Publié le 31 Juillet 2008





Il est des petits riens de la vie, qui vous éclairent tant et bien plus que d'épais ouvrages de philosophie, c'est toujours ce cher Candide qui a raison... face à Pangloss.

Tout à l'heure, je me dirigeais d'un pas tranquille vers le cabinet de mon ophtalmo (je suis myope), Palais Royal et ses jardins, traversés d'un pas léger, lunettes de soleil sur le nez, à observer comment leurs ipomées fleurissaient exactement en même temps que les miennes; où, j'eus aussi le loisir de remarquer cette nouvelle tendance à faire pousser des soleils (tournesols, entre autre). Lorsque, croisant par la rue du Bouloi, pour arriver rue Coquillère, je fus happée par une sensation m'ouvrant sur une autre dimension (ici, c'est le "petit rien" qui compte, pas le fabuleux). Deux hommes venant dans ma direction, se parlant, je les croise, j'entends la voix de l'un d'eux, grave, posée. Et soudain, cette évidence : la voix grave des hommes est rassurante. Pourquoi ? Il semblerait que le tout petit bébé, dans le ventre de sa maman puisse être tranquillisé par cette voix venue d'au-delà. Ce sont ces choeurs d'hommes, qui vous transportent, ou plutôt, qui vous posent, vous reposent... Cette voix croisée... juste là, pour m'apaiser.

Ensuite, je m'occupai du renouvellement de mon passeport, car j'ai un voyage à New York à rêver... Préfecture de police, square de la Tour St Jacques, comme elle est belle, cette dame, tout juste dégagée de l'écrin qui durant plusieurs années l'avait enserrée, à son pied des massifs d'arbustes, des promeneurs en pause de promenade, allongés, sur l'herbe, à l'ombre des petits arbres; et de nouveau la tour peut nous indiquer le chemin.

Vite, vite, rentrer, pour m'allonger moi aussi, et faire une petite sieste bien méritée.

Fin, d'après-midi dans ma rue, après le repos réparateur, des cris de joie, comme ceux d'une fête d'enfants, qui n'en finissent pas de s'amuser. Au bout d'un moment, je jette un oeil (myope, mais désormais muni de lentille) pour voir ce qui occasionnait une telle allégresse. A leur fenêtre mes voisins, aussi, se penchaient, sourire aux lèvres; ils appréciaient, comme moi, le spectacle de ces jeunes qui, tels des gamins, avaient improvisé une bataille de pistolets à eau, et autres bombes lancées du premier étage de leur agence de publicité. Puis, au bout de deux heures... le calme est revenu, la pluie tant souhaitée aussi, et ils ont continué leur glorification du bonheur, avec de la musique, cette fois entre les murs de leur agence, fenêtres ouvertes, pour que nous en profitions quand même un peu. Entre temps j'avais arrosé mes ipomées.

Les petits riens, de mon jeudi de nouvelle lune. Après la lucidité... la douce torpeur, l'endormissement, et la douceur de la vie qui m'(é)veille.


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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Hommes - je vous aime

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Publié le 29 Juillet 2008

J'ai regardé le ciel, mais j'ai de plus en plus de mal, ces derniers temps, à garder mon nez levé... c'est plutôt le sol qui attire mes yeux : ces corps étalés, ces souffrances de moins en moins dissimulées, je les vois, la peau rougie, les pieds enflés, des croûtes pas bien séchées. Alors, je me demande, quand je croise tous mes amis de La Croix Rouge, de MSF, de Aids, de Green Peace (et je suis donatrice à plusieurs d'entre elles) me héler quotidiennement entre Les Halles et Beaubourg, si ça sert à quelque chose de s'arrêter... de donner.

Pourtant, je sais que, non seulement c'est utile, mais que c'est la seule action essentielle, à l'heure actuelle, (je crois qu'Attali a bien analysé la question), en effet, les ONG et autres associations vont représenter l'un des seuls contre-pouvoirs au libéralisme de plus en plus inhumain des entreprises commerciales.

Alors, je continue à observer le ciel.

Et, qu'y vois-je en ce moment ?

