courant là et que je préfère de très loin, le hard bop, musique excessivement plus simple : sur ce point, tu refuses de répondre, rentrer dans le détail de la vérité historique du jazz a l'air de te déranger, tu préfères rester dans l'abstraction, je te comprends, quand on maîtrise mal un sujet...).
Donc élitiste, peut-être, va pour ça, sur le fait que j'adopte envers l'art une forme d'exigence (je pense tout à fait que la bossa respecte ses formes d'exigence, mais aussi à peu près toutes les formes de musique, tant qu'elles restent guidées par une certaine sincérité, une certaine volonté de faire avancer le schmilblick)). (qui oserait dire par exemple que Jobim n'est pas un compositeur de très grande importance ? Pas moi, vois-tu)
Tu vois que nous avons un point en commun, je déteste pareillement les inrocks, mais je persiste pour dire qu'ils adorent découvrir le truc improbable, le truc rare, en idée comme en art. Ils aiment se distinguer.
Je crois en fait que tu as une approche fausse du jazz. cette approche, je l'ai rencontré chez nombre de personnes. La plupart, j'ai toujours réussi à leur démontrer qu'ils pouvaient apprécier le jazz sans être une bible de connaissances musicologiques. A ce jeu là, je n'ai jamais échoué. Même chez une fondue de bossa comme mon épouse.
Il y a sans doute des choses que je ne dis pas, parce que je sais aussi ce qu'est le web 2.0 ! A ce niveau là, on a aussi en commun d'avoir morflé, donc j'avance prudemment, j'évite de dire certaines choses. J'essaie néanmoins de garder suffisamment d'assurance dans mes propos, quitte de temps en temps, à me faire reprendre de volée par un mécontent de passage : avec qui je prends toujours le temps de dialoguer (on fait plus sectaire).
@Dorham :
Laissons de coté l'accusation portée contre moi? Le snobisme, c'est d'abord la mise sur piédestal d'une culture ou d'un art que l'on feint d'apprécier. On ne l'aime que parce qu'elle vous refile un pedigree. C'est pour cela que ton accusation me chagrine. Car cette musique, je l'aime bien trop pour qu'elle soit un alibi. C'est ce que je veux dire en parlant de procès en sincérité.
OK, vu comme ça, c'est tout à fait défendable, je préfère effectivement une telle approche.
@Dorham :
Deuxièmement, le snob, il me semble se garde cette culture là pour créer une caste (je préfère cela à élite, car il ne me semble pas possible de nier qu'il existe des choses supérieures et d'autres plus triviales). Il déteste partager. Or, le partage a toujours été mon credo, je n'ai jamais cessé de parler de cette musique a tous les gens que j'ai rencontrés. Bien des gens apprécient de me lire parce que je ne parle pas de jazz en musicologue et que bien souvent, j'utilise le biais biographique (ce qui permet d'inclure nombre de gens, même ceux qui n'ont jamais écouté de jazz ou en ont une vision faussée) pour aussi redonner ses couleurs d'antan à une musique qui est avant tout une musique de la résistance
[...] sur ce point, tu refuses de répondre, rentrer dans le détail de la vérité historique du jazz a l'air de te déranger, tu préfères rester dans l'abstraction, je te comprends, quand on maîtrise mal un sujet...
c'est évident que n'étant pas du tout passionné de jazz (ce qui ne veut pas dire que je n'en écoute jamais, ça m'arrive d'apprécier le jazz planant, le très vieux jazz ou le jazz dit "symphonique"), je ne peux absolument lutter sur un terrain que vous maîtrisez mille fois mieux que moi, impossible non plus de lutter avec un érudit dans ce domaine quand on ne connaît qu'une dizaine de disques tout au plus. Mais je comprend que vous cherchiez à m'attirer sur votre terrain, personnellement je ne fais pas autrement avec les musiques que j'adore le plus.
La grande différence entre vous et moi, et ce dont j'ai tant de mal à vous expliquer est surtout lié à des différences fondamentales de "statut" entre ces 2 (ou 3) musiques. Dans le cas du jazz, le "partage" est facilité par le fait que "l'auditeur-récepteur", même si il est au départ méfiant (car le jazz est tout sauf une musique "facile" d'accès), perçoit instinctivement - ou plutôt ressent de façon tacite et implicite- qu'il est en face d'une musique ultra raffinée, sophistiquée, en un mot "aristocratique" et que céder à l'enthousiasme de "l'auditeur-émetteur" (cad vous !) peut être à la fois gratifiant sur le plan social (la fameuse "distinction" de Bourdieu) et sur le plan relationnel puisqu'il aura encore plus d'atomes crochus avec son initiateur.
