Et toi, tu seras enterré(e) où ?

Publié le 23 Octobre 2010

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Photo (c) Luciamel, mon arrière cousine Tzézita, septembre 2010

 Parfois on me dit : "oh, le fado... c'est triste !", ma prof de chant ne l'aime pas beaucoup non plus... c'est pas gai... dit-elle, le fado... Mais, quand je regarde autour de moi, les gens, leur vie... je ne trouve pas qu'il y ait beaucoup de raisons de rigoler. Je comprends bien pourtant (je fais un effort pour cela) que même dans le malheur nous pouvons essayer de sourire, je comprends que ce qui fait la différence entre les gens heureux et les autres, c'est leur perception du malheur. 

 

J'en ai eu du malheur... et j'en ai encore... vous aussi ? tiens comme c'est bizarre... Ca fait 50 ans que je me traîne sur cette boule de terre et que j'y vois tant et tant de larmes... couler, tant de blessures, tant de luttes, mais aussi tant de lumière, tant d'espoir, tant d'appels à la justice, à la fraternité, tant d'amour, à chaque coin de rue, dans chaque maison, dans le regard de tant d'humains que j'ai croisés. 

 

Avant je détestais les cimetières, je trouvais même morbide (euh...) et déplacé (euh...) de s'y balader. Aujourd'hui je passe une partie de ma vie au Père Lachaise... et je l'y finirai sans nul doute (à moins qu'une bombe thermonucléaire n'empêche les pompes funèbres de m'y enterrer). Cela m'apaise d'aller sur ma tombe. Cela semble si simple de dire à ceux qui vont rester : c'est toi qui devras t'en occuper après. 

 

Que voulez-vous, c'est dans ses blessures, dans ses épreuves, dans ses déchirures, ses cris de détresse, que l'humain accepte de s'ouvrir au divin, ou à la fraternité. 

 

Il faut des manifs, il faut des injustices, des crises, des inégalités criantes, pour que soudain on se réveille de sa torpeur : jusqu'où faudra-t-il aller pour l'éveiller l'humain, cette fois ? 

 

Il nous faudra remercier Nicolas Sarkozy, il nous faudra remercier cette crise bancaire, ces abus de privilégiés, ces vies de riches... qu'on suit sur nos écrans démultipliés, car grâce à eux nous allons trouver le courage de tout faire valser. 

 

Parfois des "bobos" nous font le coup du RMI/RSA... ils se font expulser du squatt de la place des Vosges, c'est jeudi noir... les "prolos hyper-diplômés de la place des Vosges". Ca me scandalise (qu'on squatte un hôtel particulier, qu'on en sorte en criant que vraiment c'est horrible, qu'on ne sait plus comment se loger... ces riches, et gosses de riches... qui se font leur petite révolution à 20 ans avant de se trouver un bon job dans une super entreprise, grâce à papa ou maman, m'agacent) que voulez-vous. Mais, je pars pour Berlin... où l'un des plus grands squatts d'artistes va être fermé... expulsion là-bas aussi (le Tacheles va prendre fin car une banque a racheté les bâtiments). Alors, ce que je comprends là-bas (que des artistes, des bobos, des gens souvent issus de milieux favorisés, contestent le pouvoir de cette façon, leur façon de privilégiés) pourquoi cela m'irrite-t-il ici ? 
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Ce qui m'agace c'est le fatum... le fado... pauvre tu es et pauvre tu resteras... Les privilégiés sauront toujours nous berner. Alors, je prends ma revanche en leur disant aux prout-prout : je frôle votre monde, j'en ai le Bac+5, j'en ai la littérature, le langage même, mais je le rejette, je n'en veux pas de vos grandes écoles, de vos côteries, de vos décorums. Je suis heureuse de rester avec les petits, les humbles, et de lutter avec eux (à 1700 euros par mois, je peux dire que je ne suis pas une nantie). 
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Je travaille. Je participe à la collectivité (en payant mes impôts), et je suis sereine de faire partie de la masse, de n'être pas une favorisée, ni une fille de riches profitant des aides sociales (destinées aux plus pauvres, ne l'oublions pas !).
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Un jour je mourrai, vous aussi, je crois. Moi, je serai dans la parcelle 21 du Père Lachaise, à côté du monument Thiers, en face de Géricault, pas loin du mime Marceau, Baschung repose un peu plus loin, depuis peu Chabrol nous a rejoints, il est voisin de Mano Solo. 
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Alors, ce soir, ce n'est pas le fado qui m'inspire, non, c'est le blues. 

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Sur FIP, tout à l'heure, cette découverte, cette perle, ce sublime standard (en vidéo et en écoute) :

 


 

 

 
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note : la mise en page absolument merdique est due à je ne sais quel bidouillage, cafouillage, de l'équipe, que dis-je, du groupe, filiale de TF1, qui se fait un fric monstre, en fournissant une plateforme à de pseudos littéraros-journaleux-blogueurs comme moi... (le bandeau noir, genre obsèques... est lui aussi indépendant de ma volonté...)

Rédigé par Luciamel

Publié dans #Politique - société

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Fabien 14/11/2010 13:53



Pour la viande, sans métaphore, j'avais remarqué. Mais précisément tu avais demandé d'abord, pas à la fin… Bon, on ne va pas commencer comme ça parce que le titre de roi des pinailleurs,
généralement, c'est moi qui l'obtiens.



lucia mel 14/11/2010 13:48



@Fabien : bonjour, c'est vrai que les cuisiniers doivent éviter de trop insister sur les difficultés qu'ils ont eues à réaliser un plat... Ils doivent juste demander à la fin : alors, ça a été ?
Mais, c'est vrai aussi que j'ai tendance à réclamer quand ma viande que j'ai demandée "à point", m'est servie "bleue"... 



Fabien 14/11/2010 00:21



C'est vrai que la mise en page est moche. Mais je l'avais vite oubliée en entrant dans le texte: ce n'était pas la peine de nous le rappeler à la fin…



lucia mel 24/10/2010 12:16



@Euterpe : on va aller voir ça de plus près ;))


 


@L'oiseau : la suite est dans mon billet du dimanche midi ;)) car après le samedi soir vient le dimanche... à bientôt l'oiseau, à Paris ? 



O pàssarinho 24/10/2010 07:35



C'est effectivement un petit bijou que tu nous offres là, bien en rapport avec la teneur de ton billet.  Mais n'est-il pas un peu tôt pour te soucier de cela ?


Beijinhos.


O pàssarinho



Euterpe 24/10/2010 06:52



Oui la gentrification de Berlin, cette catastrophe, c'est ce à quoi on assiste depuis la chute du Mur, car avec le Mur on ne pouvait pas gentrifier des masses la ville. Maintenant c'est feu vert
partout. Il y a de la castagne mais le pouvoir est le plus fort. On construit des centres commerciaux absolument partout et tout le temps car nous sommes des machines à consommer, tu sais bien,
c'est obligé, il paraît que la Terre ne peut pas tourner sinon...hein..."vous avez une solution, madame ? Si on arrête de consommer ben il y a les chinois noinoinoi...qu'est ce que vous voulez on
a pas le choix!" C'est tout ce que les nazes trouvent à dire, partout et toujours et à cause d'eux la poignée qui résiste est bien seule.


Ton blues est contagieux...