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Parfois tout me donne envie de vivre ainsi : en palimpseste.
Qu'est-ce donc ? "parchemin manuscrit dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte", avec la citation de Baudelaire : "L'immense et
compliqué palimpseste de la mémoire" (Le Petit Robert).
Pour l'instant ce ne sont que mes textes qui se recouvrent les uns les autres (les poèmes
effaçant la prose), mais, qui sait si ça ne correspond pas à un pan de vie qui voudrait en effacer un autre ?
Quelle joie, quel soulagement, quand d'un coup vous effacez tout le premier jet,
toutes les approximations, toutes les bourdes d'une relation. Vous reprenez à zéro, avec en prime l'expérience du passé, du déjà dit. Ainsi, le croyez-vous, vous espérez que ce sera tout
neuf, tout aminci, mais, ce sont bien vos bourrelets qui avaient raison, votre cigarette, votre verre de vin... votre sentiment de trahison; non, rien n'a changé, vous êtes toujours là, en
dessous... mais avec les mots qui recouvrent les anciens, vous reviennent vos chimères, vos doutes, vos illusions, vos idéaux...
Et de mon passé surgissent des images déguisées en de nouveaux paysages...
Celui qui se retrouve atteint d'Alzheimer n'est-ce pas à ce processus, justement, qu'il échappe ? celui du temps, de la mémoire, du recouvrement de la couche qui a effacé la couche précédente...
de l'amour qui a effacé le précédent, de l'échec, de la déception, du travail, du succès, de la vie... qui se sont substitués aux plus anciens.
Ca s'appelle aussi la politique de l'autruche : continuer à croire, et faire croire, que tout va bien (ou mal, c'est pareil), pour éviter seulement de regarder ce qui s'approche : l'inconnu,
l'innommé, l'inouï, le réel.
Ce sont les places financières qui s'effondrent, c'est un vieux monde qui croule sous le poids de son passé et des jeunes bien trop arrogants pour comprendre que ce qu'ils prennent pour de
la ringardise, du gâtisme, est aussi le fruit d'une certaine sagesse. On coupe les têtes et on intronise Napoléon.
Ainsi font font font...
En rester à ce sentiment de non sens, à cet aveu d'échec ? Oh que nenni ! car, de la table rase, du nouveau parchemin, du nouvel horizon, peuvent aussi surgir des figures aussi mystérieuses que
celles dessinées par des "extra-terrestres" (?) sur ces champs d'orge du Wiltshire au sud de l'Angleterre. Voyez sur le site de Lucy Pringle. Ceci :
Cercles apparaissant en une nuit sur des surfaces (90 000
mètres carrés), et avec une précision, rendant impossible l'hypothèse d'une réalisation "humaine" ordinaire, aux figures et mystères défiant les plus grands chercheurs, qui y retrouvent les
messages d'une grande complexité mathématique.
Mais, cherchons-nous refuge, une échappatoire, dans ces énigmes qui s'offrent à nous ? et sont-elles là pour nous guider ou nous perdre ?
ou bien tout simplement la peur de perdre la raison?
Tout ça est traité avec humour dans le film. Mais toi Lucia...tu as envie d'une page blanche chaque jour?
@Sév : cher ange, merci pour ta visite
@Yaëlle : oui, j'ai vu ce film, sorte d'allégorie de notre vie, pour se délivrer : s'éveiller dans le rêve lui-même. Ou, comme dirait Camus, il faut imaginer Sisyphe heureux. Non, je n'ai pas envie que chaque jour soit une page blanche.
Le palimpseste n'est pas tout à fait la page blanche... il est le passé sur lequel on réécrit du présent, mais ce présent peut-il vraiment être neuf ? Voilà ce que je questionnais. Ma réponse était (pas très claire...) : non, souvent on croit se renouveler, mais on ne fait que se répéter. Alors, heureusement l'inattendu, le merveilleux peuvent parfois faire irruption dans notre vie : les cercles de Wiltshire, ou Sév... ou Yaëlle (ou Frenchi) qui viennent me faire un petit coucou... par exemple.