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"Qui ne voit pas la vanité du monde est bien vain lui-même. Aussi qui ne la voit, excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement et dans la
pensée de l'avenir ?
Mais ôtez leur divertissement vous les verrez se sécher d'ennui. Ils sentent alors leur néant sans le connaître, car c'est bien être malheureux que d'être dans une tristesse insupportable,
aussitôt qu'on est réduit à se considérer, et à n'en être point diverti." Pascal, Pensées.
Un ami blogueur m'a suggéré d'écrire un "billet", (moi je dis encore un "article"), sur cette spécificité bien française du sarcasme.
Je suis presque née ici, je veux dire en France, je l'ai raté d'à peine 8 ans et demi... Par la même occasion j'ai loupé mai à Paris (mai, mai, mai, mai, mai, mai, mai... Paris!), eh
oui, je suis arrivée pour la rentrée scolaire de septembre, juste après les événements... Depuis, j'ai pas bougé !!!
Alors, ça fait un bail que j'observe... les différences, les ressemblances.
Et celle-là, celle du trait d'esprit, souvent n'a de spirituel que l'appellation d'origine contrôlée, bien franchouillarde... et, parfois, ne s'apparente qu'à de la méchanceté gratuite : si
j'ai réussi à dénigrer l'autre, à bien faire rire mon auditoire, c'est gagné, car j'ai montré le brio de mon intelligence et, dès lors, mérite admiration. Bien sûr ça me fait penser au
très pertinent et très mordant (pour cela j'apprécie aussi cette capacité à l'autodérision qu'ont les Français, et je m'évertue à l'expliquer aux étrangers qui ne voient
que la seule arrogance et agressivité verbale) film de Patrice Leconte :
"Versailles, 1780. Le jeune baron Grégoire de Malavoy tente de convaincre les ministres de Louis XVI d'assécher les marais de sa province infestée par les fièvres.
Mais avant d'arriver jusqu'au Roi, il devra se faire un nom dans les salons de la Comtesse de Blayac, véritable antichambre du pouvoir, où le bel esprit peut faire une carrière alors qu'un
"ridicule" la brise à jamais..."
Oui, ce goût de l'ironie, où l'on tue son adversaire avec un bon mot, qu'on retrouve dans Charlie Hebdo, dans le Canard enchaîné, est bien une particularité
française. Ce besoin d'épingler l'autre verbalement, le plaisir de le "ridiculiser" par une belle formule, cet art est sans nul doute né en France.
Respecter l'autre, ne pas le rabaisser pour le seul plaisir de briller... comme ça semble ringard ! Vous imaginez une soirée électorale (même des échanges au sein du même parti...) où les
gens se parleraient avec considération ? Oh, comme ça serait déplacé. Que dirait-on d'un Olivier Besancenot (je prends son exemple au hasard... je trouve d'ailleurs qu'il n'est pas
parmi les plus sarcastiques) qui ne tirerait pas à boulets rouges... sur tout ce qui ne s'apparente pas au bout du bout de ses 5, allez, 8 % ?
Pour paraître intelligent, on dit en France : "avoir de l'esprit", on doit montrer qu'on est capable (apte) à abattre l'autre d'un mot, d'une phrase bien placée, et à le
faire de façon standardisée : en effet, il faut suivre certaines règles, ne pas être sensible aux arguments de l'adversaire et ne pas démordre de sa position; RIDICULE tu es,
RIDICULE tu resteras.
"Je t'ai tué avec mes mots, mes 'amis' en sont témoins, je suis au pinacle, que fais-je ensuite ? je me cherche des alliés, des complices, car demain c'est moi qu'on
viendra... dénigrer" : quel est donc ce penchant ?
Martin Niemöller (1892-1984) à Dachau
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