Partager l'article ! Les blogs liquides: Etre blogueur c'est... être narcissique, je l'ai dit et redit, petit poucet rêveur qui égrenne des mots, écriva ...
Etre blogueur c'est... être narcissique, je l'ai dit et redit, petit poucet rêveur qui égrenne des mots, écrivain frustré... ou journaliste en devenir, il se débat. C'est aussi donner... Celui
qui fait son blog, avant tout, ouvre ses mains, il se met à nu (c'est facile de le lire, de ne même pas le commenter et de doucement rigoler... - quelle banalité, quel abruti (je laisse le
masculin...), franchement il ferait mieux de se taire - ou de le jalouser, de l'admirer... au mieux).
Il donne de sa personne, de sa vie, de son nombril... (comme le disait si joliment Marie-Georges en faisant une fausse
sortie).
Quand il nous quitte, pour de vrai... et ça lui est dur de vraiment s'y tenir, comme les chanteurs en fin de carrière qui nous font le coup de leur tournée d'adieux, il doit s'y
reprendre à plusieurs fois... les feux de la rampe... trop dur de s'en séparer.
Alors, décidément... je m'interroge, en voyant disparaître les uns après les autres les blogueurs qui m'ont vue naître...
D'abord Milla, toujours vivante, soit ! mais un peu en veilleuse quand même.
Puis, Greg, ben plus de lien, puisqu'il a disparu... (il m'avait bien incendiée en partant... De profundis ! et tous mes regrets, mais il officie peut-être ailleurs,
incognito...)
Simon Gaetan, il m'inquiète Simon... nous faisant le coup du blog réservé à certains privilégiés... (dont je n'étais pas) puis disparaissant corps et biens...
Et là !!! Mtislav... incompréhensible, incommensurable. Pourquoi ??? autant les autres j'avais pu le pressentir, autant là... je suis sans voix.
Il avait... non, je me refuse à l'imparfait. Il a une voix à la fois douce et insolente, à l'écoute de tous, essayant de les valoriser, par-ci par-là, se mettant très rarement en avant (sa vie
privée ? à peine une manif et sa ville de résidence, que savez-vous de lui ?). J'ai cru comprendre qu'il était, ou sa famille, originaire de Venise. Mais, je ne suis pas une ancienne...
Je n'ose croire... qu'il l'ait vraiment fait, en plus sans prévenir. Disparu.
L'absurde en ce médium, ce truc, le blog... se confirmerait encore plus. Aucun compte à rendre à qui que ce soit, aucun lien social établi, tu disparais sans te justifier...
Presque une relation amoureuse des temps modernes... T'envoies juste ta rupture par sms... et honte à celui ou celle qui crierait à la trahison... mais t'es possessive (ça c'est souvent
féminin)... t'es pas cool !
Ca me renvoie, naturellement, à mon cher Zygmunt Bauman, souvent cité :
ici ou là
"La question reste ouverte : lequel des deux côtés de la médaille a
contribué le plus à faire du réseau électronique et de ses instruments d'entrée et de sortie une monnaie d'interaction humaine si populaire et utilisée avec tant d'avidité ? Est-ce la nouvelle
facilité avec laquelle on se connecte ? Ou la nouvelle facilité avec laquelle on rompt la connexion ? (...)
Les contacts demandent moins de temps et d'efforts pour s'y engager, moins de temps et d'efforts pour les briser. La distance ne fait pas obstacle au contact - mais entrer en contact ne fait pas
obstacle à l'éloignement. (...)
Contrairement à l'ancienne proximité topographique, [la proximité virtuelle] ne demande pas plus que les liens soient établis à l'avance que de réussir à les établir en conséquence. "Etre
connecté" coûte moins qu'"être engagé" - mais c'est également moins productif en termes de construction et d'entretien de liens."
Zygmunt Bauman, L'amour liquide - De la fragilité des liens entre les hommes (titre
original : Liquid Love)
Oui, dans cet ouvrage Bauman se penche surtout sur les relations affectives entre... les humains... (homme-femme, ou autre).
Je cite (la 4e de couverture) :
"Le monde liquide de la modernité triomphante est celui de la liberté, de
la flexibilité, mais aussi de l'insécurité. Bauman s'interroge sur ces relations humaines où l'on jauge, évalue, choisit, jette, où l'on passe des contrats et des deals temporaires : tu me
plais-tu ne me plais plus; je te prends-je te quitte. Je refais ma vie. Les couples se composent, se décomposent, et se recomposent ou bien ils vivent "semi-attachés". Les relations durables ont
été "liquidées" au profit de liaisons flexibles, de connexions temporaires et de réseaux qui ne cessent de se modifier, aussi bien sur les plans sexuel et affectif qu'au niveau du voisinage, de
la ville et finalement de la société tout entière."
Je vous incite à le lire, encore une fois.
Photo (c) Luciamel. Pardon, si je n'ai pas actualisé...
On partage des mots...voilà tout, mais c'est déjà beaucoup pour moi qui sonde, transmet , interroge la base de nos liens..les mots.
Ce livre m'intéresserait. Penses-tu que je puorrais le lire ....(C1-)?
Concernant les blogs fermées: Pourquoi les tenir en "vie", quand on a plus rien à dire (au mois par ce medium).....?
Et je pense que les contactes précieuses trouvent autres moyens, endroits, chemins.....
@Mtislav : heureuse, car nous ne nous sommes même pas fâchés... J'espère qu'on te lira dans les com's des uns et des autres. Si tu rouvres une "boutique" ailleurs... fais-moi signe. Mais, t'as raison, rien ne vaut la liberté... continue à bien la cultiver.
@Tini : of course you can ! concerning the blogs... : why ? when a friend is leaving, you feel sad, somehow... even if you haven't met him in "real life"... (l'anglais, c'est parce que Zygmunt Bauman écrit en anglais). Mais, bien sûr, et malheureusement, et heureusement, qu'on se fait à tout... avec le temps va tout s'en va... même les plus chouettes souvenirs... ça t'a une de ses gueules (cf. Léo Ferré).
Merci beaucoup pour le lien vers un poeme si touchant....

A lire aussi : les bouquins de Lipovetsky et surtout l'excellent "Les Nouvelles solitudes" de Marie-France Hirigoyen, un livre très lucide et qui fait vraiment froid dans le dos quant à l'avenir de notre société hypermoderne...
Merci pour la référence de lecture, Nouvelles solitudes me tente grandement, s'il existe en poche... je déteste emprunter les livres en bibliothèque, et je n'ai plus les moyens d'en acheter...
@Béatrice : oui, c'est bientôt, mais je n'ai plus l'âge de le fêter. Déjeuner en famille, je paie le repas, ma soeur m'offre le champagne : c'est déjà trop (je bosse le lendemain).
Le blog a cessé certes, mais je repense très souvent aux personnes avec lesquelles j'ai pu créer un lien, fut-il ténu....
Cela dit, je me fais également très souvent la réflexion de ton billet, sur la facette parfois absurde (mais pas tant que celà) de tout celà.
Bises et consulte ta boîte mail!
Une relation d'interdépendance se met en place entre lecteur et blogueur. Il faut savoir s'en détacher, que l'on choisisse de continuer ou d'arrêter.
Le problème, c'est qu'à se jauger toutes les 5 secondes, on ne peut plus rien faire. Par exemple, faire un billet pour annoncer la fermeture de son espace, c'est tout de suite suspect, plein d'affect. On soupçonne l'auteur de vouloir se faire retenir. A l'inverse, supprimer, d'un seul geste, comme ça, c'est presque brutal.
Alors quoi ? Tout cela est presque une question d'orgueil, pour le coup, un vrai narcissisme, qui vous oblige à préserver le reflet que vous admirez tant ; du tout venant, du commun des mortels, de cette affreuse masse que le blogueur déteste par dessus tout : le peuple.
@Milla : j'aime ton blog ouvert sur ce pré, cette course à laquelle la jeune femme (un peu... sexy) semble nous inviter. J'aime cette idée, que le lien est tissé... l'absence n'étant que provisoire. A bientôt donc. C'est aussi le message que Mtislav m'a laissé ici, les liens, finalement, ne se rompent pas si facilement (ceux qui le croient sont dans l'illusion, à mon sens...).
@Dorham : le narcissisme... je parle de celui de l'acteur, de l'artiste qui se produit en spectacle, du professeur, de celui qui a besoin du regard, ou de l'approbation de l'autre (de ses commentaires...) pour se sentir exister. Réassurance narcissique si tu préfères. Le narcissisme a du bon !!! c'est même l'un des commandements bibliques ("tu aimeras ton prochain comme toi-même) : nul ne peut aimer autrui, s'il ne sait d'abord s'aimer lui-même.
