Oxalà

Publié le 12 Septembre 2009


                                                         Photo Oxalà, le plus grand de tous les Orixàs 
                                                               (les dieux du Candomblé du Brésil), 
                                                c'est un dieu blanc, et, suivant la croyance, durant 6 mois
                                                 il est de sexe masculin, et les autres 6 mois il est femme. 


"Je est un autre" lance Rimbaud en 1871, et c'est nous qui basculons. Et lui ajoute : "C'est faux de dire : Je pense : On devrait dire : On me pense."

Pessoa n'a cessé de l'entonner lui aussi, cette polyphonie. Cette multiplicité en nous-même.

"Nao sei quem sou, que alma tenho [...] Sinto-mo multiplo. Sou como um quarto com inumeros espelhos fantàsticos que torcem para reflexões falsas uma unica anterior realidade que não està em nenhuma e està em todas.
Como o panteista se sente àrvore e até flor, eu sinto-me vàrios seres. Sinto-me viver vidas alheias em mim, incompletamente, como se o meu ser participasse de todos os homens, incompletatemente de cada, pour uma suma de não-eus sintetizados num eu postiço."

(Os outros Eus)

"Je ne sais qui je suis, quelle âme est la mienne [...] Je me sens multiple. Je suis une chambre avec d'innombrables et fantastiques miroirs qui tordent vers de fausses réflexions une seule réalité antérieure qui n'est en aucune et se trouve dans toutes.
Comme le panthéiste se sent arbre et même fleur, je me sens différents êtres. Je me sens vivre des vies étrangères en moi, de manière incomplète, comme si mon être participait de tous les hommes, partiellement de chacun, pour une somme de non-je synthétisés dans un je factice."

(Les autres Je, manuscrit 1915). Traduction (c) Luciamel.


Etre homme ou être femme... si l'on est humain, devrait, pour le moins, nous questionner. Si comme Pessoa ou Rimbaud, c'est arbre, ou soleil, ou ruisseau... ou montagne, ou cresson... que parfois vous vous sentez... Si fusionnant à l'amant, ou la maîtresse... c'est l'autre que vous devenez. Alors, suis-je femme uniquement ? suis-je homme partiellement ?

Que dire de la demande
d'Olympe (relayée par Manu et Mtislav) de répertorier des femmes écrivains, ou écrivaines, en tant que femmes ou bien seulement en tant qu'écrivaines ? (telle est la question).

Olympe a raison de dire que c'est de les entendre qu'il nous faut nous soucier, de ne pas étouffer leur voix est le premier pas, ensuite elles seront nos "grandes écrivaines" comme eux sont de grands écrivains. Je constate combien moi-même inconsciemment si je vois un texte "masculin", une argumentation défendue par un homme, j'aurai tendance à lui accorder plus de crédit, plus de sérieux (avant d'éventuellement en voir toute la nullité), pour la femme j'aurai plus d'exigence (une sorte de rivalité peut-être aussi...) avant de lui témoigner mon respect et de lui vouer mon admiration.

Sachez-le Messieurs, nous sommes vos immigrées... sur "votre" domaine précédemment réservé, celui du pouvoir social (économique, politique, intellectuel et artistique, on pourrait ajouter : religieux), vous faites barrage... et, aujourd'hui encore, toute la société, hommes et femmes, confondus, semblent complices à vouloir maintenir le statu quo.

J'ai voulu commencer ma liste par ces deux noms : Pessoa et Rimbaud, mi-homme, mi-femme, mi-humain, mi-dieu...

Ils sont mes deux premières écrivaines (poétesses) préférées. Quand je les lis, je suis eux, ils sont moi.

Puis je poursuivrai par celle qui me fascine depuis bien longtemps, pour des raisons qui ne touchent pas seulement à l'écriture : Alexandra David Néel. Cette femme
je voudrais un jour lui ressembler, parvenir comme elle à traverser la Chine à pied, m'initier aux secrets des maîtres, en étudiant leurs oeuvres, puis me retirer du monde pour l'écrire.

L'autre femme qui m'inspire : Sabina Spielrein... celle qui entre Freud (à qui elle a légué la découverte de "la pulsion de mort") et Jung (elle fut sa patiente, sa disciple, son amante, sa fidèle amie, on suppose qu'elle le marqua dans son élaboration du concept de l'anima), celle qui se forma en psychologie, créa une école en Russie, puis fut assassinée, car Juive, est plus proche d'un Rimbaud ou d'un Pessoa... que d'un homme de pouvoir... (comme le furent ses deux mentors). Un film décrit merveilleusement tout ceci : L'âme en jeu.

Mais, j'en suis à quatre... qui sera la cinquième ?

La suite : demain (est un autre... jour).





Rédigé par Luciamel

Publié dans #Poésies - musiques

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lucia mel 13/09/2009 23:31

@ Manu : je dirais même plus : une femme (XX et XY..., toujours X quoi qu'il en soit...).@ Mtislav : Oxalà !

mtislav 13/09/2009 20:03

Oxalà, très belle protection pour envisager ce sujet. Merci de me donner envie de découvrir Sabina S.

emanu124 13/09/2009 15:25

Rimbaud un écrivain féminin ?? Intéressant, je ne le voyais pas sous cet angle..

lucia mel 13/09/2009 13:51

@ Henri : nous sommes pensés... oui, sommes-nous pensée ? je m'apprête à aller en planter quelques-unes cet après-midi, des pensées... A bientôt ?@ Passarinho : merci ! Je dirais plutôt que l'homme est une femme comme les autres (ça me semble plus exact, dans chaque XY il y a un X... ;-)))@ Tini : 5 ? oui, nous sommes une multitude... le 5 se référait seulement au tag : donner le nom de 5 écrivaines. Me revoir... oui... une autre toi-même ? ;-)

Tini 13/09/2009 10:55

Nous sommes uniques fidèle à no cœurs et pourtant beaucoup plus que cinq, car nos reflets changent à chaque fois ou nous rencontrons un autre être humain. Et enfin face à l'univers nous sommes rien....Je suis heureuse de te revoir bientôt...

Bluebird 13/09/2009 06:53

L'homme est une femme comme les autres - en fait, nous ne sommes pas si différents, nous refusons juste de nous en rendre compte ou de l'accepter. Si on le faisait, la vie serait bien plus belle.Très bel article (comme d'habitude).BeijinhosO pàssarinho

Henri 13/09/2009 06:45

nous pourrions inverser le cogito: je suis, pensé..