Luciamel
Photo (c) Luciamel
Je me retiens depuis plusieurs jours... car je me dis que ça va m'attirer les foudres de moult femmes... et de nombreux de mes amis. Mais après tout, pourquoi tenir un blog, si ce n'est
pour surprendre ses amis, et les femmes ?
Le taux de natalité en France est parmi les plus élevés d'Europe... environ 2 enfants par femme... (quel exploit !), comme elles ont sacrifié leur vie professionnelle pour les
élever... (euh ? ah bon ? encore aujourd'hui ? vraiment obligées ? la contraception, les crèches... c'est du bidon ?), il est normal qu'au moment de la retraite on les récompense de l'effort
consenti pour la nation. Ah ? c'est vraiment ça l'égalité ? qu'on nous dédommage... qu'on nous reconnaisse, en quelque sorte, une différence... une particularité sociale, évaluant par
là-même la domination...
Moi, je croyais que l'égalité c'était d'avoir les mêmes droits, le même salaire pour le même travail, et si je m'arrête pour élever mon enfant (que je sois un homme ou une femme)
qu'effectivement, dans ce cas-là, on le compte comme un travail. Si je ne m'arrête pas... parce que les services sociaux me l'ont permis, parce que j'ai pu le placer en crèche, il n'y a
aucune raison pour qu'on me "dédommage"... de mon "incident" (?) de parcours.
J'aimerais rappeler que de nombreuses femmes (moins en France que dans d'autres pays d'Europe, soit ! ) n'ont pas d'enfant, qu'elles n'en sont pas moins des femmes (tout aussi dominées), qu'elles
ne sont pas plus payées pour autant (je le vois autour de moi, mes collègues mères reçoivent exactement le même salaire que moi, et elles ont plus d'avantages, parce qu'elles ont des enfants
: tant mieux pour elles, bien évidemment). Femmes sans enfant, vous devrez travailler 41 ans pour obtenir une retraite complète, vous toucherez 25% de moins que ces Messieurs pour le
même travail, mais vous n'aurez aucune compensation, car vous n'avez pas donné d'enfant à la nation !
Travail, famille,
patrie... quand tu nous tiens.
Inégalité entre les femmes, oui. Peu de solidarité entre elles, aussi. Se battre pour que les droits des mères soient reconnus, sans aucun doute, mais j'aimerais que du coup on ne jette pas aux
orties toutes celles qui n'ont pas procréé. Elles aussi ont été moins payées tout au long de leur carrière, elles aussi ont dû se confronter au monde du travail, plus favorable aux
hommes. Elles ont été parmi celles qui se sont battues pour le droit à l'avortement, à la libre disposition de leur corps, et peut-être au droit à ne pas avoir d'enfant, et à
pouvoir vivre "seules" et libres. Dans notre beau pays de la natalité ça semble être devenu un péché...
Femmes non-mères, c'est donc vous qui paierez.
Alors, je le dis, si par le passé cela a pu se justifier, aujourd'hui ce dédommagement me semble non une revendication de l'égalité homme-femme, mais une politique réactionnaire tendant
à perpétuer un vieux modèle : les femmes à la maison avec les enfants, les hommes dans la cité.
Battons-nous non pour avoir des compensations, mais bien pour une reconnaissance de nos droits humains.
Nous avons le choix d'avoir, ou non, un enfant (et parfois nous ne le pouvons pas), nous devons faire en sorte que notre valeur professionnelle et humaine soit reconnue en tant que
telle, non parce que nous sommes mères...
Si les conditions de garde ne sont pas suffisantes, battons-nous; si nos salaires sont insuffisants, battons-nous; si nous devons nous arrêter de travailler pour élever notre enfant, battons-nous
pour être rémunérées pendant cette période; si nous nous retrouvons abandonnées par le père, demandons assistance à la société. Mais, surtout, ne confondons pas liberté, égalité et maintien dans
une situation d'infériorité (celle qui est à l'origine de la domination masculine sur les femmes : équilibrer par plus de pouvoir social ce pouvoir si mystérieux qu'est celui des
femmes, de procréer - au sens de porter un enfant et d'accoucher...).
Je conçois qu'il faille encore une période de transition, attendre d'avoir l'égalité pour supprimer cet avantage accordé pour le décompte des annuités, mais, sachons-le, ça laisse
aussi beaucoup de femmes sur le bas côté du chemin...
Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Procréer est une fonction naturelle, comme boire, dormir, manger, pisser ; la seule que nous maîtrisons à peu près bien, à ce jour. Depuis quand l'exercice d'une fonction naturelle devient-elle un "métier", doit-elle dégager des avantages ? Dans ce cas, j'exige qu'on rémunère aussi les autres, et qu'on me verse une somme pour chacune de mes mictions, chacune de mes nuits de sommeil, chacun de mes repas ! Et si vous trouvez mon exigence aberrante, alors pourquoi tolérer qu'on paie une femme parce qu'elle a été mère ?
Lucia, merci de ce billet !