Dans l'autre cas, la "chanson" n'est pas du tout la même puisque "l'auditeur-récepteur" (qui peut être "légitimiste" voire misérabiliste et là le combat est clairement perdu d'avance, c'est d'ailleurs ce que j'ai expliqué par e-mail à l'auteur B.Ricard dont je vous parlé avant) sait qu'il n'a rien à "gagner" à apprécier une musique à la fois peu apprécié par la masse (hé oui, la "vraie" bossa n'a rien d'une "musique populaire" et la musique de film non plus, en dehors de quelques titres bien sur comme les BOs des films de Tarantino ou la fille d'Ipanema) et surtout peu estimée par l'élite, du moins en France.
Et puis, vous sous-estimez totalement la force des "a-prioris", la force de "l'image sociale" qui colle ou non à telle ou telle musique, il est clair que le jazz, musique objectivement et symboliquement connotée "bourgeoise" (même si ses origines afros et "dominées" sont toute autre ! nous sommes d'accord ! je parle de son image ACTUELLE !) dégagera de toute façon plus "d'aura", sera plus "chic" et "prestigieuse" que n'importe quelle bossa, y compris les plus bouleversantes (je pense à Leão, Regina, Edu Lobo ou Joyce).
Allez, un exemple idiot et facile à comprendre : même pour n'importe quel pauvre, une jaguar ou une mercedes aura plus "d'allure" qu'une bagnole d'apparence chic mais par trop "exotique" pour qu'on puisse la comprendre et l'intégrer véritablement, on peut faire la même chose pour les vins, pour presque n'importe quoi en fait, il s'agit là encore du fameux "marché des biens symboliques" qui tire justement sa force de son invisibilité ! mais je comprend que pour un autodidacte (et j'en suis un aussi d'ailleurs), cette idée puisse choquer, qu'on la prenne pour une absence de liberté alors que pourtant ça explique aisément votre absence d'échec (en matière de partage "jazz -> auditeur non fan de jazz au départ") et mes échecs répétés, ce n'est pas seulement imputable à moi, je pense être quelqu'un de bavard et d'ouvert, du moins quand je me sens en sécurité, cet échec tient essentiellement à la représentation sociale de la musique en question (ou à l'idée qu'on en a)...
Pour résumer, on ne peut pas réellement comparer des musiques aussi différentes sur le plan du statut, c'est justement ça qui nous différencient, moi je suis du "mauvais" côté et vous du "bon", même si vous avez certes des efforts à faire pour défendre cette musique, elle n'a en réalité plus besoin d'être réellement défendu ! car ça fait belle lurette que les dieux du jazz (Coltrane et compagnie...) font partie de l'Olympe de la musique savante occidentale et sont reconnus par tous (Adorno excepté ! mais y'a prescription ! ;) et puis il n'y connaissait sûrement pas grand chose...). Contrairement aux apparences, Jobim est loin d'avoir encore le statut d'un Coltrane, Edu Lobo non plus, Nara Leão non plus, Elis Regina non plus, etc... et ne parlons pas de la musique de film française !, Delerue a été méprisé par les élites toute sa vie (il y a plusieurs livres là dessus dont un écrit par François Porcile), un Philippe Sarde n'a jamais réellement conquis le coeurs des mélomanes classiques (à part les plus tolérants), s'en parler de personnalités franchement peu commentées voire presque inconnues et dont la mort est passé inaperçue, je pense à Michel Colombier (auteur d'une bouleversante "Chambre en ville"), un musicien incroyablement raffiné et sensible. Lui non plus n'a pas l'aura d'un Coltrane ! ce sont des gens comme ça que j'ai envie de défendre et non ce n'est pas par snobisme pour le rare et le méconnu ! c'est un combat comparable à celui que les fans de bebop pratiquait dans les années 40 avant que le jazz ne se danse plus, et devienne une musique d'une sophistication telle qu'elle devenait digne d'appartenir à "l'élite" et donc acquérait défitivement le statut de musique "légitime" (ou "dominante").
Je crois en fait que tu as une approche fausse du jazz. cette approche, je l'ai rencontré chez nombre de personnes.