Vénus/Neptune en opposition (attention aux illusions du coeur... et aux excès afférents), Lune opposée Pluton/Lilith et Jupiter (les femmes seront un peu malmenées, ou seront assez "guerrières", faudra pas trop les provoquer). Déjà Pluton/Lilith et ça va durer un certain temps (quelques semaines), conseille de ne pas trop chercher les conflits, car ils risquent d'être réglés de façon assez "nette", ici on ne craint pas de trancher dans le vif, on ne tolère qu'une chose : la lucidité; ici, les faux semblants, les langues de bois et autres endormissements de la conscience risquent d'être électrocutés. On vous demandera de voir clair en vous.

Pour le reste, ça dépend beaucoup... du reste...

Bon, vendredi c'est la nouvelle Lune, Soleil conjoint Lune en Lion, pas loin de Vénus, mais opposés Neptune... ça fait de un très beau coma de la conscience (voulu ou nécessaire), c'est le brouillard, la confusion... on s'y baigne, on s'y noie, on s'y plaît. Après tout, pourquoi pas ? et a priori, on n'a pas le choix.

En attendant, je vous souhaite une bonne nuit étoilée.




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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Spiritualités - astro

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Publié le 28 Juillet 2008

                                                                "Mes" Cévennes

Ca commence à me prendre la tête... le roman de l'été... lancé par Ladies Room, je me suis prise au jeu et là, j'étouffe. Un blog, c'est fait aussi pour "desabafar" (comme on dit en portugais; ça veut dire... expulser tout l'air emmagasiné, dire tout ce qu'on a sur le coeur, soulager, épancher son coeur, mais aussi décharger sa bile ou sa colère, ben, on n'a pas un mot pour tout ça en français, en portugais on l'a : desabafar).

Je peux vous dire que j'en ai gros sur la patate (ça on l'a pas en portugais... "gros sur la patate"...). Alors, y a May qui propose de vider son sac... je peux vous dire que depuis quelques jours il s'était un peu chargé le mien...

Certains, que je ne vais pas nommer, sur leurs blogs m'ont traitée de "..."; pour ces gens-là, c'est un peu comme dans le film Le dîner de cons : y a les gens très cultivés, très intelligents (ça les rassure de se renvoyer la balle), mais surtout très huppés (d'après leurs blogs, on comprend qu'ils ont le pouvoir... d'achat équivalent à leur mépris)... qui cherchent, pour s'amuser, des "cons", dont ils vont pouvoir se moquer, à loisir, car tel est leur plus grand plaisir (points de suspension), trouvant très très drôle de chercher leurs "champions du monde de la connerie", François Pignon, au secours !

Alors mon sac, merci chère May, tu es mon ange d'un soir... je vais le vider.

Dans mon sac il y a :

1. des points de suspension (il paraît que Sollers en est friand, j'ai pas lu Sollers, moi c'est Tabra qui m'en a donné le goût, et il paraît aussi que j'en abuse..., comme des répétitions, à ce qu'il paraît);
2. des poissons offerts par Tini, ils portent mes clés... ils me rassurent quand je ne sais plus où j'en suis;
3. un plan de randonneuse, pour parcourir Paris, en long, en large, et en travers;
4. des lunettes de soleil, parce que parfois le soleil m'éblouit (et je ne me prends pas pour une célébrité poursuivie par des paparazzi, ma tête, heureusement, n'est pas si enflée);
5. un chéquier, une carte de crédit, un porte-monnaie... ça c'est le point délicat, mon talon d'Achille;
6. un carnet d'adresses, un agenda, pour garder les pieds sur terre;
7. un poudrier, pour faire croire que je suis tout à fait dégagée du temps qui passe;
8. un rouge à lèvres : à mes détracteurs je voudrais dire que je ne suis pas le "vieux boudin" qu'ils voudraient voir en moi;
9. des essences "florame", elles sont "roll-on", on peut les rouler sur le poignet et sentir les bienfaits de l'orange, de la lavande, du romarin, du thym;
10. des crayons, des stylos... pour... écrire et décrire :
11. mes Cévennes : la Bastide Puy Laurent... Notre Dame des Neiges...


Alors, merci encore ma belle May, pour ta belle iday...

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #blogs et blogueurs

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Publié le 27 Juillet 2008



                                       Nicolas de Staël - Les mouettes
 


Une femme à la crinière brune, les boucles retenues par un "chouchou". Taille moyenne, peut-être un peu plus grande, tailleur impeccable, gris foncé, presque noir, chemisier blanc, apparaissant sous la veste déboutonnée, laissant deviner le soutien-gorge blanc aussi, montrant sans trop dévoiler.