Beijinhos
O pàssarinho
En revanche, pour les femmes de la génération de ma mère, sur le point de partir à la retraite, supprimer cet avantage aurait été injuste: elles ont fait des choix à partir d'un référentiel donné, si tu supprimes ça elles se retrouvent soit obligées de travailler plusieurs années de plus, soit avec une retraite encore plus misérable...
Je dois dire que je suis relativement satisfaite par l'option "le père peut aussi en bénéficier s'il a arrêté de travailler".
Tout ça si, évidemment, je ne remets pas en cause la politique nataliste... il y aurait beaucoup à dire là-dessus!
Ton raisonnement tient la route, Lucia, cela dit, il est assez juste selon moi qu'une mère touche des subsides pendant son congé maternité.
Personnellement, je suis en revanche contre le congé parental, tel qu'il est aujourd'hui et contre toutes les mesures en général qui consistent à favoriser l'activité "mère au foyer". A cet effet, il serait bon de faire une étude sur les ravages psychologiques qu'implique cette activité à super-plein-temps. A 50 ans, ces femmes se réveillent souvent, avec une vie "tête dans le guidon" derrière elle et le sentiment de n'avoir été utile en rien. C'est absurde bien sûr, car elles ont servi, ô combien, mais l'absence de vie sociale, l'absence de temps pour soi, l'absence de considération, la multiplication de tâches rébarbatives, l'impression diffuse d'être prisonnière d'un système (une fois franchi, il est tellement difficile de s'en extraire : quelles femmes osent dire à leur mari : "c'est fini, j'en ai plein la casquette, je reprends le boulot") opèrent une forme de négation de soi.
Bien spur, beaucoup de femmes prétendront le contraire. Je me rappelle en son temps avoir dit du congé parental sur mon blog qu'il était anti-féministe et ça n'a pas vraiment plu.
A l'égard de la retraite, je trouve néanmoins normal qu'une femme puisse obtenir des trimestres supplémentaires par exemple, ne serait-ce que parce qu'un enfant de plus, c'est un futur cotisant supplémentaire. Simple opération mathématique. Mais ce dispositif va disparaître, il est une anomalie persistante à l'égard des dispositions de la Loi Fillon et un père a récemment gagné devant le tribunal le bénéfice des mêmes droits (alors que rien ne le légitime à mes yeux). A terme, ce droit sera rayé de la carte (aujourd'hui, c'est 8 trimestres par mômes, pour info).
Le problème essentiel repose sur le fait qu'on ne parvient pas en France à rendre perméable les frontières entre nos choix de vie et la vie professionnelle. Laisser l'un de coté, c'est presque l'abandonner pour toujours. Se réorienter, choisir la vie plutôt que le travail, puis ensuite, inverser les tendances est impossible. C'est valable dans ces domaines, ça l'est également dès lors qu'il s'agit de changer d'orientation professionnelle, de se former, de se ménager... La vie professionnelle est affreusement linéaire, impossible à aménager temporairement.
On n'a pas été capables de faire ça. C'est selon moi le sens du progrès (même si à droite, on prétendra le contraire). Il serait grand temps que la gauche s'y mette. Je suis certain que si on légiférait correctement sur cette question, on aurait moins de problèmes de stress au travail. On ne le subirait plus comme un piège, une prison, un glouton d'espace-temps.
@Anne : je n'irais pas jusqu'à dire que faire un enfant c'est comme faire pipi... ou autre... mais, effectivement, c'est souvent une question d'hormones qui nous pressent fortement (la société aidant la nature). Je n'ai pas eu d'enfant, j'ai failli, par deux fois, mais ça ne s'est pas fait... Ce n'est ni bien, ni mal, c'est ma vie. Ce que je ne comprends pas c'est que les femmes ne voient pas que ce "pseudo" avantage qui leur est accordé n'est en fait qu'une façon de les piéger... une incitation à arrêter de travailler (ça le sera d'autant plus quand elles n'y auront droit qu'en s'arrêtant vraiment de travailler), ça veut les confiner dans leur rôle... de mère au foyer. Effectivement d'inciter les hommes à partager ce rôle, de parent présent pendant les premiers mois de l'enfant, serait une grande avancée.
@ Passarinho : oui, il y a encore du boulot... ;-)
@ Lulu : oui, tu as raison de rappeler que du temps de nos grand-mères, avoir un enfant n'était souvent pas un choix, et que l'élever était une obligation, nos mères sont retraitées déjà... non ? Une femme de 60 ans aujourd'hui est née en 1949, elle a eu 20 ans en 69... la loi sur l'IVG c'est 1975, puis 79, elle avait 26 et 30 ans. Il me semble (quand je vois la vie de ma mère, née en 40, et des femmes de son âge : beaucoup n'ont eu qu'un ou deux enfants, et beaucoup travaillaient, les enfants étaient gardés par les grand-parents; c'était surtout dans la bourgeoisie que c'était mal vu de travailler à cette époque-là, et pas pour des raisons de nécessité économique, au contraire, pour bien montrer qu'on n'en avait pas besoin...).
