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C'est la maison où je suis née, derrière la petite fenêtre en bas à droite, celle qui est sous la palme... Le palmier n'était pas là à l'époque. C'était un mardi, à la toute
fin de l'hiver, en début de matinée. Il paraît que c'était la panique... ma mère seule, avec mon père, la sage femme qui est arrivée après la bataille, ma tante, qui est venue donner un
coup de main... Bref, tout le monde en a... "chié"... je suis sortie par les pieds... le cordon autour du cou bien enroulé... toute bleue... ("enfant bleu") je suis restée un
certain temps dans une bassine d'eau, sans respirer, mon père a dit : "elle est morte"... c'est alors que je me suis mise à crier.
La maison a 100 ans, c'était celle de ma grand-mère, c'est là où sont nés tous ses enfants... et moi (la seule, je crois, des petits enfants à avoir eu ce "privilège", pas d'hôpital à l'époque,
c'était il y a 48 ans).
Sur la gauche, il y a un vieil olivier, dans les champs, des poiriers, et derrière la maison, le verger... avec tous les arbres fruitiers plantés par mon père. Tout d'abord le puits, creusé par
le grand-père... un large et immense puits... j'aime tant plonger mon regard dans cette eau surgie de la terre, ce miracle de vie... qui a irrigué les champs aux alentours... pendant
des dizaines d'années. Près du puits un figuier, vieux aujourd'hui, planté par le fils aîné, mon père. Les deux, le puits et le figuier, sont comme indissociables... comme greffés l'un à l'autre.
Les figues de miel... c'est leur nom... parce qu'en leur extrémité, quand elles sont bien mûres, suinte une goutte de miel...
A chaque retour, je me sens renaître. A chaque départ, je recommence ma vie.
Le chemin qui y mène... est un "beco", une impasse, qui porte aujourd'hui le nom de la famille.
Ces maisons sont ma chair, ces chemins sont mes veines, le ciel est mon air, les ruisseaux et leur verdure qui mousse de rayons... leur cresson, sont mon aliment, mon sang. Les vignes, les
fleurs (semées par maman devant la maison, elle aime les camélias, la lavande, les roses, les oeillets), le pain pétri par ma tante et cuit dans le four avec les pommes de terre "à murro" ("au
coup de poing"), avec des sardines grillées sur des tuiles, tout ça baigné d'huile d'olive, d'ail... et de joie.
Un jour...si... la vie le veut... je ferai un gîte dans cette maison, j'y accueillerai des voyageurs, des promeneurs. Je leur ferai découvrir les chemins à travers champs, à travers collines,
bois de pins, d'eucalyptus, rizières, vergers d'orangers, de citronniers... nous croiserons toutes ces maisons... aux couleurs de l'arc en ciel... aux couleurs de la lumière.
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