Et toi, c'était comment ta mort ?

Publié le 18 Juillet 2010

 

On vit, et puis un jour on ne vit plus. Sauf si, comme le soutiennent les physiciens, le temps n'existait pas, n'était qu'une vue de l'esprit, nous vivrions d'après eux dans des mondes parallèles (ou superposés, enchevêtrés) où tous les moments, passé, présent, futur existeraient simultanément. Moi aujourd'hui, et moi morte, ou moi pas encore née... moi dans 10.000 ans existeraient en même temps. Et peut-être, moi, ayant des passés différents de celui que je crois être le mien. 


Je l'avais déjà cité ici-même, Thibault Damour (quel beau nom !) dans le numéro de Télérama spécial 60 ans :


"Car, s'il y a bien une chose qu'Einstein nous a expliquée, et que Proust a parfaitement comprise, c'est que le temps est une illusion. Ceux qui pensent que Proust est le poète des regrets, focalisé sur le temps passé, font un énorme contresens. Derrière la conception du temps du romancier, il y a l'idée que l'essence de l'homme est éternelle. Et la possibilité d'accéder vraiment à ces moments "passés", à travers l'expérience d'une madeleine trempée dans une tasse de thé, le dit bien. (...) Sur le plan conceptuel on sait que c'est possible : l'espace-temps d'Einstein permet de faire des sauts dans l'avenir. (...) Evidemment, c'est difficile à croire, car si vous pensez sérieusement qu'il est possible de sauter quasi instantanément de 2010 jusqu'en 2070 (ou 20700, ou...) , cela veut dire que 2070 (ou 20700...) existe déjà ! Ce qui implique que le futur coexiste avec le présent. (...) Aujourd'hui, pourtant, une autre piste est ouverte avec la mécanique quantique. Cette dernière nous annonce en effet que l'univers est fait... de tous les possibles, et que tous ces possibles se réalisent à la fois ! La vraie réalité physique serait plus riche que ce que l'on perçoit, et comprendrait une superposition de mondes différents. Encore une idée violente pour l'esprit, c'est vrai ! (...) Eh bien ! c'est cela, la mécanique quantique. Elle nous dit que si vous avez hésité entre deux chemises, ce matin, deux réalités coexistent désormais : vous avez choisi cette chemise-ci, bien sûr, mais dans une autre coupe de réalité, un autre "vous" a aussi choisi l'autre. Pascal, s'il nous rejoignait, serait encore plus effrayé que par le passé. Car les "espaces infinis" dont il parlait ne sont plus seulement dans le ciel, au loin : ils sont ici même, sur Terre." ("L'univers est fait de tous les possibles", in. Télérama, n° 3155, 30 juin 2010.

 

Vous avez le vertige. Eux aussi (les physiciens), sauf les frères Bogdanoff, qui semblent surfer sur la vague temporelle sans trouble apparent, enfin, je me comprends...

 

Alors, je pensais à ma mort (mais laquelle ?), en me disant que ce n'était peut-être pas encore le moment, qu'il y avait encore des choses à faire avant. Ca doit être la "disparition" de Bernard Giraudeau qui m'a troublée, son passage chez FOG (Vous aurez le dernier mot) m'avait fort impressionnée, même si l'émission, au départ, c'était pour le débat Cyrulnik-Onfray que je l'avais regardée. 

 

Je me suis dit "ça commence à faire beaucoup ces morts... tous ceux qui étaient dans ma vie et qui ont disparu". J'ai pensé à me les remémorer dans une sorte de liste à la Perec, mais dont l'intention correspondrait plutôt au travail préconisé par les chamans, ce que Carlos Castaneda décrit ainsi, dans la quatrième de couverture de son dernier livre, Le voyage définitif  *petit clin d'oeil que tu m'as fait :

 

"En écrivant Le voyage définitif, j'ai suivi les instructions de don Juan qui voulait me voir constituer une sorte d'album, une collection de souvenirs mémorables. Selon lui, la connaissance chamanique avait pour dessein ultime de nous préparer à affronter le "voyage définitif", celui que doit faire chacun de nous au terme de sa vie. Ce que l'homme moderne, disait-il, désigne sous la vague expression de "vie après la mort" était pour ces chamans une existence concrète débordant d'activités pratiques, certes différentes de celles de notre vie habituelle, mais tout aussi pragmatiques et fonctionnelles. Se remémorer les épisodes importants de leur vie les préparaient à aborder ces contrées nouvelles qu'ils appelaient le "côté actif de l'infini"." 

 

Depuis hier, j'ai donc déroulé dans mon esprit, le nom, le visage, les images liées à ceux qui de ma vie sont partis. Voici ce qui peut ressembler à une liste... chronologique, même si le temps n'existe pas... 


- Mon arrière grand-père, ou arrière-grand oncle... je ne sais plus très bien, j'avais 7 ans, souvenir que face à son cadavre j'avais remarqué qu'il était vert;

 

- Le père d'une amie, j'avais 10 ans, elle aussi... un suicide qui a été un séisme... 


- Mon grand-père Joaquim, en quelle année déjà ? 


- Mon grand-père Miguel, j'avais un peu plus de 20 ans, il est parti après une vie sereine et pleine;

 

- Bruno, en mai 1989, l'une des premières victimes du SIDA, lui qui a vécu en homme libre et en véritable enfant du Verseau (méditation transcendantale, voyages, amours-amitiés, création, illumination);

 

- Ma grand-mère Herminia, je lui ai tenu la main, mais comme elle s'est rebellait, comme elle la refusait : la mort. C'était en 1990, ou 91;

 

- Ma grand-mère Custodia, j'avais 35 ou 36 ans, un ange nous a quittés, car elle était déjà au paradis depuis longtemps, elle qui m'avait initiée au miracle de la vie... 

 

- Marc, lui aussi s'est suicidé, un 31 décembre, ou un 1er janvier, la dépression ne voulait pas le quitter, lui, le dessinateur, l'amateur de jazz, l'amoureux de Bashung, de Paolo Conte et de tant d'autres, "un jour l'amour... l'a quitté, s'en est allé faire un tour de l'autre côté, d'une ville où y avait pas de place pour se garer" (Manset/Bashung)

 

- Jean-François, mort du SIDA;

- François, mort du SIDA.


Et puis toi ma douce... toi qui ne peux être sur aucune liste, toi qui vis sur une autre dimension maintenant, toi qui m'attends, ou moi qui t'attends déjà dans le futur de nos prochaines vies*. Vous tous, nos disparus, vous tous dont les vies antérieures et ultérieures perdurent de toute éternité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Luciamel

Publié dans #Spiritualités - astro

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lucia mel 20/07/2010 23:24



@Julien : merci pour le lien Joan Baez : Pauvre Rutebeuf oui, j'aime beaucoup
cette chanson, je l'avais déjà mise en illustration sur mon blog, ici... et déjà... ça
parlait de séparation... de la disparition de ma petite soeur. Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des correspondances. 



Julien 20/07/2010 23:06



Thème et douleur universel. Il y aurait beaucoup à dire. La perte originelle, les séparations et les cassures nous font mal et à la fois humain.


Voici ce très beau chant intemporel, écouté un jour par hasard à la radio. Je l'ai choisi ici pour l'interprétation avant tout, la voix tremblante et l'émotion touchent nos âmes:


http://www.youtube.com/watch?v=fYG0suOjx7k