Elle se leva, s'approcha, me sourit en me tendant la main :

- Helena Cristiani, mais pour tout le monde c'est Nani.
- Bruno Michalon, pour tout le monde c'est Michalon.
- Bonjour Bruno.
- Bonjour...
- Nani !
- Nani...

En ouvrant la porte, déjà, j'avais cru défaillir. Là, en l'écoutant parler j'essayais de rassembler mes esprits, de me concentrer sur l'environnement du bureau, la couleur de la moquette, bleue, le tableau au mur, une reproduction de Nicolas de Staël, tiens ce tableau... où l'avais-je vu auparavant ? sur un blog, il y a bien longtemps, ses yeux à elle, non, ne pas la regarder elle, regarder autour, par terre, le ciel par la fenêtre, mais pas ses yeux, ni ses cheveux, son visage, à l'ovale si parfait, les sourcils un peu épais, son teint de porcelaine, celui qu'on a jusqu'à 30 ans.

Elle parlait : "Bruno, c'est extraordinaire mais j'ai le sentiment de déjà tellement vous connaître, je sens que nous allons faire de grandes choses ensemble." J'écoutais, j'avais du mal à articuler, à rendre mes mots intelligibles, sous forme de phrases cohérentes : "Vous me flattez... oui, c'est moi qui ai écrit cette étude sur... oui... les problèmes engendrés par la démultiplication des blogs... vous croyez ? oui... en effet... c'est un peu exagéré... ça a quelques années déjà."

Elle m'avait proposé de m'asseoir à côté d'elle, devant son bureau. Elle avait sorti tous mes travaux sur les nouvelles technologies, étalés en taches multicolores sur le noir de son autel, où trônait aussi le modèle dernier cri de la cellule informatique, l'écran suspendu en 3 D qui apparaissait et disparaissait au gré du bon vouloir de l'utilisateur.

Je ne pouvais m'empêcher de couler dans l'émotion qui en entrant m'avait submergée, cette femme était le double réincarné de ma mère, enfin... de l'image que nous en avions gardée : sur les photos, les vidéos, les documents enregistrés. Pas une vague ressemblance, ou même une forte... non c'était son double à 25 ans. Pas un fantôme, pas un clone... un double, une aberration. Ma mère avait 75 ans en 2019. Cette femme était ce qu'elle avait été 50 ans auparavant. J'avais vu suffisamment de films familiaux, j'avais entendu sa voix enregistrée, ça ne faisait aucun doute, c'était elle exactement.

(à suivre... car il est tard)

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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Publié le 26 Juillet 2008

En 2017, il y avait eu des élections, on avait pour la première fois en France (c'est ainsi qu'on appelait la terre autour d'ici) élu une femme. Oui, c'était encore quelque chose d'exceptionnel, de confier à un humain de sexe féminin, la direction d'une collectivité plus grande qu'une ville ou une région. La Finlande, et l'Allemagne, pays plus au nord, ou à l'est, avaient, en ce sens, été avant-gardistes.

Oui, voilà ce qui définissait une "femme" : un humain dont le sexe portait la particularité de la féminité (organes et propriétés liées à un cycle hormonal spécifique, d'où découlait la capacité à porter un foetus - l'être conçu biologiquement). La moitié de l'humanité portait ces caractéristiques biologiques, et presque en aucun endroit sur terre, elle n'avait la possibilité de diriger la collectivité à son plus haut niveau. Quel lien y avait-il entre les deux faits ? Beaucoup en tout cas essayaient de le nier.

L'homme, c'était l'humain dont les organes sexuels (par l'insémination effectuée lors de ce qu'on appelait un "acte sexuel") portaient la semence qui pouvait féconder l'ovule porté par le corps de la femme. Ces humains avaient réussi à contrôler et déterminer, depuis son origine, le destin de l'ensemble.

Imaginez, la révolution qui s'opéra au moment de votre venue... En 2019, j'avais 49 ans.

Comment vous faire comprendre qu'un être humain... était considéré très différemment (même si dans certains pays dits démocratiques on défendait depuis quelques dizaines d'années l'égalité des droits) suivant qu'il avait telle ou telle particularité physique ? Aujourd'hui, une telle chose nous semble inconcevable. Laissez-moi vous raconter comment tout est arrivé.