Se perdre dans l'autre (comme Echo la Nymphe tombée amoureuse de ce beau Narcisse, comme tant d'autres qui toutes étaient sous son charme...), elle en mourut de dépit... elle qui ne pouvait s'aimer elle-même. Lui, mourut de ne pas savoir regarder un autre que lui... de s'émerveiller de sa propre beauté. Ca peut dégénérer en perversion, des êtres qui phagocytent d'autres qu'eux-mêmes (et, là, ils en ont besoin des autres, ils ont même tout un arsenal pour les flatter, les séduire, les prendre dans leur filet...) pour alimenter leur amour d'eux-mêmes, pour le gonfler toujours, tout comme leur égo... Ca peut mal tourner (pour les victimes de ce jeu de dupes). Rien de tel dans les blogs...
Moi, j'observe tout ça, et je m'observe dans tout ça... ce que ça me fait... ce que j'y cherche, une interrogation en tout cas passionnante. Et, surtout, des rencontres, comme tu le dis, des échanges, sans commune mesure avec toutes les banalités, les hypocrisies, les peurs aussi, les masques portés dans la "vraie vie"... ???
J'explore ce terrain, nouveau mode de communication... j'y vois beaucoup de sensibilité, de profondeur, d'humanité, mêlée à des jeux de pouvoir, des coteries, et l'inconnu souvent surgi, au détour d'un commentaire... : la vie, quoi.
----
@luciamel : en fait, mes lectures suivent mon centre d'intérêt, la communication, et l'ethnographie de la communication
d'où des ouvrages comme "Ce que parler veut dire" ;) ... par ma part j'ai également des lacunes en matière de Bourdieu (que j'ai, du reste, souvent plus parcouru que lu, bien souvent faute de bagage universitaire et surtout de "skholè" suffisante), je n'ai encore jamais lu "La reproduction" (à part quelques extraits), "La misère du monde", "Le sens pratique" et "Homo academicus" (celui là ne me parlera guère, ne fréquentant pas les universités et n'étant pas du tout un universitaire moi-même)
@Dorham : On a toujours raison de faire les choses comme on a envie de les faire... Tu parles de narcissisme. Il me semble que c'est bien plus complexe que ça. Le Narcisse se contemple. Dans un blog, on se montre aux autres (enfin, pas tous). Il y a un isolement chez Narcisse qui n'existe pas chez le blogueur. L'adjectif est impropre ici.
Je ne sais plus qui parlait "d'extimité" ? Le terme me parait plus judicieux : il s'agit d'un néologisme évoquant une intimité "dévoilée", "ouverte", qui peut être totale (dans le cas des blogs comme over-blog, blogger, hauterfort, myspace; etc...) comme partielle (comme sur facebook où il faut d'abord montrer "patte blanche" pour avoir accès à l'extimité d'autrui).
Sinon et par delà le phénomène des blogs, des penseurs comme Lipovetsky ont bien mis en exergue que le narcissisme généralisé caractérise tout de même au mieux notre civilisation hypermoderne, avec tout ce que ça sous-entend de culte du corps, de "dictature du bonheur", d'ultraindividualisme voire même d'un certain égoïsme paradoxalement teinté d'esprit humanitaire (l'individu hypermoderne ne parle plus à son voisin et ne regarde même plus les SDF qui dorment ou meurent à même ses rues, mais par contre il est le premier à envoyer ses dons lors de catastrophes écologiques à des milliers de kilomètres de chez lui. De la même façon, il n'est pas choqué le moindre du monde par les inégalités de plus en plus béantes qui s'accroissent dans sa propre ville mais crie au scandale à la moindre manifestation politiquement ou écologiquement "incorrecte")
J'ai jadis tenu un blog orienté musique sur la même plateforme (overblog) :
http://chantsetheres.free.fr/
Je l'ai fermé parce que d'une part, ça me prenait trop de temps et d'autre part, mon narcissisme n'y trouvait justement pas du tout son compte (je me suis en outre aperçu que les blogs comme les autres réseaux sociaux étaient en réalité des "marchés symboliques" extrêmement puissants : les visites déprendront essentiellement et presque exclusivement de la "valeur" de ce que le "blogueur-vendeur" propose sur le marché, si la "marchandise" est jugée comme trop "dépassée", manquant d'humour, pas assez "tendance", elle sera d'autant dévaluée par les "clients" potentiels).
J'avais d'ailleurs lu un article passionnant fait par un américain sur les inégalités presque inévitables en terme de lectorat : il y expliquait que certains blogs - indépendamment d'ailleurs de leur qualité - ne seraient de toute façon pratiquement jamais lu et commentés par les "bonnes" personnes, lesquelles étant déjà accaparées par les blogs les plus "courus". Et il faudrait aussi évoquer le nombre incroyable de "déchets" virtuels : les blogs morts-nés, les blogueurs qui abandonnent leurs blogs après 2 semaines, etc... Bien plus qu'avec des sites "classiques" (rappelez vous mygale.org et les premiers sites persos parfois incroyablement créatifs et enthousiasmants, etc...), la facilité de "création" actuelle est inversement proportionnelle avec la "solidité" et la longévité du site créé (pour reprendre le fabuleuse métaphore de "solidité-liquidité" chère à Zygmunt Bauman).
A quoi bon entretenir et sophistiquer des blogs de plus en plus "liquides" : en résultent des inégalités croissantes entre les blogs "pros" avec nom de domaines, tenus par des Bac + X dotés d'un capital culturel sans cesse croissant, d'une langue impeccable et d'articles mis à jour plusieurs fois par jour et les blogs "liquides" déjà morts-nés par trop de concurrence ou animés par des "individus par défaut" au capital culturel ou relationnel trop faibles pour susciter la visite ou encore moins l'envie de commenter.
@Kfigaro : tu vois, j'ai fait du classement...
Quel bonheur de lire des propos où je me retrouve presque totalement (narcissisme oblige ?). Ce que tu décris des "marchés symboliques" et des "blogs les plus courus"... ainsi que des réseaux qui, fatalement, se reproduisent sur le Net... je suis à 100% d'accord avec toi ! (je suis quant à moi hyper pessimiste sur une évolution possible d'une égalisation des différents pouvoirs - ou capitaux- la reproduction des élites se faisant toujours aussi "bel et bien". Heureusement en lisant Edgar Morin, j'ai un peu optimisé mon point de vue, quand il dit qu'il faudrait que nous lâchions un peu de notre "liberté, égalité" pour lui ajouter un peu de "fraternité", de plus, côté homme-femme l'égalité n'est pas encore tout à fait atteinte mais... on s'achemine).
Ton blog sur les chants éthérés, quel dommage qu'il n'existe plus, j'ai chanté ce dimanche des chants très éthérés... grégorien et chants sacrés. Tu devrais aller faire un tour chez Dorham (ses deux blogs sont très "pointus" et denses, dont un spécialisé en jazz, que je ne commente pas trop, moi, le jazz et le classique... je m'en approche à petits pas - sabots - de fille d'immigrés, mais comme lui, Dorham, si je ne m'abuse).
Dis, tu ne veux pas nous donner l'adresse de ton forum... je vais te mettre dans mes liens... mais, si tu l'ajoutes à la fin des com's, des êtres humains ayant peut-être envie d'aller te rendre visite... ça serait plus facile. Euh, sinon, j'ai pas bien tout compris sur le fonctionnement du forum... ce n'est qu'une question d'habitude.
@Kfigaro : une chose que j'avais oubliée... "à quoi bon tenir un blog 'liquide' ?", ou à la valeur sociale trop pauvre (pas de réseau, pas de pouvoir... pas de classement wikio...) ? C'est là où peut commencer la joie, ou même la jubilation... à partir du moment où tu ne recherches(pas trop) ni le classement, ni le réseau... tu peux commencer à t'adonner à la liberté... évidemment il faut prendre garde à ne pas tomber dans le trop grand narcissisme... (le "je me regarde écrire").
@luciamel : tu vois, j'ai fait du classement... plus de doublon.
merci ! maintenant je rajoute un smilie ou deux dans mes messages, ça forcera la petite fenêtre de commentaire à utiliser le codage HTML et non pas juste le codage ASCII comme dans les commentaires défectueux.
@luciamel : Ce que tu décris des "marchés symboliques" et des "blogs les plus courus"... ainsi que des réseaux qui, fatalement, se reproduisent sur le Net... je suis à 100% d'accord avec toi !
c'est bien pour cette raison que j'ai 'adopté' ton blog, je me doutais bien que nous aurions un terrain d'entente sur le point précis.
@luciamel : (je suis quant à moi hyper pessimiste sur une évolution possible d'une égalisation des différents pouvoirs - ou capitaux- la reproduction des élites se faisant toujours aussi "bel et bien".
Oui puisque les "structures" sont toujours là ! : par exemple en ce qui concerne la culture "légitime", le "relativisme" actuel n'a absolument pas réduit l'importance des musiques les plus dominantes (classique, jazz) - le mot "dominant" pouvant évidemment prêter à confusion puisque l'intensité de la "domination" est inversement proportionnelle au nombre de personnes qui sont vraiment capables d'être doté d'une "bonne écoute" (au sens adornien du terme) de ces dites musiques, pour le dire autrement : plus une musique est "dominante", moins elle est "divulguée" et "partagée".
