Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin...

Publié le 29 Juin 2013

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photo (c) Luciamel, Cergy, bords de l'Oise, le 23/06/13

 

 

 

 Belle lurette et  tout de go. Ca fait belle lurette que je n'ai écrit, et je m'y mets tout de go.

 

Les voyages font partie de mon arbre généalogique, de ma génétique, de ma vie, de mon être, comme la saudade est la source des vagues qui ensorcèlent ma vie.

 

Depuis que j'ai déménagé (voyez les épisodes précédents) je voyage. Tous les jours. Je prends le train et j'admire le paysage. C'est beau un train de RER A qui roule (moins quand il reste en rade sur la voie... et qu'il vous mène avec 30 minutes de retard à destination). Je ne me lasse pas de photographier de mes mirettes les arbres, le ciel, puis le fleuve et la rivière qui finissent par s'emmêler les pinceaux quand ils se croisent à Conflans "fin d'Oise". 

 

Plus trop le temps de venir vous raconter des bafouilles ici, mais alors, qu'est-ce que je lis ! (et dors... comme il est doux de poser sa tête contre le mur du wagon et de juste se laisser bercer par le mouvement de la rame, le RER A est, matin et soir, un gigantesque dortoir pour les travailleurs de ce pays : n'oubliez pas que sur les 26 millions d'actifs, environ 20 millions se lèvent tous les jours et affrontent un réel social de plus en plus tendu... ils contribuent à la richesse du pays, ils paient les impôts qui font tourner le bitogno, ils portent sur leurs épaules le destin de 61, ou 62, millions de Français (et autres)).

 

Donc, je lis.

 

Il se trouve que tous les livres que j'ai "parcourus" ces deux derniers mois ont trait au voyage. Ca s'est fait tout naturellement, ou en synchronicité...

 

Tout d'abord, et parce que je n'en avais pas encore parlé, ceux de Julie et d'Aude, dont nous avions salué la parution et le lancement lors de notre dernier MDB.

 

Aude Le Corff... toute frêle, toute douce... comme la petite fille qui nous raconte l'histoire de Les arbres voyagent la nuit. Car c'est bien elle la narratrice, même si elle se cache derrière un nom d'auteure... Voyage dans l'enfance, voyage dans la vie de couple, voyage dans la maternité, voyage dans le vieillissement, voyage entre deux identités, voyage au coeur de l'errance de nos vies, celle qui nous mène (comme les héros de son roman) à nous retrouver dans le lieu idéal des retrouvailles, notre nouveau monde, son Eldorado... à elle : le voyage vers le Maroc, lieu magique, sans nul doute. J'ai palpité comme la petite princesse de son conte, j'ai rêvé comme le vieux monsieur, et j'ai dévoré les kilomètres comme ses personnages.

 

Julie Gommes m'a touchée par son style, et son franc parler, on la suit, on y croit, on y est. On l'accompagne dans ses révolutions, dans ces révolutions qui ont fait (et font) l'actualité. Journaliste, elle a suivi les "événements" en Egypte, en Syrie et en Tunisie... excusez du peu. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'a pas froid aux yeux, et qu'elle nous fait comprendre ce que le métier de reporter, ou de journaliste indépendant, a de périlleux. Pourquoi y va-t-elle ? Pourquoi ne se contente-t-elle pas de vivre sa vie à Sète ? C'est un peu ce qu'elle nous raconte dans son petit ouvrage (par la taille mais pas par la qualité) :  Il était une fois les révolutions.

 

Un autre voyage... celui de Charlotte Delbo, découverte grâce à une fidèle lectrice de ce blog. Le récit s'intitule : Aucun de nous ne reviendra. Il commence ainsi :

 

"RUE DE L'ARRIVEE, RUE DU DEPART

 

Il y a des gens qui arrivent. Ils cherchent des yeux dans la foule de ceux qui attendent ceux qui les attendent. Ils les embrassent et ils disent qu'ils sont fatigués du voyage.

Il y a les gens qui partent. Ils disent au revoir à ceux qui ne partent pas et ils embrassent les enfants.

Il y a une rue pour les gens qui arrivent et une rue pour les gens qui partent.

Il y a un café qui s'appelle "A l'arrivée" et un café qui s'appelle "Au départ".

Il y a des gens qui arrivent et il y a des gens qui partent.

 

Mais il est une gare où ceux-là qui arrivent sont justement ceux-là qui partent

une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés, où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus.

c'est la plus grande gare du monde."