Non, je n'aime pas le jazz apprécié par les puristes, c'est tout ! là du coup, c'est moi qui devient moins "rhétorique", je ne cherche plus vraiment à expliquer, bien que je sache en réalité ce qui me déplaît là dedans : la confusion mélodique, l'ultra rapidité des boeufs et généralement la virtuosité un peu "outrée" ou "too-much" des musiciens, le rythme et le discours ("bavardage") qui prime souvent sur tous le reste, etc... j'arrête parce que pour un fan de jazz, ces mots sonnent forcement comme des paroles hérétiques, des blasphèmes d'un inculte (voire d'un pauvre con ! ;)) qui n'a décidément absolument rien compris. Alors oui, effectivement le jazz et moi ça fait deux, mais attention j'ai écouté attentivement les "grands disques" et parfois plusieurs fois (car je suis curieux et je pense être de "bonne volonté") et bien souvent ça ne m'a fait ni chaud ni froid. Ah si j'adore ce que fait un Michel Portal (sans doute parce qu'il est éclectique), j'aime bien Gil Evans (son travail avec Miles Davis), le disque de Michael Brecker "Cityscape" (jazz symphonique), l'album "Focus" de Stan Getz, certains titres symphoniques d'Ornette Coleman, les disques planants et avec harpe de la femme de Coltrane (Alice Coltrane) et un titre isolé comme "Man of words" de Booker Little que je trouve réellement très beau car très lisible et épuré, très accessible aussi car de forme assez classique finalement... en fait, ce que je ne supporte pas chez le jazz, c'est la confusion, le côté anarchique, et constamment imprévisible ! c'est justement ce qui m'horripile car j'ai au contraire besoin d'une forme la plus "lisible" possible pour qu'il y est "échappée" et créativité, et je retrouve ça dans le rock : la forme est très basique, très structurée mais on trouve quand même des surprises. De plus, je suis très attaché aux "couleurs" (et le rock - surtout à partir des années 60 et 70 - est souvent plein de couleurs, de sons étonnants) et je ne me retrouve absolument pas dans une musique essentiellement basée sur les cuivres (dont assez homogène au niveau des "coloris", ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il est plus aisé d'écrire pour un orchestre de sax qu'avec un orchestre de bois classique, pour qui l'écriture est nettement plus rude ! je pense notamment au basson et au hautbois pas facile à doser du tout), c'est aussi pour ça que l'écriture d'un Gil Evans m'intéresse car entendre une harpe et des bois classiques au milieu d'un orchestre jazz classique m'enchante véritablement... en réalité, si j'ai besoin de rythme, j'écoute du rock, car je pense en revanche être un "bon auditeur" de rock, je sais l'écouter avec les "bons" critères (au contraire de ma femme à l'éthos trop "classique" sans doute), mais pour le jazz, je suis désespérément un "mauvais" auditeur, ça ne me "parle" pas, je n'arrive pas à prendre le bon "bout" (d'ailleurs je ne trouve même pas de bout du tout !). Pourtant, mon spectre est assez large : j'aime autant la musique classique atonale que la bossa, autant le rock d'avant garde que le tango, etc... mais le jazz pur et dur (cad les "grands disques" régulièrement conseillés aux débutants), non...
@Dorham :
Il y a sans doute des choses que je ne dis pas, parce que je sais aussi ce qu'est le web 2.0 ! A ce niveau là, on a aussi en commun d'avoir morflé, donc j'avance prudemment, j'évite de dire certaines choses. J'essaie néanmoins de garder suffisamment d'assurance dans mes propos, quitte de temps en temps, à me faire reprendre de volée par un mécontent de passage : avec qui je prends toujours le temps de dialoguer (on fait plus sectaire).
pour ça c'est vrai que nous sommes sans doute plus proches en effet, ça fait un moment que je m'interroge sur le web 2.0 et puis je travaille plus ou moins dans l'informatique, ça aide aussi.
@Kfig : j'ai tout lu ;-) et ben, ma foi, merci... pour toutes ces précisions, voilà l'intérêt du web 2.0 (c'est quoi le 1.0 ?) : des dialogues, impossibles autrement, peuvent y avoir lieu.

Sinon, pourquoi tu le vouvoies maintenant Dorham ? ça me rappelle Didier... mais lui vouvoie tout le monde (systématiquement).
Votre différence d'âge à Dorham et toi... moi la mamie des blogs, ça me fait sourire : un bout de génération, dis-tu, pour 5 ans ? ouïe, ouïe, ouïe... et pour 10 ou 15 ans de différence ? ça fait une époque ?
sinon le web 1.0 c'était le web d'avant les blogs, les sites de vidéos en streaming, le RSS, etc... plus simplement c'est le web où l'on trouvait d'un côté des sites persos (sans possibilité de commenter) et de l'autre les sites "pros" mais presque rien au milieu. Pour le K de mon pseudo, c'est un peu compliqué à expliquer, en réalité mon pseudo est une contraction de "Kommandant Figaro", une suite de mots étranges que j'avais cru entendre dans les choeurs du couplet le chanson "Pink Orange Red" (Cocteau Twins), rien à voir avec la pièce de théâtre et encore moins avec le journal ! ;)