Le bel amant (10)

Publié le 7 Septembre 2008

Le jour qui suivit cette nuit sans sommeil, cette nuit sans étoiles, ce samedi 3 août 2019 ne ressembla à aucun des jours que les habitants de cette ville avaient vécus auparavant.

Bruno et ses enfants voulurent aller voir de leurs propres yeux cette "chose", ce monstre, cette "concrétisation" des désirs les plus fous de l'humanité. Tout fonctionnait encore assez normalement, les tramways, le métro, les vélos en libre service ("vélibs" en un autre temps), depuis 2 ans plus aucune voiture ne circulait dans Paris, ni dans aucune grande ville de par le monde... c'était devenu une sorte d'aberration sur roues que d'avoir une "voiture"...

Ils avaient avalé, lui un café, eux du lait de soja chocolaté, avaient enfourché chacun un vélo et avaient remonté le boulevard Sébasto, avec ses bordures d'arbres et de fleurs, ses promeneurs hagards suite à l'événement, se chuchotant de drôles de choses... sur les trottoirs.

Ils remarquèrent les merles plus nerveux, chantant à tue-tête, les mouettes tournoyant et criant bien au-delà de la Seine... des chats erraient tout en semblant se diriger vers le nord.

Arrivés face au nouveau quartier, celui qui avait été rasé pour permettre l'édification de la chose, à l'endroit qui avant correspondait à la Goutte d'Or, sur des centaines de mètres jusqu'au canal St Martin... ils perçurent avant qu'ils ne la virent : la montagne.

Des milliers de personnes étaient là, grouillaient tout autour, la confusion semblait à son maximum. Bruno prit soin de garer les vélos à la borne prévue à cet effet, et sentant le roussi... saisit son portable pour appeler Nani.

- Allô.
- Oui, c'est Bruno.
- Venez vite...
- Que s'est-il passé ?
- Je ne croyais pas que vous le feriez...
- Que je ferais quoi ?
- Je veux dire que votre espèce, enfin, que les humains iraient jusque là...
- Je ne comprends rien.
- Venez je vous expliquerai. Je suis au 30, rue Rambuteau, 3e étage droite, il suffit d'avoir son empreinte pour entrer.

L'empreinte, c'était la puce électronique qu'on nous injectait (si on le souhaitait) sous la peau du poignet avec tous les codes et les infos nécessaires (identité, adresse, banque, crédits, maladies, parcours professionnel, réseau familial, amical...), avec ça vous aviez accès à la plupart des immeubles dans Paris (à condition de figurer sur le code des personnes que vous vouliez visiter).

Il leur fallait rebrousser chemin. Avant de repartir, les enfants voulurent prendre en photo l'horreur surgie de la nuit : une masse sombre, énorme, haute comme deux Tour Eiffel, dirent-ils, en fait elle était 3 fois plus haute que l'ancien monument, mais sa masse, son envergure, sa base... la faisaient paraître plus petite.

Ce magmas gris, avec un brouillard l'entourant, l'humidité s'étant comme agglutinée tout autour, n'était pas très photogénique.

Les enfants semblaient prendre ça très bien, ils sentaient que ça allait bouleverser la routine de leurs vacances trop programmées avec leur père, dans le sud, chez Tatie... Ils riaient, se chahutaient, voyaient bien que Bruno n'était pas dans son assiette, trop calme...

Devant l'immeuble de Nani, il s'approcha du lecteur électronique, présenta son tatouage... la porte s'ouvrit, ils postèrent les vélos sous le porche, il eut juste le temps de remarquer la fraîcheur de la cour intérieure, fontaine au milieu, massifs de fleurs, buissons, et merles toujours aussi excités...

Il sonna, elle ouvrit, il se sentit de nouveau défaillir à sa vue... soudain il explosa :

- C'est quoi ce bordel ?
- Venez, entrez, vous avez déjà déjeuné ? Ce sont vos enfants ? comme ils sont beaux ! venez, je vais nous faire un bon café, et vous, les enfants, que prendrez-vous ? un jus de fruits ?
- Nani, que s'est-il passé ?
- C'est vous qui avez fait ça, vous les humains...

(à suivre)

Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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Commenter cet article

luciamel 09/09/2008 18:28

@Nina : oh, merci ! ton compliment me touche, toi qui écris si bien. @Andrea : enfin ! tu es de retour, Miss Doodle me manquait, avec son univers à la fois doux et piquant... Tiens, je vais aller faire un petit tour chez toi...

Andrea 09/09/2008 16:32

Je retrouve ton univers poétique, parfois doux-amèr, je n'ai toujours pas lu ce livre Loin de Chandigarh, en attendant je lis tes mots et j'attends la suite de cette histoire avec impatience, en fait, c'est l'histoire de l'humanité, en quelque sorte...:)

nina de zio peppino 08/09/2008 23:06

Etonnant. Une écriture très particulière. Il fallait juste y penser. La curiosité me taquine.

luciamel 08/09/2008 22:37

désolée de ne pas avoir écrit ce que vous attendiez... chère Tini-Yaëlle ??? et désolée pour votre déception, et aussi désolée pour le "presque rien" de mon épisode ;-))Tout arrive à point... à qui sait attendre (et à qui le souhaite).

Tini 08/09/2008 21:24

Yaelle, ne pourrais-tu signer tes commentaires non seulement avec ton nom, mais aussi avec le mien? Tu sais 100 fois mieux dire les choses.......Lucia, j'ai décidé de revenir pour "le bel amant"..........j'ai vu ton illustration du couple et j'ai pensé: voilà enfin l'histoire d'a.......mains non, rien, ou mieux, prèsque rien..... :(

yaëlle 08/09/2008 18:45

...et alors.??...et alors.??...tu joues avec nos nerfs et notre capacité à maitriser l'impatience!

Luciamel 08/09/2008 22:46



@Yaëlle : nan mais tu te rends compte ? une montagne a poussé sur Paris, une glaciation est arrivée, une femme va se transformer en homme sous vos yeux... et tu trouves qu'il ne se passe pas
assez de choses ? bon, ok... quand est-ce qu'il y aura du s...*, euh... de l'amûuuur ? soon, soon... Vous n'avez pas lu Loin de Chandigarh, 600 et quelques pages... bon c'est vrai
que le s...*, l'amûuuur, arrive tout de suite dans les premières pages, mais après il faut se taper des dizaines de pages de description de personnages... c'est ça un roman, il faut quand
même installer le décor (de la chambre... euh, des sentiments). ;-)