Ce matin-là, j'avais rendez-vous avec Nani... Elle (oui, pour les besoins de la cause, Nani avait choisi cette apparence-là) m'attendait dans les bureaux du grand patron, elle était la nouvelle directrice du service, ben oui, parfois aussi des femmes assumaient des postes à responsabilité. J'étais en retard, donc. Je me disais que j'allais encore me faire sermonner... alors, Michalon, vous n'avez pas entendu votre réveil ? ça ne fera que la troisième fois cette semaine... Michalon, c'était le nom de mon père, ce qu'on appelait le nom de famille, mon prénom, donné à ma naissance, était Bruno. Bruno Michalon.

Essouflé, j'entrai dans l'immeuble, une tour moderne de 30 étages; on vendait et on achetait des idées... on travaillait dans la communication, entre la publicité, l'image de marque, le journalisme, la politique... un nouveau métier né de la révolution des nouvelles technologies, des nouveaux médias... En 2012, la domination des blogs sur les médias traditionnels (les journaux, les télés, les radios) avait obligé les pouvoirs publics à reprendre les choses en main, des lois avaient été votées à niveau européen, puis planétaire, pour contrôler ce qui devenait un monstre informe : la blogosphère.

Ouf, 27, 28... ça y est j'y suis le 29e... (le 30e... c'était un peu mystérieux, on ne savait pas trop ce qui s'y passait), je salue Martine (la réceptionniste du 29e) elle me fait une moue entendue... je comprends que ça va chauffer pour moi. Je m'essuie rapidement le front (c'est l'été... je sue sous mon veston).

Je frappe deux coups à la porte du bureau n°1, j'entends : "entrez", j'entre, et là... je manque de tomber dans les pommes. Je la vois, Nani... je comprends que tout est prêt, car enfin... elle est arrivée.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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Publié le 25 Juillet 2008

Ici, avant. ça s'appelait Paris... j'avais 49 ans... comment vous faire comprendre... Les montagnes que vous voyez n'étaient pas là, il y avait un fleuve... de l'eau qui coulait... l'eau... je vous dirai plus tard. C'était l'été, il faisait chaud, la chaleur... c'est comme quand on est malade et qu'on transpire, mais en ce temps-là, c'était normal, on parlait même de "réchauffement climatique", on s'inquiétait de voir la planète avoir la fièvre.

Depuis plusieurs années on avait organisé sur les rives de l'eau qui coule... une promenade qu'on appelait "Paris Plages", la plage... c'était un lieu au bord de la glace... qui à l'époque était toute mouvante, fluide, comme de l'air... de la glace qui bouge... on pouvait même s'y plonger (comme on le fait dans l'air...). Alors, ici, à Paris, on avait voulu imiter... l'océan et ses rives...

Moi, j'étais un petit employé... un petit frustré de la vie... Je n'avais pas réussi comme je l'aurais voulu... Enfant, je m'imaginais artiste, ou célèbre, je croyais avoir des choses à dire... je pensais que j'avais quelque chose à apporter au monde... J'ai petitement mené une vie... en accord avec le milieu social où j'avais vu le jour, sans gloire, sans prestige... sans misère non plus... j'avais mes fiertés... mes "petites gloires" (j'avais un jour publié un article dans un journal, j'avais même réussi à me faire éditer... un livre... de recettes de cuisine... et un recueil de nouvelles...).

Surtout, j'étais très heureux d'avoir des enfants. J'avais réussi à les modeler à mon image... enfin, celle que j'aurais voulu avoir...

J'avais quitté leur mère pour une femme un peu... bizarre... mais je l'avais laissée elle aussi peu de temps après. Les femmes... comment vous faire comprendre... en ce temps-là.... et c'est seulement il y a 10 ans... une éternité, c'était très particulier.

Femme, homme... ça voulait dire des choses tout à fait différentes d'aujourd'hui.

Prenons Nani... lui c'est un homme. Ca ne fait aucun doute pour vous. Pourtant, voici 10 ans on l'aurait appelé "femme"...

Moi... vous me voyez "homme"... en ce temps-là... j'étais homme aussi... Mais... ce qu'on appelle homme et femme... est tout à fait autre aujourd'hui...

Comme la montagne qui nous entoure. Elle a poussé soudain, en un jour. Je m'étais levé ce matin-là, en retard... je stressais, j'avais un rendez-vous... pas le temps de déjeuner, juste celui de me doucher (on le pouvait une fois chaque jour : faire couler de l'eau liquide sur nous, et chaude en plus !). Les enfants étaient chez leur mère, on était vendredi, je ne les récupèrerais que le soir. Mon café avalé, je dévalais l'escalier, entrai dans ma voiture (sorte de grosse boîte dans laquelle on entrait et qui changeait de place très très vite), mis la clé de contact (un objet qui faisait de la magie sur la boîte et la faisait avancer très très vite).