Et en qui concerne les classes sociales : la soit disant "moyennisation" de la société (si déplorées par des misérabilistes du genre Renaud Camus ou Jean-François Mattei) n'a en rien entamé le prestige des valeurs "sures" de la bourgeoisie d'antan sur les classes dominées : signes extérieurs de richesse (Rolex, voiture de luxe, bling-bling; etc...), train de vie, etc... et plus les "bobos" tenterons en vain de se cacher sous des oripeaux "écolos", altermondialistes ou faussement "cheap" (souvent à des pures fins de distinction), moins les dominés seront dupes du pouvoir que peuvent procurer les capitaux économiques et culturels qu'ils détiennent.
@luciamel : Ton blog sur les chants éthérés, quel dommage qu'il n'existe plus
Trop de temps exigé et surtout trop d'inégalités béantes dans la blogosphère : en réalité seuls des gens ayant les facilités stylistiques, littéraires et l'aisance rhétorique d'un Dorham (évidemment directement reliés à leurs capitaux culturels une fois de plus) peuvent tirer leur épingle du jeu dans le dédale actuel surtout s'il ont dès le départ tissé un réseau relationnel "réel" et suffisamment dense pour fédérer leurs "amis" virtuels de départ et surtout en attirer de nouveaux.
Pour ma part, et contrairement à ce que ce bavardage pourrait laisser croire, je n'ai absolument aucune aisance littéraire, mon "style" est ampoulé, lourdingue et démonstratif, je n'ai absolument pas le naturel d'un "bien-né" (avec la "distance au rôle" et l'humour décalé voire hermétique qui le caractérise) encore moins le " faux naturel travaillé" que seul un haut niveau d'instruction, une shkolé ou un terreau culturel suffisamment riche et "cultivé" peut permettre d'acquérir sans trop de sueur visible.
Tenir à jour mon blog était plus un supplice qu'autre chose, de plus j'en avais vraiment assez de courir après les commentaires, les référencements de fils RSS dans le but d'essayer vainement d'attirer quelques clients "happyfew" et visiblement trop "hauts" pour moi et qui me snobaient presque constamment (j'y reviendrais...). J'ai d'ailleurs expliqué tout ça sur mon dernier billet ici :
http://chantsetheres.free.fr/article-5655782-6.html
@luciamel : j'ai chanté ce dimanche des chants très éthérés... grégorien et chants sacrés.
Olivier Messiaen regrettait d'ailleurs que les chants grégoriens aient presque tous disparu de l'office dominical, c'est vrai que les cantiques cuculs actuels façon "Jésus revient" n'ont pas franchement l'intensité d'un beau plain-chant...
@luciamel : Tu devrais aller faire un tour chez Dorham (ses deux blogs sont très "pointus" et denses, dont un spécialisé en jazz, que je ne commente pas trop, moi, le jazz et le classique... je m'en approche à petits pas - sabots - de fille d'immigrés, mais comme lui, Dorham, si je ne m'abuse).
J'ignore tout de ce Dorham (quoique ce pseudo me dit quelque chose, j'ai du le croiser dans les forums (ou blogs) ultra élitistes que j'ai fréquenté autrement pour mieux les fuir à toute jambe tellement j'étais consterné par le légitimisme outré et caricatural qui y règne le plus souvent)
Bon, ça mérite évidemment que je m'y penche plus sérieusement mais les goûts ultra "légitimes" et "distinctifs" au sens fort (au sens que Bourdieu donne de ce terme dans "La distinction") de Dorham m'éloignent à priori totalement de ce dernier : ou pour le dire autrement, ma prose et mes préférences musicales (trop éclectiques et marginales pour bénéficier du moindre "prestige" et attirant plus le soupçon que la confiance dans les champs les plus "savants") ne valent pas un clou sur le micro-"marché" que constitu(ent) son ou ses espaces virtuels personnels, ça serait comme si un paysan tout crotté pénétrait dans une grande maison bourgeoise stylée - je dis ça de façon lucide et parce que j'ai trop connu cette sensation désagréable de ne pas être à la bonne place - ce genre de personnes se "reniflent" d'ailleurs entre eux, l'inverse est également vrai puisque pas un seul n'est d'ailleurs venu sur le blog Chants éthérés (même si ce dernier est déjà ancien).
En fait je me trompe peut-être totalement, mais Dorham me rappelle le cas unique d'un dentiste que Bernard Lahire évoque dans son livre sur "La culture des individus" : cad d'un individu (qui sont de plus en plus rares dans notre époque postmoderne) aux préférences non seulement légitimes mais "consonantes dans la légitimité" (au sens qu'elles correspondent presque totalement à l'ancien modèle bourdieusien, modèle par ailleurs déjà périmé à la fin des années 70 quand le livre a été écrit), très concrètement, Dorham comme ce dentiste semblent apprécier essentiellement les musiques les plus dominantes et les plus aristocratiques (classiques, jazz), ils s'expriment en utilisant une langue "dominante" (soignée, riche et "savante" mais avec la "distance au rôle" et l'humour indispensable pour ne pas tomber parmi les tares de la langue petite-bourgeoise et de son "sérieux" forcement ridicule dans un tel milieu) et semblent apprécier toutes les formes d'art les plus dominantes (en matière de cinéma, littérature, philosophie, etc...). Ce qui est fascinant c'est de constater la relative importance de ce type d'individus dans la blogosphère (je pourrais aussi citer le cas de David Lemarrec, un légitimiste ultra savant et hyper jeune) alors qu'en réalité, ils constituent l'exception sur le plan statistique (ce qui est d'ailleurs la définition même d'une élite). Dans le livre de Lahire, on s'aperçoit que de tels individus (très peu nombreux à l'échelle nationale) ne se recrutent par ailleurs que parmi la frange la plus "ascétique" de la société, cad sans surprise : chez les professions libérales (seule la montée dans l'échelle sociale pouvant confirmer à ce point cette foi inébranlable dans la culture légitime), parmi la très haute bourgeoisie ou bien évidemment chez les universitaires ou enseignants (et ce indépendamment de leur richesse économique).
@luciamel : Dis, tu ne veux pas nous donner l'adresse de ton forum... je vais te mettre dans mes liens... mais, si tu l'ajoutes à la fin des com's, des êtres humains ayant peut-être envie d'aller te rendre visite... ça serait plus facile. Euh, sinon, j'ai pas bien tout compris sur le fonctionnement du forum... ce n'est qu'une question d'habitude.
Merci pour le lien, c'est très sympa ! bah, je ne me fais pas trop d'illusion, l'expérience m'a appris que les blogueurs les plus actifs n'étaient généralement pas du tout des amateurs de forums : pour des raisons de temps en premier lieu (le don d'ubiquité est plus facile dans le monde du blog pour des raisons techniques), mais également parce que la nature même du forum est radicalement différente de la pratique forcement plus "égotiste" et autocentré du blogging, je m'étais d'ailleurs amus&ea
@luciamel : Dis, tu ne veux pas nous donner l'adresse de ton forum... je vais te mettre dans mes liens... mais, si tu l'ajoutes à la fin des com's, des êtres humains ayant peut-être envie d'aller te rendre visite... ça serait plus facile. Euh, sinon, j'ai pas bien tout compris sur le fonctionnement du forum... ce n'est qu'une question d'habitude.
Merci pour le lien, c'est très sympa ! bah, je ne me fais pas trop d'illusion, l'expérience m'a appris que les blogueurs les plus actifs n'étaient généralement pas du tout des amateurs de forums : pour des raisons de temps en premier lieu (le don d'ubiquité est plus facile dans le monde du blog pour des raisons techniques), mais également parce que la nature même du forum est radicalement différente de la pratique forcement plus "égotiste" et autocentré du blogging, je m'étais d'ailleurs amusé à en faire une typologie ici :
http://chantsetheres.free.fr/article-3155391-6.html
Sans parler du fait que la musique brésilienne est généralement très mal perçue en France, soit parce que les "misérabilistes" de tout poil vont la réduire constamment à sa caricature (les plumes dans le cul, le carnaval, la lambada, etc...) soit par ignorance d'un pays paradoxalement assez mal connu dans l'hexagone : ou plus précisément trop connu pour susciter réellement l'envie de sérieux défrichage ou même de curiosité... Il faudrait en outre ajouter le fait que la musique brésilienne est par essence une musique métissée, "sale", impure, extrêmement syncrétique (elle mêle dans un gigantesque melting-pot aussi bien la musique pop, la musique africaine - bien plus que dans le jazz nord américain soit dit en passant - que la musique savante voire la musique atonale !) et cette impureté est peut être ce qui déplaît le plus aux puristes : on ne mélange pas les torchons et les serviettes en France, du moins dans la France "culturelle" d'en "haut" !
