Partager l'article ! Le parler frais: ou Fresh talking... concept inventé par l'un de ceux qui furent mes maîtres en interculturalité, ou et ...
ou Fresh
talking... concept inventé par l'un de ceux qui furent mes maîtres en
interculturalité, ou ethnographie de la communication : Erving Goffman et
La mise en scène de la vie quotidienne. Je peux dire que ma vie a changé à la lecture des membres du "Collège invisible", ou "école" dite "de Palo
Alto".
"Lorsque des individus se trouvent réunis en des circonstances qui n'exigent pas que
des paroles soient échangées, ils s'engagent néanmoins, qu'ils le veuillent ou non, dans une certaine forme de communication [...] Même si un individu peut s'arrêter de parler, il ne peut
s'empêcher de communiquer par le langage du corps. Il peut parler à propos ou non. Il ne peut pas ne rien dire. Assez paradoxalement, la meilleure façon de donner un minimum d'information sur
soi-même - bien que ce soit encore beaucoup -, c'est de s'ajuster et d'agir conformément aux attentes de son groupe social." (Y. Winkin in La nouvelle communication, analysant
l'apport de Goffman).
Le parler frais, est pour E. Goffman, le "sortir" du langage attendu... codifié, on vous dit "Bonjour, ça va ?", vous répondez "Ca va et toi ?", ou à la rigueur "Couci, couça", le parler
frais consisterait (dans un contexte ne le supposant pas, rendez-vous d'affaires par exemple) à vous mettre à sangloter en disant que non décidément la vie est trop dure (si vous
le faites en présence de votre meilleure amie, ça sera du codifié, pas du "parler frais"). Ce parler-là est aussi ce qui stigmatise... car "pas comme il
faut".
Selon E. Goffman, la plupart de nos échanges ne se font pas sur la base du parler frais (vrai ?), ils sont attendus, programmés, conditionnés par la situation sociale. C'est ce qui nous
rassure : que l'autre dise précisément ce que l'on veut de lui.., sinon ça nous inquiète : est-il devenu fou ?
Moi, et vous m'attendiez sans doute au tournant, quand je lis les blogs... ça me fait souvent cet effet-là : du langage stéréotypé (à part certains que je commente et apprécie, sur Ladies
Room ou ailleurs) : c'est souvent une sorte de reformulation de ce qu'on a déjà lu dans les journaux ou magazines... on sent que ça veut surfer sur l'air du temps... s'accrocher des
lecteurs en choisissant des sujets "porteurs"... alors ça dit (re-re-dit) ce qu'on retrouvera ici et ailleurs.
Bon.
La pensée fraîche ! j'ai parfois la nausée à lire des trucs réchauffés, mais pas forcément bien cuisinés... est-ce si important d'être bien placé ?
de piocher à droite et à gauche quelques opinions... histoire de faire un billet. Oui, je sais, on pourrait très bien me retourner le "compliment".
Je voudrais juste penser le truc... de l'intérieur.
Pour cette raison la poésie (et les blogs s'y essayant me touchent particulièrement...) n'a jamais guère vendu... elle ne représente pas le pouvoir intellectuel en France, elle permet,
lors, beaucoup plus ce parler frais...
Je citerai comme blogs le représentant :
Noèse Cogite
Thierry
Frenchi
Sév
May (est revenue !)
Nina
Lolo (qui n'a pas de blog mais qui se reconnaîtra).
(pardon pour les autres que j'aime aussi énormément... qui sont, à mon sens, plus "conventionnels" - allez, j'ose le mot : un peu plus "bourgeois" -, mais pas cons !
loin s'en faut, juste, parfois, "trop" bien écrits... pour être classés dans le "parler frais").
Encore plus de la façon que tu le fais..
Je découvre que le poisson vendu sur mon blog n'est pas frais ! J'irais de ce pas me plaindre auprès d'Ordralfabétix !
@Noèse : "continuons à chercher sous les mots, du sens" voilà ce qui me plaît dans ton écriture.
@Mtislav : très juste ta remarque, Goffman a essentiellement (ainsi que les autres membres du "collège invisible") analysé les interactions verbales (et le non-verbal) ainsi que les troubles psychiatriques (la schizophrénie) comme mode de communication, ils sont à l'origine du concept de "double contrainte". Mais leur démarche était beaucoup plus large, elle visait à édifier, à partir du langage et la communication sociale, une "science générale du fonctionnement de l'esprit".