C'est alors que ça s'est passé. C'est alors que vous êtes arrivés.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 22 Juillet 2008

Nani poussa la porte. De l'autre côté, une table, deux chaises, un chien. Il s'approcha en claudiquant, le chien ouvrit un oeil, et le referma aussitôt devant un aussi triste tableau.



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                         photo (c) Luciamel, 25/12/2007, Paris. (ajout du 12/11/11)

 

 

Pas très grand Nani, il allait sur sa quarantaine, mais en paraissait bien plus... le cheveu terne, la mine tout aussi grise, il semblait se traîner comme un pauvre animal qui va à l'abattoir, comme un revenant.

Les enfants arrêtèrent leur manège, firent semblant d'être sages, en se logeant dans un coin.

La mère sourit et lui tendit les bras : "Oh, c'est toi...", puis elle le serra contre elle et le berça sans un mot, tout doucement.

Le père se renfrogna, depuis le temps, il pensait qu'on ne le reverrait plus vivant, 'Le cormoran"...

Le disparu, le renégat, était revenu.

Il fallait remonter longtemps en arrière, plus de 10 ans... qu'on ne l'avait revu... Nani, Giovani... le mutant... celui dont tous avaient cru qu'il étincellerait au firmament...

Le bel Italien, celui dont Dalida aurait pu chanter les mérites, celui qui faisait sourire et rougir toutes les femmes... seules les plus mûres se sentant vaccinées face à son regard brûlant, il était là, face à moi...

Je dis : "Je sors, ne m'attendez pas pour dîner". Personne ne m'avait écouté, tout occupés qu'ils étaient avec leur "invité"...

Dehors, la nuit était triste et grise... en ce premier jour d'été... Personne n'osait s'aventurer à cette heure tardive dans les rues de la ville, où, le froid devenu habituel depuis la glaciation de 2020 (certains ont essayé d'expliquer que le double XX était un signe, c'était la lame du Jugement dans l'ancien Tarot de Marseille, que ça avait été annonciateur d'une certaine fin des temps...) saisissait le téméraire.

Moi, avec mes cheveux tout blancs, malgré mes tout juste soixante ans... blancs comme neige, comme la couleur qui recouvrait désormais toute la terre, je défiais les éléments... comme lui le fuyard, celui en qui nous avions placé tous nos espoirs, celui qui devait nous délivrer du grand cauchemar, voici 10 ans... il y a une éternité.

J'avais ma tenue anti-blizzard... faite de tissus de récupération (sortes de fourrures reconstituées... mi-fibres, mi-raisin...), c'était plutôt encombrant et rendait la marche lente et pénible, mais ça offrait une bonne isolation aux -20° C de l'été...

Inutile de vous dire que je ne croisai âme qui vive... Pardon pour mon humour décalé, depuis l'époque où je tenais un blog (c'était une sorte de journal, de roman au jour le jour si vous voulez, sur un support, une sorte d'engin magique, où tout s'affichait... on écrivait et tout s'affichait automatiquement... c'est un peu compliqué... je vous expliquerai plus tard), j'ai développé un esprit un peu sarcastique... préparé au pire... comme au meilleur (mais pour ce dernier... le sarcasme est resté le mieux adapté).

Je regardai autour de moi... comment aurais-je pu décrire ce paysage... à ceux qui vivaient là... avant..? Ce n'était pas une "fin du monde", ou une vision apocalyptique post catastrophe nucléaire... comme ce qu'on voyait parfois dans les films de science fiction... Le cinéma... ah... oui... il faudra vous expliquer ça aussi. Non, pour leur faire comprendre ce qui s'était passé... où nous vivions... et comment... il me faudrait commencer par le commencement.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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Publié le 21 Juillet 2008

Cela vous est-il déjà arrivé de vous retrouver en présence des anges ? oui, je sais, pour certains, rien que cette première phrase est une invitation à déguerpir, ça y est la secte, l'allumée de service... car vous (les certains) votre credo est : moi, ma laïcité, mon athéicité, ma vie décaféinée...