Et il faut bien le dire, le mépris ou la condescendance incroyable de certains puristes de jazz pour la bossa (qu'ils opposent explicitement ou pire encore plus implicitement et sournoisement à des musiques plus "nobles" à leurs yeux comme le hardbop ou le freejazz) n'a pas aidé à cette reconnaissance en France tout du moins (en Allemagne ou en Italie, je suis presque certain que les choses sont différentes). Pour eux et je caricature à peine : la bossa est une musique de pure "divertissement" et elle sera forcement moins "prioritaire" qu'un solo complexe, ultra discursif - et arbitrairement plus "légitime" - de Charlie Mingus ou de John Coltrane. Ils minimisent presque constamment tant le fond de cette musique : les voix éthérées, sa sensualité dangereusement lascive et "légère" que la forme : y compris les orchestrations "classiques" qu'ils méprisent ou sous-estiment au même titre que les arrangements orchestraux dans le jazz ou dans la musique de film, forme pauvre et également de "pur divertissement" selon eux (malgré les partitions ultra complexes de certaines bandes originales des années 60 et 70). Et le fait avéré que les plus grands orchestrateurs et arrangeurs symphoniques soient issus strictement des mêmes écoles ou aient reçus l'enseignement des mêmes maîtres que les musiciens classiques "sanctifiés" ou "canonisés" ne changent absolument rien à l'affaire !
Il faudrait aussi parler de "l'ascétisme" plus qu'évident (et qu'un Bernard Lahire a bien détaillé) de ces auditeurs portés vers le misérabilisme envers les musiques les plus dominées. En effet seul l'"ascétisme" le plus outré (Lahire cite Durkheim je crois à ce sujet) permet de "montrer l'exemple" à la plèbe forcement frappé du soupçon de trop céder à la "facilité", un jeune sociologie italien a d'ailleurs employé le mot d'élites "surmoïques" pour désigner ce type d'ascètes (qui constituent sans surprise le gros des troupes des blogs élitistes que j'ai évoqué avant).
Par ailleurs, je suis également le créateur de l'unique forum consacré à la musique de film française (musique doublement frappé d'illégitimité : musique de film ET française qui plus est !) :
http://frenchsoundtracks.phpbb9.com/
http://frenchi971.over-blog.com/article-28048933.html
http://frenchi971.over-blog.com/article-23416205.html
pour le reste des posts , vu la longueur des posts et ma paresse legendaire j'avoue ne pas avoir tout lu
@Kfigaro : j'ai enlevé le doublon.
Revoici le lien sur ton ancien blog (tu devrais en ouvrir un autre) : http://chantsetheres.free.fr/article-5655782.html
Ton "Terminus" illustre parfaitement le propos de ce post-ci.
Ce qui est bien, c'est que toi, comme Milla, vous l'avez laissé ouvert, en consultation. Vous n'avez pas tout supprimé d'un coup. En cela il n'est pas liquide (liquidé) votre blog.
Concernant Dorham (son pseudo lui vient du nom d'un jazz man très célèbre que je ne connaissais pas), je suis d'accord avec toi que la bossa et le jazz n'ont pas tout à fait le même statut, toutefois, quand j'écoute FIP, j'y vois (j'y écoute surtout) un même amour, un même traitement de ces deux musiques.
Cela t'amusera peut-être, mais l'une des raisons pour lesquelles j'ai rompu avec mon ex-copain (pas ex-mari, qui lui est Brésilien et avec qui je suis toujours en bons termes) c'est que je lui avais reproché sa propension à cultiver tous les "signes extérieurs de la bourgeoisie (il est eurasien et très soucieux d'intégration) : école privée pour ses enfants, judo et rugby pour son fils, conservatoire, flûte traversière pour sa fille, et lui-même citant Bach, Mozart, étant féru de jazz, et s'obligeant à faire le tour de toutes les expos à Paris. Je l'avais traité de "bourgeois" ce qui n'était à mon sens pas une insulte... Il l'a très mal pris. Sa soeur encore plus. On m'a jetée, pour crime de lèse-majesté.
J'aime ce qu'écrit Dorham, on s'est parfois accrochés (sur le narcissisme, et les blogs bourgeois), mais, me semble-t-il, on se comprend (on peut dialoguer).
Ton autre forum sur les musiques de films : mais où vas-tu chercher tant d'énergie ? Bravo, en tout cas. J'essaierai, mais, comme tu le disais, j'ai un peu de mal avec ce format : le forum.
Tu sais que je n'ai toujours pas écouté tes chants religieux... honte à moi. Faut dire qu'à force je sature un peu... Je chante aussi du jazz, du gospel, de la variété même... (Enzo Enzo), malheureusement pas assez de fado.
Rendez-vous à la prochaine Eurovision.
bien sûr, mais vu le temps que j'avais passé dessus ! je m'en aurais voulu de le flinguer à tout jamais...
en réalité, j'avais ouvert un autre blog mais sur MySpace (pendant quelques mois) : http://www.myspace.com/christiantexier
cette plate-forme étant devenue une usine à gaz monstrueuse, j'ai décidé de le supprimer mais cette fois complètement (sachant que certains articles faisant double emploi avec d'autres ouverts sur le forum bossa)
maintenant j'ai plus ou moins migré sur facebook et sur le pseudo site de "voisins" peuplade.fr mais tout ça est totalement superficiel et décevant, les gens ne jouant pas réellement le jeu et restant entre eux chacun dans leurs "clans", tout ça a bien entendu été parfaitement bien décrit par Bauman...
@lucia : Concernant Dorham (son pseudo lui vient du nom d'un jazz man très célèbre que je ne connaissais pas)
effectivement j'ai vu ça après coup ! là encore rien que le pseudo marque bien la "distinction" qu'il veut afficher, en effet qui connaît ce type là à part les jazzmaniaques du même niveau scolaire ou culturel (et par là même social disons le tout net !) que lui ?
@lucia : je suis d'accord avec toi que la bossa et le jazz n'ont pas tout à fait le même statut, toutefois, quand j'écoute FIP, j'y vois (j'y écoute surtout) un même amour, un même traitement de ces deux musiques.
Oui, il y a parfois un abîme entre ce que pensent et écoutent réellement les puristes et ce qui se pratique de plus en plus couramment sur des médias de moins en moins sectaires notamment France musique qui diffuse maintenant du rock !
Je crois par ailleurs - et ce n'est pas du tout un hasard - que Dorham méprise royalement quelqu'un comme Sinatra, je l'ai lu ici même. Ce qui n'est pas du tout étonnant : hormis sa technique et son swing irreprochable (mais le swing ne suffit pas pour le ayatollah du jazz), Sinatra cumule des "tares" qui ne peuvent provoquer que profond dégoût pour certains jazzmaniaques : arrangements façon Broadway avec cordes et beaucoup de "couleurs" symphoniques qui répugnent d'instinct à ces "ascétiques" que sont ces ayatollahs du jazz tellement attachés (voire omnibulés) qu'ils sont par rapport à "l'épure" et surtout à la complexité de la "langue" jazzistique ! (au mépris justement du reste : couleurs instrumentales ou contrastes harmoniques : les accords utilisés dans le jazz "légitime" m'ennuient énormément à cause de ça par ailleurs. Des musiciens comme Debussy ou Roussel possédaient un métier harmonique d'autant plus épatant qu'ils savent "doser" leurs effets et ménager de temps en temps des "pauses" d'accords parfaits au milieu de leurs modulations complexes, rien de tel dans la plupart des albums cultes des jazzmaniaques genre "Love supreme" où les dissonantes crues, rauques, les rythmes déstructurés et les "cris" perpétuels phagocytent tellement tout qu'on a l'impression d'une sorte de grisaille monotone plus qu'autre chose... faut dire que je suis un dingue d'harmonie - pour moi indissociable de l'invention de la ligne harmonique, je place ça presque au dessus de tout le reste)
En ce moment j'écoute énormément de vieilles rengaines des années 30 : notamment les titres originaux et d'époque de Cole Porter. Le jazz "mainstream" de ces années là était épatant car il s'agissait alors réellement d'une musique "populaire" dans tous les sens du mot et avec toute la vitalité qui caractérise les musiques dominées (à ne pas confondre, comme le font presque tous les "misérabilistes" et dont Dorham fait sûrement partie - à priori en tout cas - je peux évidemment me tromper, avec les musiques purement industrielles et commerciales stigmatisées par un Adorno. La "vraie" musique populaire doit se vendre pour survivre dans un monde entièrement marchand mais elle n'est en aucun cas assujettie à celui ci : malgré des apparences similaires pour n'importe quel "légitimiste", il y a un abîme entre la démarche d'un Noir désir et celle des artistes comme Obispo ou Lorie ou entre des groupes de rock sophistiqués et inventifs comme Wire, Can ou Neu! et n'importe quel de leurs épigones récents actuels).