Pour ce qui est de l'écrit, et de l'analyse des discours, bien sûr que tout cela est hyper-codifié (l'écrit universitaire, l'écrit scientifique, philosophique...), il faudrait plutôt se référer à Bourdieu, dans Ce que parler veut dire. L'usage littéraire (et plus spécifiquement poétique) du langage étant sans doute le seul "parler frais" de l'écrit (car créatif), les usages professionnels ou sociaux, sont là pour assurer une certaine position sociale, un pouvoir (cf. la dissertation "française", et autres pratiques très codifiées, auxquelles j'essaie de sensibiliser les étudiants étrangers).
Ton poisson me semble bien frais !!! "Bien écrire", et en avoir le souci, correspond sans doute à une norme sociale, une valeur (mais comment y échapper ?). Le faire créativement, en servant, autant que faire se peut, une pensée fraîche, voilà qui est réjouissant. Tu me sembles t'y attacher. Je n'ai pas cité le blog de Tiniak, et je l'aurais pu, il y creuse des mines de poésie (de façon très aboutie), je n'ai pas cité vos blogs à Dorham, Balmeyer et toi, car vous me semblez vous inscrire dans un écrit plus "professionnel" (avec les exigences induites). J'ai voulu dire que le "parler frais" ou l'écrire frais, n'est pas nécessairement un écrit "pro", il ne vise pas forcément l'édition, il s'autorise des libertés, il est parfois abrupte, aproximatif, libre surtout. C'est là où, souvent, je m'inscris.
C'est ce que "l'écriture bloguesque" peut inventer.
Espace de création pur, le blog n' a pas de limite.
Pour moi c'est un espace libre ( mon blog est privé, en ce sens que les gens qui me connaissent n'y ont pa svraiment accès).
LIBRE.
@Noèse cogite : oui, c'est toi qui as raison, de ne pas avoir mêlé vie bloguesque et vie "privée"... à chaque fois que je l'ai fait, j'ai eu à en payer un certain prix... (l'image fanstasmée, imaginée, de Lucia Mel, est souvent décalée par rapport à celle de Lucia... ça crée des interférences inconciliables apparemment) j'ai aussi communiqué l'adresse de mon blog à certains "amis" ou connaissances, voire à ma famille... tu vois je suis loin du pur anonymat. Je l'ai fait sciemment, ces regards amis sont comme des garde-fous pour moi, même s'ils ne laissent pas de commentaire, je tiens compte de leur présence, de ces liens, bien "réels", à ma vie.
L'écriture est le seul lieu de liberté, utiliser son blog pour l'explorer, oui, c'est une belle aventure; la blogosphère, comme n'importe quel autre champ, a ses règles (ses habitus), ses jeux de pouvoir, ses classements... ce n'est pas ce que je préfère.
J'ai choisi de ne pas donner l'adresse de mon blog..parce que je ne voulais pas du poids des yeux de mes amis.
Je n e voulais pas m'empêcher d'écrire justement à cause de l'ostracisme silencieux que je m'imposerais.
Toute ma famille et 2 de mes amis y ont accès.
Le reste est virtuel.
Cet univers est fabuleux et magnifique et il est réel...pour moi:)
Mais ce concours a fait ressortir ce merveilleux texte qui tu as écrit sur le parler Frais..Quelle image!
Pour les blogs, c'est autre chose : je crois que vous assimilez l'une à l'autre deux choses qui n'ont que très peu de rapports. Et même pas du tout, à mon sens.
@Didier : merci Didier de t'être arrêté en ces contrées aux mauvaises manières... Ce que tu dis est très juste, comme à Mtislav, je le répète, les études de Goffman concernaient surtout le "conversationnel" et les situations sociales. L'analyse conversationnelle a d'ailleurs permis de montrer combien, suivant les cultures, les ouvertures et clôtures d'interaction sont éloignées voire opposées... Exemple : en Australie, l'étude a été faite dans une entreprise franco-australienne, on en arrive presque aux mains, car pour les Australiens c'est un manque de respect, et de politesse, total, que, le lundi matin, de ne pas prendre le temps de se raconter son week end, se demander des nouvelles de la famille. Pour les Français, rien de tout ça... le lundi, on se salue très vite en arrivant. Puis, plus tard dans la matinée, on va dans le bureau de son collègue pour lui demander un truc, et avant de partir on se lance dans des considérations d'ordre privé : et au fait ton week-end, ta femme, tes enfants... Là, l'Australien il pète les plombs : non seulement ce malotru m'a à peine salué ce matin, mais maintenant que je suis en plein boulot, il me tient la grappe, et fait hypocritement semblant (juste parce qu'il a besoin que je lui rende service) de s'intéresser à ma vie privée...