Je me suis frottée sur les blogs à de sacrés zozos qui savent y faire côté "tu me cherches tu me trouves, c'est qui qui commande sur mon blog ? t'as pas compris que c'est moi le seul maître à bord, et que d'abord tout ce que je dis est parole d'évangile... euh... que dis-je ? je suis athée... si t'es pas dans la directe ligne de mon parti tu déguerpis, et pis... si moi j'en change d'avis, de parti, genre si demain j'encense (euh... non pas d'encens, je suis athée...) ceux qu'hier j'avais honnis, et incendié tous ceux qui osaient les défendre... et ben... je fais ce que je veux d'abord aujourd'hui..." bon... discours... mille fois rabaché, on en a donc l'habitude.

Aussi, je vous réitère ma question. Avez-vous déjà senti la présence d'un ange ? 

Ca peut ressembler à un excès d'hormones (pas forcément sexuelles, je le précise pour tous ceux qui oublient la biologie) : les endorphines, les dopamines, l'adrénaline... et, que sais-je ? tout ce qui agit sur notre cerveau et nous fait voir la vie en bleu. Les schizophrènes, par exemple, sont friands de ce genre de surdosage ou de trouble neurologique, chimique et hallucinatoire.

Pourtant ça peut ne pas l'être... seulement chimique...

En tout cas, j'en pose l'hypothèse...

Mes antennes sont sans doute comme les vôtres, c'est pourquoi je vous fais part de ce que j'ai ressenti.

Il m'est arrivé plusieurs fois, en présence de personnes, toujours les mêmes, en les écoutant parler, en les regardant... en étant simplement en leur présence, de sentir physiquement toujours la même chose... comme un fourmillement dans le crâne, un endormissement, doux, de la conscience, un bien-être serein de les écouter... comme des guili-guili de l'esprit.

Je ne situe pas cet état au niveau de la présence face à une Mère Meera, ou d'autres initiés vibrant à un niveau tellement haut... que l'évidence en est dépassée, là, vous n'êtes plus dans le questionnement... vous êtes, tout simplement.

Non, ce sont des face à face avec vos congénères qui sont comme des médiums... ils vous placent dans un état de réceptivité particulière... vous captez à travers eux quelque chose. Ca se traduit par du bien-être, une caresse, une langueur... et vous vous sentez regarder un ailleurs. C'est l'état du tout petit enfant, comme une méditation, un areuh areuh... primordial.

Pourquoi, ce face à face ? pourquoi avec certaines personnes ? (pour ceux qui voudraient le relier à l'état amoureux... je tiens à préciser que je distingue les deux... ça ressemble un peu mais ce n'est pas amoureux).

C'est proche de (mais ce n'est pas exactement) cet état de béatitude, d'hébétude... dans lequel se placent naturellement les enfants...

Simplement, dans ces moments-là, je sens que quelque chose d'autre est là, et je laisse faire.

Pour ceux qui se méfient des états schizoïdes... je signale que je suis vaccinée à la rationalité, mais  je laisse faire... mon esprit.

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Joie

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Publié le 20 Juillet 2008

Je rêve de ce monde léger, de ce paradis trouvé par Jacques Brel, aux Marquises... par ce que nous montrait Gaughin... pourtant... comment être léger... dans un monde où les 5/6e de l'humanité (au bas mot) souffrent, galèrent... vivent... ?


                                                                  Hawaï


Jamais je ne pourrai reposer en paix... tant qu'autour de moi on souffre et vit plus mal que moi... Qu'est-ce qu'une vie ? si peu de chose, mais aussi quelle grande chose... quelle immense possibilité.

Je me promène dans les beaux quartiers de ma ville, je vois ces "Hawaï" sur Seine... et derrière leurs façades, ces protégés, ces emmurés... ne me disent rien qui vaille. Il sera toujours plus facile à un chameau... oui, soi-disant.

Tous, nous y avons droit... aux Marquises... et tant qu'il en restera un qui n'y sera pas arrivé, toujours je retournerai à l'océan, à la tempête...

Alors, parfois, vous me verrez réagir de façon un peu "excessive" ou "épidermique" sur vos blogs... sachez que ça n'engage que moi... c'est le résultat d'une malformation congénitale... que mes ancêtres m'ont transmise : l'insatisfaction congénitale... l'inquiétude ou, comme on l'a dit pour Pessoa, l'intranquillité.

Gens tranquilles, dormez sur vos deux oreilles... le monde tourne... sans vous, ou, malgré vous.