Inutile de te préciser là encore le mépris (et le dégoût qui en découle) que l'immense majorité des jazzmaniaques ressentent pour les mélodies vocales des standards originaux de Broadway (Cole Porter, Gershwin chantés par Ethel Merman, Fred Astaire, Bing Crosby, etc...), et le plus comique c'est que ce sont les mêmes standards mais cette fois "déformés" et jazzyfiés qui provoquent leurs délices quand c'est des chanteuses comme Sarah Vaughan ou Billie Holiday qui s'y collent ;)
en fait, c'est comme si un cuisinier ne supportaient pas à l'état "originel" les ingrédients naturels dont il se sert pour faire ses plats, et ne tolérait la tomate, l'oignon, le choux, etc... qu'assaisonné de piments "jazzistiques" qui parviendrait à en faire passer le goût ! (forcement trop sucré ou "facile" pour des ascètes intransigeants comme eux)
ça rejoint complètement ce que j'ai expliqué ici même par rapport à la dénégation !
Oser parler des statuts sociaux (ou du capital culturel) en France c'est comme parler d'argent : ce sont presque des gros mots ! je crois d'ailleurs que parler de politique est nettement moins dangereux que d'évoquer les inégalités sociales.
@lucia : Ton autre forum sur les musiques de films : mais où vas-tu chercher tant d'énergie ?
oh, en même temps, y'a presque personne sur le forum Musiques de film, c'est vraiment trop pointu et spécialisé pour fédérer autant que le rock, le jazz ou même la MPB...
http://rocktaverne.hautetfort.com/
Je partage tout à fait ton sentiment que l'élitisme consiste à exclure, à faire des distinctions, comme toi j'aimerais vivre dans un monde fait de partage et d'acceptation d'autrui... or, je vois, qu'au contraire tout nous pousse quotidiennement à nous distinguer, et à voir des étrangetés chez l'autre. Miserere.
C'est amusant d'ailleurs car mon réveil matin contient justement en ce moment un disque de Sinatra...
Faut pas tout lire au premier degré :)
(en tout cas, je me suis bien marré à lire tout ça)
Ce qui vous oppose Kfigaro et toi... un malentendu, sans doute (il ne se doute pas à quel point vous êtes proches l'un de l'autre).
(mais arrêtez avec vos délires, prolo, pas prolo, d'ici, de là-bas... Petit, j'étais totalement fondu de peplums, de films des cinémas de quartier italiens...(j'aime toujours ça d'ailleurs) ; l'enfance, ça a une autre couleur de toute façon...comme le chantait Sting, je crois, même les russes aiment leurs enfants :) )
Tiens, d'ailleurs, il y a un film magnifique de Coppola avec Richard Dreyfuss, qui s'appelle "One's from the heart". La musique est de Tom Waits, c'est somptueux. Un peu baroque, mais plein de bluettes un peu rauques comme j'aime (genre pilier de bar qui crie son amour ivre) parfaites pour la midinette assumée que je suis.
Iil faut se méfier des approches trop réductrices (et je suis gentil...). Bien des formes de musique peuvent être instrumentalisées !
Les commentaires sur le blog de Dorham après son billet du dimanche soir réunissaient surtout ses lecteurs qui ne l'épargnaient pas. Je ne suis pas d'accord avec la manière dont vous enfermez chacun dans ses goûts et la légitimité sociale de ceux-ci. Cela n'est surtout pas valable à l'échelle individuelle !
Nous sommes, of course... du même monde, celui de Fred Astaire, de Franck Sinatra, d'Adorno (l'ai jamais lu celui-là, mais merci Google, ça semble passionnant, surtout la musicologie, le marxisme, sa stigmatisation comme bourgeois, sa perception du jazz, la dissonnance, et l'analyse de la communication et des médias, à lire donc...), du jazz ou de la bossa nova.
Kfigaro est venu me faire part de ses vues musicales et sociologiques très pointues (vous êtes certainement, pour ce qui est du jazz et de la musique, plus à même de discuter avec lui que moi... mon ignorance est quasi totale en la matière).
Je trouve dommage la critique frontale, je le lui ai dit. Ce blog vous est ouvert, j'aime qu'on échange, qu'on s'empoigne parfois, sans tomber nécessairement dans la foire... La seule chose que je redoute, humainement parlant et bloguesquement tout autant, est l'évitement et le mépris (ou la condescendance), ça me hérisse et me donne des boutons.
Merci pour vous com's j'ai appris plein de choses.
Bon, je n'ai rien contre le mot "prolo". Et bien sûr que ce n'est pas sale. Je ne vois pas le rapport. Je ne vois pas non plus pourquoi le ressortir à tout bout de champ, voilà tout. Je ne vois pas présentement le rapport entre ton enfance prolo et Fred & Ginger.
Si je disais que mes grands parents étaient ouvriers tous deux et su'ils aimaient écouter Verdi et Puccini, on est plus avancé ? Bref, j'ai l'impression que tu es dans le conflit intérieur permanent. Il faut s'en relever, il faut guérir de soi.
Tu fais bien entendu comme bon te semble. Je me permets seulement de relever quelques petites choses ça et là. Voilà tout.
J'ai cru comprendre que Verdi, et l'opéra, n'avaient pas la même valeur en Italie qu'en France, que des émeutes (littéralement) avaient eu lieu à la Scala, que le "peuple" se soulevait pour Verdi (ce n'est pas un gros mot non plus celui-là, c'est ce peuple qui demain sera dans la rue : alors, faites-moi tous les procès que vous voulez, et puis après allez défilez... en toute bonne conscience de bobo -qui est la mienne aussi !!!). Je l'ai apprise la révolte de Verdi en regardant Sissi (le Destin de Sissi), et comment elle avait fait face (elle) à la fronde des aristocrates.
Je ne suis pas "prolo" (je suis formatrice et enseignante à l'université : bac + 5), je n'ai pas eu une enfance prolo, mais une enfance d'écolière, mais aussi une enfance d'immigrée (d'où certaines sensibilités).
"Fred et Ginger" n'avait pas de rapport avec mon enfance mais avec toi, je faisais le lien avec Sinatra, l'Italie... l'immigration. Mais c'est vrai aussi que ces comédies musicales-là ont été parmi les plus belles distractions de mon enfance. J'adorais la danse...
Je te rassure quant à mon conflit intérieur : je me suis rarement sentie aussi sereine dans ma vie (vu les événements que je viens de traverser, et mes 49 balais que je viens de fêter tambour battant aux urgences de St Antoine, non, vraiment, assurer comme je l'ai fait ces derniers jours, que dis-je, ces dernières semaines, sans sérénité et sans tendresse profonde pour l'humain, je ne l'aurais pu. Mes étudiants à Censier n'y ont vu que du feu, ou seulement celui que j'essaie de leur communiquer, le feu de la liberté, de la joie d'être dans le pays des droits de l'humain. A eux exilés, eux qui se battent, qui sont expulsables, qui viennent de Chine, de Russie, des quatre vents. Je les aide comme je peux à comprendre cette culture si mystérieuse pour eux).
Alors, reviens quand tu veux (si mon "tempérament" ne t'effraie pas trop) pour me dire ce que tu as sur le coeur, car c'est un langage que je comprends.
C'est cette dénégation qui lui fait refuser le mariage des mots "capital" et "culturel", en effet ! quoi ne plus insupportable que de dévoiler la botte secrète qui permet la "reproduction" de toute domination culturelle (dans le domaine littéraire, linguistique, musical, pictural, cinématographique, etc...), et c'est bien connu, la culture n'a évidemment jamais eu le moindre poids dans n'importe quel champ social : ni à l'école, ni en famille, encore moins dans certains milieux professionnels ! Elle n'est qu'une notion éthérée et éminemment intime qui "plane au dessus des eaux" et n'a évidemment aucune force par elle-même, parler de "capital culturel" relève forcement de la pire cuistrerie ...
Quand on n'a jamais mis les pieds à la fac (comme votre serviteur), qu'on ne possède qu'une bonne "volonté culturelle" (celle la même qui le fait rire ! en effet, quoi de plus risible pour l'élite qu'un petit-moyen, bien plus ridicule encore que le "petit bourgeois" de bonne volonté d'antan) et qu'on essaye de comprendre des concepts difficiles (mais essentiels) avec une maladresse bien compréhensible, l'élite mettra un point d'honneur à te faire comprendre le plus rudement possible que - de toute façon - tu ne seras jamais à ta place - et qu'au "banquet de la haute culture" - tu ne pourras guère faire illusion longtemps avec ton discours "pseudo-savant" ...
Et pour ce faire - la dénégation - est l'arme la plus efficace, il s'agit tout d'abord de forcer le "dominé" à lui faire admettre sa propre domination - non pas devant le dominant - mais à lui-même ! s'il a le (très) mauvais goût de ne pas aimer le jazz - musique jadis dominée mais ontologiquement aristocratique et de bon goût s'il en est ! - c'est que - forcement - il n'aime pas la musique ! (on m'a déjà fait ce coup là, rien de nouveau sous le soleil) Bien entendu, l'élite ne se commettra jamais à ouvrir le moindre bouquin récent de sociologie (en dehors de ceux que l'université ou que son milieu lui impose explicitement ou implicitement).
