Eloge

Publié le 14 Juin 2008

Sur mon chemin aujourd'hui, sont passés des hommes... comme des images habitées de vie, ou chargées de désespoir.

Pour commencer, ce matin à 10h30 en allant à mon cours de chant, pour une fois je serai à l'heure, me dis-je. Que nenni ! arrivée aux tourniquets, barrage de contrôleuse paniquée, non, non vous ne pouvez pas entrer ! Ah, mais pourquoi ? Elle, le regard hagard, comme saoule d'une émotion trop forte : "un jeune homme qui... enfin, c'était entre Châtelet et Hôtel de Ville, vous ne pouvez pas y aller, ça fait une heure que c'est bloqué". On redoute les vendredis 13... il faut croire que les samedis 14 peuvent être encore plus néfastes. Pauvre enfant... mort dans l'horreur.

Il m'a fallu changer de direction, me rabattre sur la 4... pour aller à Montparnasse. Là, sur l'interminable tapis roulant, juste devant moi, un père donnant la main à sa fille, de 6 ou 7 ans. Elle, blonde poupée vêtue de rose, lui, géant tout aussi blond. Non, mais c'est pas vrai, ils ne vont pas se pousser... je suis en retard moi... Non, ils continuent à bloquer toute la largeur du tapis, lui se sentant le devoir de la protéger et d'occuper tout le territoire. Alors, j'ai commencé à les observer... Un père, sa fille, elle tournant de temps à autre son minois vers lui, lui, trifouillant quelque chose sur son téléphone portable, puis lui caressant tendrement le haut du bras, comme pour la rassurer... Image forte, ce rose, ce visage tendu, cette protection, cette tendresse. Enfin, nous arrivons au bout, et je peux les doubler.

Correspondance pour la 13, deux hommes, la trentaine, traînant des valises à roulettes, l'un d'eux, le plus nerveux, assène : "Ben, tu vois, moi, je n'hésiterais pas à lever la main sur une femme. Dans ma vie j'ai tout vu". Je n'en crois pas mes oreilles, il a l'air de vouloir en rajouter, je les dépasse et file vers le quai.

Le chant. Nous avons recréé le coeur des baleines... Improvisation, sourires avec notre amphitryon, qui nous permet de répéter dans sa galerie; un homme, bercé depuis des mois par les voix des femmes.

Retour chez moi, courses, problème déjà de fin de mois... et dire qu'on n'est pas encore le 15... jongler, calculer, se limiter.

Aller-retour à pied dans le Marais, et là... lui sans doute croisé plusieurs fois... à cet endroit-là, trouvé l'annonce pour cet homme qui s'en est allé... Un choc. Toi disparu, ici quelqu'un a voulu te rendre hommage.



Soirée, sortie du métro, sur l'escalator devant moi, un homme le visage penché, sur celui de son enfant, un garçon d'environ 8 ans, il fait comme les chevaux... il frotte son crâne à celui de son fils, par ce geste il lui indique son affection, sa complicité... et lui transmet aussi sa virilité.

Demain c'est la fête des pères, je les aperçois et je suis intriguée par ces hommes, certains disent féminins, ou "deuxième mère"... Ne seraient-ils pas plutôt un nouveau genre ? au sein d'une mixité de genres, hommes aimant leurs enfants, femmes plus libres, ne portant plus seules cette charge (ce pouvoir) de l'amour... et de la nourriture affective. Sont-ils des bobos ? les bobos de la société... Ils sont tout simplement des mutants.

Je suis attendrie par cette douceur de l'homme... enfin assumée, au su et au vu de la société. Espérons simplement qu'un jour prochain, nous la retrouverons dans nos couples.

Rédigé par Luciamel

Publié dans #métro - voyages

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luciamel 16/06/2008 18:44

@Hélène : merci :-))))

helene 16/06/2008 08:45

Salut Lucia ! j'aime beaucoup tes billets, tes descriptions des personnes que tu croises. merci !

luciamel 15/06/2008 18:30

@Béa : oui... j'y ai repensé, en allant au bât. Gaston Cordier de la Salpêt' l'autre jour...

Aujourd'hui est un autre jour déjà... une étrange douceur, dans l'air... tout alentour... "va savoir pourquoi au piano ce jour-là, y avait une musique sur le bout de mes doigts, une musique... de Fragson" (Barbara)

Béa 15/06/2008 16:07

Comme tu dis, mort dans l'horreur, érasé par le métro, après le camion,..c'est un truc qui me hante, je me tiens contre les murs, presque, bref, j'ai le vertige. Gai, Gai, Gai ...

La tendresse, sûr qu'on en a besoin, what else, comme dirait le beau gosse.

luciamel 15/06/2008 10:36

@Milla : merci !

La douceur des hommes... oui elle existe, qu'ils continuent de la cultiver avec leurs enfants, mais qu'ils apprennent aussi à l'exprimer aux femmes (le "j'hésiterais pas à lever la main sur une femme", la haine au sein des couples, fait malheureusement encore partie du quotidien de beaucoup).

Bonne nuit, fais de beaux rêves chère "fleur de coton".

milla 15/06/2008 07:23

J'aime ce billet. Des rencontres émouvantes.

La douceur de ces papas. Tu sais, celui sur l'escalator, c'est une vision que tu as eue: celle du futur père de mes enfants et de ma future fille (bon, si ce n'est pas une fille, ce sera l'autre "dady-cheval") Ouais, Parfaitement m'dame! ;-)

Des mutants...je ne sais pas...
Parfois la tendresse est témoignée de façon presque imperceptible, mais elle est bien là, palpable.

Un couple sans tendresse...!! Ce doit être terrible. S'il n'y a plus d'amour il doit bien rester ça non? Remarque, non, pour certains il reste parfois la haine et ses dérivés.

Bon dimanche! Le soleil se lève et je rentre me coucher, l'esprit encore ailleurs.