L'humour, certains disent que j'en manque. J'en ai, mais c'est un humour particulier... celui des marins, celui des voyageurs... toujours un peu en retrait, toujours à se préparer à la trahison... Le voyageur doit prendre garde, il lui faut des amis, soit, mais toujours il doit savoir que pour les autres il est un danger potentiel, le différent à éradiquer. L'humour juif peut-être. J'adore Woody Allen.

Alors, moi aussi j'aime m'amuser, rire... mais toujours une main sur l'épée, telle l'héroïne de Kill Bill... (le 2, je préfère).



Boby Lapointe - La peinture à l'huile


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Rédigé par Luciamel

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Publié le 18 Juillet 2008

C'était l'été 68, mais pas de pavés, la montagne. Ma chère montagne qu'il me fallait quitter. Et la route, la longue route à pleurer... C'est un nouvel air à respirer, la composition en est différente, la texture, la couleur... comment vais-je le faire rentrer dans mes poumons ?



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Ma bulle. Je ne comprends rien. Ils ne me comprennent pas. Ils sont là à dessiner des e e e e e e e e e sur un papier... moi je sais déjà lire et écrire (depuis deux ans), même faire des divisions à deux chiffres... mais je ne parle pas leur langue, et eux pas la mienne.

Alors, les récrés, je les passe assise sur l'herbe, seule à ne pas pouvoir (ni vouloir) communiquer...

Qui dira la douleur de l'enfant bulle ? bulle de savon, bulle abandonnée au vent...

Toujours ça me restera ça... ma langue est différente... on aura toujours du mal à me comprendre... T'es un peu bizarre, t'as un accent un peu "précieux" on dirait... tu fais un peu... "snob", tu t'exprimes de manière un peu compliquée, pourtant, on ne dirait pas que tu es étrangère, ça ne se voit pas que tu es "portugaise" (ça, généralement quand on me le dit, ça se veut un compliment).

Alors, le seul moyen d'exister, c'est de "lutter", d'apprendre leur langue, vite. Toute seule, comment ? Je n'en sais rien... apprendre c'est tout. Ingurgiter les règles de grammaire, parfaire la connaissance de leur idiome... autant qu'eux, aussi bien que les meilleurs d'entre eux.

En six mois c'était fait, dans la douleur certainement. En deux ans je maîtrisais parfaitement leur système scolaire, le monde inconnu où l'on m'avait débarquée. Très vite je me fis mal voir de mes petits camarades... j'étais la "bonne élève", celle dont le maître disait : "elle connaît mieux votre langue que vous". J'ai appris à être détestée, ou admirée... j'ai survécu.

Pour le reste... rien ne pourrait me rendre Mila, l'amie laissée là-bas... à jamais perdue de vue. Les chemins au bord des ruisseaux, les rires, les fêtes, l'insouciance d'être chez soi... Désormais, je devais décrypter le monde.

Puis, j'ai découvert la liberté. Votre liberté. Celle de mai, celle des idées, celle de la pensée... La littérature, Rimbaud, Baudelaire, Queneau, Rousseau et ses rêveries, mes nouveaux univers, mes pays. Vos chanteurs à texte, Brassens, Boby Lapointe, François Béranger, Areski, Fontaine et Higelin, Barbara... ceux plus légers, Julien Clerc, Sheila et Claude François.

J'ai aussi fait l'apprentissage de votre culture, vos valeurs, je me suis nourrie de vos paysages, la Bourgogne, Aigues Mortes, La Normandie, les Cévennes (mes chères Cévennes), et la Picardie (la belle forêt de Retz, et Longpont où j'ai laissé tant de souvenirs). Avant tout, la plus belle région : mon Ile de France, où j'aime randonner... Je suis plus vous que vous-mêmes... Je sens sous mes pores votre histoire, vos contradictions ; vos défauts sont devenus les miens, et je râle... et je lutte pour mes droits, pour la liberté, pour l'esprit des Lumières... je défends ce qu'ici j'ai trouvé : un nouveau pays.

Maintenant, c'est même devenu ma spécialité... j'enseigne votre langue et votre culture aux étrangers.

Alors, bien sûr, toujours vous me trouverez un peu "spéciale"... mais qu'importe, je vous aime trop pour vous en vouloir, et même, je vous l'avoue, j'aime ne pas être totalement comme vous.


Photo : (c) Haggis Chick via Flickr 

article d'abord publié sur le site de Ladies Room le 17 juillet 2008.

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Portugal

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