La dénégation, c'est d'affirmer que le forcement génial - et intouchable - "Love supreme" a caracolé au sommet des "hit-parades", en oubliant simplement de préciser à quelle époque (pile à l'apogée de la période où le jazz quitte son statut de 'musique populaire' et apprécié par les masses laborieuses - pour rentrer par la grande porte au panthéon des musiques savantes et légitimes reconnues comme telles par l'élite).
La dénégation, c'est de ne pas avoir prêté la moindre attention aux nombreuses interviews de prolétaires et de "petits-moyens" dans le bouquin de Lahire sur "La culture des individus" (2006 et non pas 1964 !) et de refuser de constater qu'absolument aucun d'entre eux n'écoute de jazz avec quasiment sans aucune exception (au contraire du classique, apprécié - du moins modérément - dans certains cas), la sociologie étant tellement "vulgaire", prosaïque et si peu aristocratique.
Enfin, la dénégation, c'est de conserver d'une situation sociale donnée ce qui nous arrange et de s'arrêter exclusivement aux exceptions ou anachronismes ("boulimie culturelle" due à des comportements autodidaxiques ou exceptions purement géographiques comme le coup des ouvriers italiens qui adorent Verdi ou Puccini - opéras véristes - qui cela dit en passant - ont longtemps été considérés comme faisant partie de la "musique populaire" - au contraire des opéras allemands ou autrichiens - nettement plus aristocratiques) qui confirment - hélas - la règle - nettement plus dure à avaler pour l'élite, qui ne doit sa force et sa capacité d'auto-reproduction qu'à l'invisibilité des structures qui la sous-tendent.
Quitte à fournir un prétexte de plus à Dorham pour me ridiculer d'avantage, je me bornerais à dire que je regrette d'être intervenu ici, je n'y ait absolument rien gagné et comme souvent sur internet, ça n'a servi absolument à rien... J'espère au moins que Dorham s'est bien marré, simple hommage du "vice culturel" (du philistin que je suis) à la "vertu" de "l'aristocratie d'état"...
Alors, ne le prenez pas pour vous, acceptez de confronter des points de vue pas des personnes (essayons de rester corrects et de ne pas nous insulter, c'est tout), et, plus que tout, ne regrettons pas !
Kfigaro, je suis d'accord avec ce que tu dis, et ton érudition m'épate. J'apprécie aussi grandement la passion de Dorham pour le jazz (même si je suis ignare) car moi c'est plutôt le fado, au fait allez écouter ma play list du dernier disque de Cristina Branco, Kronos...
Pour terminer, je persiste et signe : je suis persuadée que vous avez énormément de points communs Dorham et toi
Sauf que la personne qui m'a fait découvrir cette musique, alors que je dépassais la vingtaine d'années est un fils d'immigrés turques vivant dans l'une des cités de Seine St Denis les plus pourris qui soient. Comment ce mec là a découvert le jazz ? Connement, en écoutant un disque à une borne d'écoute à la FNAC. Et moi ? Et bien, c'est évident, si j'aime le jazz, j'aime bien entendu d'autres musiques.
D'ailleurs, je crois pouvoir dire que j'écoute tout. De tout. Tout le temps. Je ne suis que musique. Les autres arts ne m'intéressent pas. Si ma femme veut me tirer à un expo, j'y vais en traînant les pieds, en rechignant (est-ce que je l'emmène au Parc des Princes, moi (ah oui, parce que je suis aussi un gros beauf de fondu de foot)). J'ai commencé par écouter de la soul : Stevie Wonder, Marvin Gaye, tout petit, à l'âge de 6 ans, c'est ce que me faisait écouter mon père et ça me bottait bien. Ce que je préférais surtout, c'était me servir de sa platine, et passer moi-même les disques, le bras était actionné par un système de petit poids. Puis j'ai écouté du rock, entre 10 et 14 ans. Les Doors beaucoup, Led Zep, Hendrix (que j'ai mis longtemps à aimer, parce que c'est plus complexe). Mon père disait avoir beaucoup de respect pour les jazzmen, moi, je pensais que c'était une musique de pépés.
Puis, j'ai écouté du rap. Parce que mon parcours m'y prédisposait et que tous mes potes écoutaient ça. Dans mon coin, on écoutait surtout du rap américain, East Coast, plus agressif, plus revendicatif, plus rebelle, davantage que le rap de l'ouest, sophistiqué, ridicule à force de vouloir trop en faire dans le cliché.
Parallèlement, j'écoutais tout un tas d'autres choses. Bien entendu, pendant ces années là, j'ai tout essayé. J'écoute bien sûr aussi de la bossa nova sans jazzmen pour jouer derrière. Ma femme qui est portugaise en écoute beaucoup. Je mentirais de dire que c'est là ma totale passion. Je préfère les musiques brésiliennes plus rythmées. La samba me parle davantage. Mais j'aime Buarque, Gilberto, Veloso, Zé... Et j'adore Lenine (ça n'a rien à voir, mais...). Avec ma femme, nous aimons aussi beaucoup un petit groupe de Recife, qui s'appelle "Eddie".
Je préfère quand même les musiques africaines et afro-cubaines. Et je suis très intéressé par tout ce qui découle de la tradition Santeria.
Si je n'aime pas Sinatra, c'est moins à cause de sa musique en tant que telle qu'à cause de ce qu'il est, de cette certitude, de cette frime insoutenable qui transpire de son chant. Rien, strictement rien à voir avec les arrangements dont tu parles. D'ailleurs, je suis un grand fan de Dean Martin qui a des arrangements de bien plus mauvais goût. J'aime aussi Nat King Cole qui n'est pas si éloigné de Sinatra. J'aime aussi un chanteur d'aujourd'hui qui s'appelle Kurt Elling et qui est un authentique crooner.
Bien sûr, je ne cherche pas à mentir, j'aime le jazz par dessus tout, non pas parce que la prétention y est autre, mais parce que cette musique me surprend toujours.
Je me rappelle de cette époque. Je travaillais dans une papeterie. Il y avait ce gars, F., qui est devenu un ami. On avait tout en commun, sauf le jazz. Lui non plus ne comprenait pas pourquoi j'écoutais ça. Je lui parlais de Trane aussi, tout le temps. Un jour, donc, il se rend à la FNAC et achète A Love Supreme justement, en édition deluxe, avec deux cd dont un "live" très...très rocailleux. Et d'autres trucs : Chet Baker, Miles. Il revient le lundi suivant et me dit : Chet Baker, j'adore, Miles, super, mais Coltrane, c'est vraiment inaudible.
Que lui dire ? Je n'ai rien dit. Quoi que tu puisses en penser, je ne crois pas que ce soit une tare de ne pas aimer le jazz : 95 % de mes amis, proches, toute ma famille à part mon père n'aime pas ou ne veut rien savoir de cette musique. Pourquoi cela me dérangerait. Mon témoin de mariage est fan de techno alors que je déteste ça. Où est le problème.
(pareil pour la littérature, j'aime par dessus tout le littérature de genre, si décriée en France, tu parles d'un élitisme...)
Tout de même, le lendemain, je reviens avec une intégrale des enregistrements de Trane chez Impulse et je lui dis. Ecoute donc ça, et commence par le premier disque. Oublie les trois derniers, ils sont "free", moi aussi, j'ai du mal. (je précise ici que je n'aime pas la dernière période de Trane, free, avec sa femme au piano, deux batteurs...etc...je suis comme tout le monde, je n'y comprends rien du tout).
Résiltat des courses, ce mec, ce smicard avec femme et enfants, ce mec qui doit maintenant être une élite à lui tout seul selon ton propos, aime Coltrane a donf grave. Tous les Coltrane, même celui qui beugle sur le live A Love Supreme.
Et ma passion du jazz, j'ai essayé de la communiquer à chaque fois que je le pouvais, avec toujours la volonté justement de dépoussiérer cette musique, de la démuséifier. Cette musique n'est pas une musique d'élite, elle est certes musique savante, (mais si tu as quelque choss contre l'étudiant et l'enseignant, alors, tu verses dans le nihilsme le plus absolu...)Elle est au contraire la musique la plus expressive d'une volonté d'aller toujours plus loin. Et cette volonté est quoi que tu puisses en dire (ou que puisse en dire toutes tes études socio à la con) est la première des volontés humaines.
Personnellement, je ne suis cantonné à rien. Rien ne me limite, et rien ne me limitera jamais. Kfigaro, tu peux édifier toutes les barrières qu'il te chante, elles n'existeront jamais pour moi.