  

 Charlotte Delbo nous fait revivre par l'esprit ce qui a été pour elle l'inconcevable expérience de la déportation, de la plongée dans les tréfonds de l'humanité (je ne dis pas l'inhumanité, car justement c'est bien ça la terreur, c'est de comprendre que cette horreur-là fait elle aussi partie de l'humanité). J'ai accompagné chacun de ses pas, j'ai ... ressenti...  ce que c'était que d'être en camp, à Auschwitz, dans la boue, dans la saleté, dans le froid, dans la noirceur, dans la douleur, dans la faim, dans l'agonie qui n'en finit pas, dans la vie avec les cadavres, parmi ceux que Dieu a laissés au Diable. Mais, sachons-le, le Diable n'est qu'une partie de Dieu. Et le mal, l'horreur la plus horrible, les crimes les plus atroces sont une partie de Dieu... et tout devra se défaire à un certain moment... Charlotte Delbo se contente (?) de témoigner, de nous faire part de la plus grande atrocité de l'humain contre l'humain. Ca s'est trouvé à Auschwitz, ça se retrouve ailleurs... et est parfois aujourd'hui banalisé (et toujours sublimé par les détraqués que le Diable réussit à embobiner...).

 

Aucun de nous ne reviendra, et elle en est revenue... on ne peut imaginer dans quel état.

 

Je garde non pas le meilleur pour la fin, mais Lis-bonne (Lis-boa), le voyage entre tous, celui qui me ramène à l'être de mon être, à l'essence même de mon voyage.

 

Une étudiante suisse me l'avait offert, il traînait dans ma PAL (ma PAL =  ma "pile à lire", merci Aude !) depuis un moment. Je sais qu'une adaptation en a été récemment faite au cinéma (avec Jeremy Irons, Bruno Ganz et Charlotte Rampling !!!  mais pas encore sortie en France), il s'agit de Train de nuit pour Lisbonne, de Pascal Mercier, auteur suisse alémanique, dont voilà le pitch en vidéo sur Dailymotion, en 1'18". Mon étudiante m'avait dit que c'était le plus beau roman qu'elle ait jamais lu. Je confirme, c'est dense, intense, fouillé, complet, très riche historiquement et culturellement parlant. Le plus beau roman... je n'irai pas jusque là, mais très bouleversant, oui (surtout, vous serez séduits par l'univers, le voyage... les références littéraires et historiques, le suspens). En lisant le livre (je n'ai pas envore vu le film), vous comprendrez mieux, peut-être, le voyage que moi j'ai fait à l'envers, vers vous. En résumé, un Suisse (bernois) de 55 ans (prof lunetteux de latin-grec) qui se retrouve embarqué malgré lui dans un train vers Lisbonne... Voyage sans retour ?

 

La bande annonce du film, Train de nuit pour Lisbonne (à venir...)

 

 

 

 

Et voici la version brésilienne de Paulo Costa de "O meu pais, o Toulouse" de Paulo Costa, bel hommage à NougarOooo... Toulouse...

 

 

 

 

Rédigé par Luciamel

Publié dans #arts - livres - films -spectacles

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lucia mel 07/07/2013 20:21


Merci Chantal pour ces mots déposés ici, au gré du vent qui nous porte. Padoue, cela fait partie de mes rêves... aller à Venise et dans sa région, pousser jusqu'à Florence... m'embarquer pour le
voyage où Stendhal a failli défaillir face à la beauté.



J'aime les coquelicots, moi aussi, depuis fort longtemps. Leurs taches de couleur nous rappellent au temps présent. Ils font des échos dans les champs, sur les chemins...


 


Oh, j'aime bien voir les gens somnoler, j'ai l'impression qu'ils se sentent protégés (la ligne A du RER de ce côté-là, à ces heures-là, est particulièrement sereine). Et puis le paysage nous
berce doucement. Le chemin de halage d'Eragny est vraiment charmant.


 


A bientôt.


 


 

chantal 05/07/2013 17:41


Magniique ce texte autour du voyage, de la vie, du travail, des livres, j'ai envie de les lire tous.


J'apprécie particulièrement les coquelicots, fleurs de mon enfance, j'aime leur "air de rien", leur fragilité, leur couleur si particulière, la tige un peu râpeuse. Depuis qq années, j'en revois
et ça me réjouit.


Je passe qq jours à Padoue où une de mes filles fait un stage jusqu'à la fin du mois de juillet.


Depuis le déménagement, le temps de trajet permet de dormir, de lire, de rencontrer les autres voyageurs, travailleurs à la condition qu'ils ne soient pas seulement dormeurs.


Bonnes vacances.


cela me donne