Voilà pourquoi je pense que tu n'entends pas la musique. Si tu la coupes en tranches comme du saucisson, alors qu'il est évident que les musiques, se marient, toutes, incessamment. La bossa, le jazz, l'afro-beat, ce bon vieux quadrille irlandais qui devint blues, puis ragtime, puis jazz, le swing, le be-bop, la musique indienne qui apporte l'aventure modale sur un plateau. Alors oui, je ris, mais en fait, vraiment, ça me terrifie, et ça me désespère, très sincèrement cette approche là de l'art en général, moi qui en réalité déteste précisément l'élitisme, qui a passé beaucoup de temps à le dénoncer ici et là, en disant que tout est à expérimenter, tout est à écouter, tout. Je me retrouve de fait face à quelqu'un qui pratique un élitisme inverse, un élitisme de la sincérité, un élitisme des mains sales. Un élitisme du bon jugement. Un procès : voilà ce que tu intentes. ça me fait marrer parce que comme Figaro tiens, ça m'évitera d'en pleurer.
Vois-tu, et j'en finirais là, je devine aussi que tout est parfaitement rhétorique chez toi et ça me console de penser que peut-être, tu joues le personnage que tu t'es choisi, que tu n'es pas tout à fait vrai. Cette posture de victimisation, de pseudo-dominé, cette position d'en bas qui te rend inaccessible, cette amertume surjouée que tu viens nous murmurer ici. Comme si tu n'avais pas les armes et que dès la naissance, je les avais eues, là, à portée de main. Qui es-tu donc pour préjuger de ce que je suis, de ce que j'ai vécu, de privilèges que j'aurais eus. Tu n'es pas diplômé ? Moi non plus cocotte. Si tu ne disposes d'aucune arme, ne combats pas. Et si tu en as, ne prétends pas que tu n'en as pas. Assume ce que tu es. Les êtres humains s'appréhendent simplement. Il suffit de les regarder dans les yeux.
Je n'y reviendrais plus, cela va de soi...c'est déjà bien assez long et abscons comme ça...
@Dorham : alors là... tu m'as plus qu'épatée... je suis... sidérée (au sens de Quignard... tu sais le... fascinus.. bon, j'arrête mes citations à la c... heureux qui comme Ulysse). Merci, en tout cas, pour ce si beau commentaire (je dirai : no comment !)
@Kfigaro : je sais, tu ne m'as pas laissé de message sur le blog... je te réponds quand même. Tu veux que je supprime le lien vers le site de ton forum : soit, je le ferai. Tu regrettes d'être venu ici, et d'avoir écrit ce que tu as écrit... ah, bon ? pourquoi ? est-ce parce qu'on t'a répondu, que tu as été contesté ? quel est cet intellectuel, je préfère le mot penseur (moins connoté universitairement), qui s'effraie à la moindre critique ?
Je dirai que l'attitude de Dorham qui vient dialoguer avec toi, et te dire d'une manière qui me laisse sans voix, son parcours, sa passion... bref, qui dit ce que j'admire le plus chez l'humain... son humanité, me semble plus compréhensible, le "je coupe tout contact"... le "autisme oblige", ou "schizophrénie, je me suffis à moi-même" : me gonfle profondément. Libre à toi... évidemment.
Je ne suis pas du tout cet intellectuel méprisant qui ne supporte pas le moindre désaccord, si j'ai été amené à m'interroger - il y a environ 4 ou 5 ans - sur les pratiques culturelles actuelles, en dévorant tout un tas de bouquins compliqués et à priori étrangers à mon modeste parcours scolaire ou professionnel, c'est avant tout parce que je m'en sentais de plus en plus exclu ! et quand je dis "exclu", ce n'est pas par caprice, coquetterie entraînant une "amertume surjouée" de ma part ! J'ai d'abord été exclu à cause de mes goûts musicaux "hors normes" sur presque tous les forums que j'ai abondamment fréquenté, en particulier sur les forums les plus "snobs" (et je ne parviens par ailleurs toujours pas à comprendre pourquoi des Dorham ou des Didier Goux ne soient pas capables de prendre du recul par rapport à leurs blogs et de s'apercevoir de l'image objectivement "snob" et "excluante" que ceux ci peuvent véhiculer et du fossé qu'il peut y avoir entre eux et des centaines "d'autres" moins favorisés sur le plan culturel, c'est quelque chose qui m'interpelle constamment !) puis plus tard dans la blogosphère, pour à peu près les mêmes raisons...
Je n'ai hélas pas l'aisance littéraire naturelle de Lucia, Dorham ou de ceux qui se sont tant gaussé de ma maladresse sur le blog de mon (contre)accusateur - et pour revenir au sujet de départ - je me bornerais donc à citer mon maître à penser actuel Zygmunt Bauman, franchement tout est dit en le lisant et ça fait froid dans le dos tellement ça vise juste :
à propos des "communautés virtuelles" :
« Deux expédients en particulier jouent un rôle majeur dans la suppression des affres de la construction et du démantèlement de l'identité dans la société des consommateurs. Le premier expédient est ce que j'ai appelé "les communautés-patères" (en référence aux spectateurs d'un théâtre qui se retrouvent au vestiaire pour y laisser leur manteau le temps d'assister à la représentation [...]). Ce sont des communautés fantômes [...] carnavalesques, [...] à durée déterminée [...], desquelles on se détache sitôt que la foule se disperse.»
à propos des "amis virtuels" et de "l'autre" sur ce qu'est devenu l'internet actuel - totalement phagocyté par le marché roi :
« La "communauté" des internautes qui recherche un ersatz de reconnaissance n'exige pas donc pas de passer par la corvée de la socialisation. [...] Autre révélation : la redondance de l'"autre" pour tout autre rôle que celui de signe d'appui et d'approbation. Dans le jeu des identités sur internet, "l'autre" [...] est réduit à son noyau dur d'instrument, absolument manipulable, d'autoconfirmation, dépouillé de la quasi-totalité des éléments superflus car sans rapport avec la tache, mais encore tolérés dans l'interaction "off-line"»
Merci d'avance en tout cas de supprimer le lien vers le forum bossa, je doute fort que ça intéresse tes lecteurs et ce n'est évidemment ni Dorham, encore moins ses nombreux aficionados qui iront s'y inscrire...
Lucia, je précise aussi que tu n'es absolument pas en cause, c'est moi qui n'aurait jamais dû intervenir ici...
Tu sais à quel point je suis d'accord avec Bauman, et combien ses propos sur la liquidité de notre société (et pas seulement la blogosphère) m'ont marquée. Pourquoi continuer mon blog ? je l'ai dit par observation participante à ce nouveau monde, le Web, nouvelle terre à explorer, grâce à ce bateau qu'est un blog.
Je crois qu'on peut y contacter "l'esprit", au sens jungien du terme, c'est-à-dire l'inconscient collectif et autres archétypes..., à défaut de types... (ben oui, je suis aussi marquée par Jung, même si depuis que j'ai lu Sabina Spielrein j'ai un peu déchanté).
Et puis, vois, (je te remercie d'être revenu me répondre, j'étais légèrement irritée - ça m'arrive plus que je ne voudrais - et je m'apprêtais à effacer mon com'), ça donne de beaux échanges d'idées (même si ce ne sont que des "idées de lecture").
Alors, je continue à naviguer.
Oui, je sais que ça peut faire pédant toutes ces citations... mais c'est grâce à elles qu'on vient parfois me lire (il y en a aussi que ça fait fuir) et qu'on peut mieux comprendre ma pensée.
J'avais écrit ce billet pour Mtislav, qui depuis nous est revenu (tout beau tout neuf) : finalement, les liens virtuels ne se rompent peut-être pas si facilement.
Il est vrai aussi que ce monde de l'anonymat permet, parfois, une raillerie qu'on n'oserait pas en face à face (j'en ai plusieurs fois fait les frais), ou une force verbale proche de l'agression... or, ce ne sont souvent que de gros malentendus.
Sache que tu continues à être le bienvenu ici.
Je crois quand même que nous ne sommes pas seuls à se poser de plus en plus de questions sur "l'exclusion" et l'hyperindividualisme sur internet, si on cherche bien (avec google), on parvient à trouver d'autres internautes qui se posent le même type de question, mais ils sont encore trop rares et trop marginaux pour que leurs voix comptent vraiment...
Je peux débattre autant que faire se peut. Jusqu'à ce que le monde tombe en lambeaux même. Même si parfois, j'ai un peu envie de te dire "merde"...
Etre favorisé culturellement ne peut me caractériser étant donné que je suis presque essentiellement autodidacte. je ne me défends pas d'être snob. Je peux l'être sur énormément de choses. Propose-moi un vin par exemple et tu verras à quel point je peux être "excluant".
Tu as raison sur un point : je ne suis pas tolérant. Je ne dis pas : "je n'aime pas" quand je peux dire "c'est de l'excrément en barre". C'est certain. Je ne suis pas non plus (pareil pour Didier Goux) un mec un peu mou qui a pour dessein de ne pas choquer son interlocuteur. Mes maîtres à penser ne préconisent pas cela et je pense qu'ils sont dans le vrai. Les idées ne sont pas là pour faire plaisir, pour caresser l'auditeur dans le sens du poil. Si ce ne te plaît pas, je m'en fiche...ça m'est absolument égal. Tu me crois snob parce que tu as lu un livre qui t'a tourné les sens (ah, la force de l'écrit, dès que le verbe est là, plus personne ne moufte, l'esprit critique part en fumée ) grand bien te fasse.
Tu as raison, je ne blogue pas pour le mec qui ne lit que le Télé Star, pour l'adorateur de Patrick Bruel. Tu as raison. Ce n'est pas pour cela que je le méprise. Je mets la curiosité au centre de tout. Alors non, ton forum ne m'intéresse pas. J'aime les choses pluriel. Pour les autres, je ne sais pas. Ont-ils le temps ? T'es-tu déjà posé cette question, toute occupée que tu sembles à te reluquer le nombril ? Le jazz est un terme générique qui englobe de très nombreuses musiques. Entre le jazz manouche et la musique du oudiste Rabih Abou Khalil, il y a le grand canyon par exemple. Mon autre blog, lui parle de tout et de rien, et je fais partie d'un forum (La Fabrique) qui regroupe des individus aux sensibilités extrêmement différentes (il y a un passionné de sciences, des fans de télé, des rockeuses, deux grandes amatrices de La Nouvelle Star...etc... Traite-moi d'élitiste si tu veux, ça continue à me faire absolument marrer, tu peux courir avant que je te donne raison). La bossa nova, c'est la bossa nova. J'aime bien cela, oui, mais ça me semble un débat qui peut vite tourner en rond (j'ai peut-être tort, mais je ne demande qu'à ce que tu me démontres le contraire, car pour l'instant, dans ce débat, tu ne t'es pas tellement engagé : quels sont ces goûts si inavouables qui te valent ostracisme et rejet ?).
Enfin, ce narcissisme de celui qui a des goûts hors norme. Mais qui est donc le snob ? Celui qui écoute tout ou celui qui se sent différent de tous les autres ? Qui fait partie du peuple ? Celui qui déclare être intégralement dans la cité ou celui qui prétend vivre à sa marge ? M'est donc avis que le snob, l'individu sans respect, l'excluant, c'est toi, avant même de laisser le temps aux gens de t'adopter, tu te déclares derechef mal aimable et mal aimé. Puis ensuite, tu pleurniches sur ton sort. Pour rencontrer les gens, il faut avoir envie de les connaître, pas de les juger. Mais quoi, tu aimes ça, l'image que l'exclusion te renvoie, tu la cajoles, tu la renforces, tu vas au devant d'elle, et ensuite, dans ton habit de victime, tu entres en contemplation de soi.
Sois honnête, quelques instants et nous aurons la possibilité d'entrer en dialogue. le dialogue m'intéresse, le débat m'est égal.
Je n'ai pas tombé le masque ici. Sur mon blog, tu peux trouver des articles sur les Stones, sur des chanteurs de soul, sur les polars, sur Marilyn Monroe, sur la politique, les jeux olympiques... Tu ne vois que ce que tu veux voir, que ce qui te permet de démontrer la thèse que tu défends. je peux t'assurer que je me suis défendue avec très peu de vigueur et sans méchanceté aucune. Les autres ne sont pas différents de moi. Ne préjuge pas de ce qu'ils peuvent penser. Tu ne le sais pas. Arrête de disqualifier comme ça les gens. Tu fais aux autres ce que tu déplores que l'on te fait (excuse cette abominable phrase).
La bossa nova, c'est la bossa nova. J'aime bien cela, oui, mais ça me semble un débat qui peut vite tourner en rond (j'ai peut-être tort, mais je ne demande qu'à ce que tu me démontres le contraire, car pour l'instant, dans ce débat, tu ne t'es pas tellement engagé : quels sont ces goûts si inavouables qui te valent ostracisme et rejet ?).
disons que j'en ai déjà parlé tellement sur mon propre (ex)blog (que j'ai fini par supprimer d'ailleurs) que je n'ai pas eu envie d'en remettre une couche à nouveau ici... je vais essayer d'en reparler plus en détail et très précisément dès lundi mais je n'ai pas le temps tout de suite.
Globalement, les musiques que j'aime le plus (musiques de film françaises, bossas rares des années 60 et 70, musique classique du 20ème siècle) sont particulièrement marginales, peu commentées et ne sont pas du tout "tendance" ni très estimées par l'élite (nettement plus enthousiasmée par le classique allemand le plus exigeant et structuré, le jazz, et depuis très peu de temps par un certain rock "distingué", etc... bref, les musiques les plus "légitimes"), ça m'isole terriblement et paradoxalement, plus internet devient énorme et "grand public", plus cet isolement grandit...
@Dorham :
Mais quoi, tu aimes ça, l'image que l'exclusion te renvoie, tu la cajoles, tu la renforces, tu vas au devant d'elle, et ensuite, dans ton habit de victime, tu entres en contemplation de soi.
vous n'avez visiblement rien compris à ce que j'ai expliqué avant, ni aux propos de Bauman que j'ai cité précédemment... ce que je stigmatise, c'est uniquement le fait "d'exclure", de ne pas "tolérer" et surtout de rester entre "soi", dans son petit "clan", par exemple le fait de ne pas prendre les promesses mirifiques du web (utopie des communications, réseaux sociaux, blogs, RSS, etc...) tel qu'on nous le vend actuellement "au mot". Ca peut se traduire de multiples façons et notamment par le fait de ne pas commenter ou participer justement à différents forums quand on est passionné de musique et se contenter de bloguer tout seul dans son coin : par exemple vous dites adorer Caetano Veloso ou Gilberto Gil mais je ne vous ai jamais vu sur le seul forum français sur le sujet, cad le mien (on trouve presque 50 pages sur l'un et au moins 30 pages sur l'autre ! et je ne parle pas du reste...) alors je sais vous allez encore dire que je viens ici que pour faire ma pub alors que ce n'était pas du tout mon but, je me contente simplement de décrire mon incompréhension en donnant évidemment des exemples concrets : pourquoi un tel éclatement ? un tel individualisme et un tel "chacun pour soi".
de plus, je suis peut être narcissique (comme vous et quasiment chaque internaute de toute façon) mais je ne vois pas en quoi se plaindre que des goûts réellement et objectivement marginaux relèverait du snobisme, un type abandonné dans la rue qui crie sa solitude, c'est aussi un affreux snob ? Parce que franchement je ne vois pas en quoi c'est "snob" de déplorer ça, le fait de n'être pas compris, pas suivi, pas écouté... Je pourrais d'ailleurs vous faire écouter plusieurs musiques que j'adore et que presque personne n'aime ni n'apprécie (malgré des qualités à mon avis incontestables sur le plan musical) en France mais comme je doute fort que ça vous plaise, donc je ne sais pas du tout si c'est une bonne idée, ça risque de me déprimer encore plus, mais je veux bien tenter l'expérience, vous voyez bien qu'un véritable snob vous prendrez de bien plus haut que moi, alors que c'est exactement l'inverse, c'est moi qui me considère comme "plus bas" que vous et c'est la vérité, puisque sur le plan "absolu", les musiques que j'aime le plus ont nettement moins de "valeur" sur le "marché (invisible !) des biens symboliques" que les vôtres (oui, je sais la sociologie c'est pas votre truc, or pour comprendre l'exclusion, je n'ai que cet outil ! et Lucia l'a bien compris aussi)
Vous vous dites "pluriel", OK mais votre blog est tout de même très "typé", son thème est à 95% le jazz et les musiques les plus "légitimes" : attention, ce n'est pas un reproche et vous le reconnaissez explicitement en plus, mais par pitié, ne vous déclarez pas "pluriel", pour moi le "pluriel" c'est l'éclectisme et la tolérance justement (je dois être trop catho...).
@Dorham :
Sois honnête, quelques instants et nous aurons la possibilité d'entrer en dialogue. le dialogue m'intéresse, le débat m'est égal.
Mais je pense être honnête, trop même ! c'est bien ça le hic ! j'ouvre bien trop ma gueule !
ce qui m'amuse, c'est que finalement il y a eu "contact" (plutôt "friction") entre nous uniquement parce que Lucia m'a cité votre blog, parce que dans le cas inverse, ni l'un ni l'autre ne serions entré en contact tellement nos univers semblent diverger malgré quelques (très) rares croisements de temps à autres, ça fait aussi partie de "l'incommutabilité" typique du web 2.0 : le fait que chaque individu est "atomisé", et que chacun passe à côté de l'autre sans réellement le voir et contrairement à ce vous croyez, je ne m'exclue absolument pas de ce comportement, moi aussi je passe à côté des autres sans réellement m'y intéresser...
Commentaire n° 47 posté par Dorham aujourd'hui à 16h44
Kfigaro, allons arrête, rien ne va te coller à la peau, tu as la chance d'être tombé sur quelqu'un qui est bien plus détaché que tu ne le penses. Pas de risque de bataille acharnée avec moi.
vous peut-être mais pas google... des tas de gens tapent les pseudos sur google pour avoir une idée sur quelqu'un qui poste à droite à gauche, c'est pour ça que je regrette de mettre lancer là dedans, j'aurais du fermer ma gueule...