Aujourd'hui et maintenant, par ce "bonus" on fait une distinction entre les "femmes utiles" à la société et les autres... Battons-nous, mais pour les bonnes raisons, pas pour être des mères au foyer. Ne soyons pas si bêtes de penser que cet avantage est donné sans contrepartie (accepter de continuer à être moins payée, accepter de rester à la maison pour élever l'enfant).
@Dorham : oui, entièrement d'accord avec toi, pour ce qui est du congé parental, et du congé maternel (les femmes ont tort de le voir comme une avancée, la prise en charge pendant quelques mois, oui, mais le prolongement, non, ou alors avec obligation pour les deux parents de le partager, ça se fait dans certains pays, la Suède peut-être, ou la Finlande).
Pour la retraite... En quoi moi qui n'ai pas d'enfants, et qui suis moins payée qu'un homme du fait de ma condition de femme (25%), devrai-je cotiser aussi longtemps que lui pour une retraite inférieure, alors qu'une autre femme, sous prétexte qu'elle a eu deux enfants (et qu'elle a eu droit à un congé maternité) verra sa durée de travail réduite de 4 ans ?
J'aimerais comprendre la logique (actuelle) de tout ça.
Tu as raison, de nouveau, quand tu dis que c'est plus une question de valeurs (un peu machistes par chez nous...) et élitistes (je rappelle que travailler pour une femme était synonyme d'extraction populaire, la bourgeoise ne travaillait pas, seule l'ouvrière, la paysanne, la domestique, l'ont toujours fait, aujourd'hui la bourgeoise défend elle aussi ses annuités...).
@Béatrice : nous n'avons pas besoin d'être mères pour aimer... ni pour aimer les enfants et être aimées d'eux (d'ailleurs certaines mères... ne savent, ne peuvent, pas aimer). L'amour des mères : un poème, écrit par Freud et d'autres (pensez aux vôtres de mères !). Mais ici, ce n'était ni de l'amour ni de la névrose que je voulais parler (même si tout ça est un peu mêlé), simplement de l'égalité entre les humains... des considérations sociales touchant à la maternité, et des conditionnements que ça impliquait.
Or, effectivement, dans la réalité ce n'est pas le cas.
Les disparité des salaires entre homme et femme sont en moyenne de 25% ( en moins pour les femmes bien sûr )
des retraites de 38%, toujours en moins.
Pourtant des textes existent mais ne sont pas appliqués.
Est-ce que tu ne te rends pas compte que tu crées là encore une discrimination alors que déjà existent :
- celle qui travaille contre celle qui ne travaille pas
- les montants des salaires hommes/femmes
- depuis peu les pères contre les mères
et maintenant celles qui ont des enfants contre celles qui n'en ont pas ?
Toujours diviser pour mieux régner.
Et cela marche bien, la preuve.
La solidarité ne s'organise pas autour de quelques cas, mais bien du plus grand nombre.
Cela a toujours été ainsi.
Et pour autant, au moins as-tu raison sur une chose :
Est-ce que tout simplement toutes les femmes ne devraient pas tout simplement revendiquer, EXIGER l'égalité salariale,jusqu'à obtention puisque c'est écrit dans la loi ?
Quant aux crèches et autres modes de garderie, elles sont en nombre dramatiquement insuffisant, les écoles maternelle sont attaquées avec mise en place de jardins d'enfants gérés par des entreprises privées, donc payants.
Pour l'instant, ce sont les deux-trois ans, mais déjà Morano a dans l'esprit les deux-quatre ans puis...
Pour ne te parler que de cela, ce serait sans doute trop long et fastidieux d'énumérer tout.
Mais en tout état de cause, ce n'est jamais en regardant vers le bas qu'on y arrive, mais toujours en regardant vers le haut !
Un dernier commentaire pour les cotisations, je ne t'entends pas trop récriminer contre les exonérations patronales, ni des prîmes et autres bonus faramineux.
Pourtant, crois-moi, de ce côté-là, il y a bien plus à prendre que sur tes cotisations.
Mais le fait est que les cotisations reposent à l'heure actuelle que sur pratiquement les seuls salariés alors que ce système issu du Conseil National de la Résistance reposait à parité sur les employeurs/salariés.
Ce n'est plus le cas depuis longtemps malheureusement mais on entend toujours les mêmes se plaindre des cotisations pour faire croire que l'emploi va mal à cause de cela.
La aussi, trop de choses à dire par l'intermédiaire d'un commentaire.
Mais en tout état de cause si alignement il doit y avoir, c'est alignement sans coup férir sur les salaires et pensions des hommes !
Bisous d'une non-mère avec 22 enfants temps partiel
Et j'aime la photo. Très bonne idée et surtout bonne mirette.
En partant du fait que l'égalité n'existe pas...pouqruoi ne pas récompenser les familles au lieu des femmes?
Chez nous au Québec, les femmes et les hommes ont droit à un congé parental qui'ils se divisent comme ils veulent.
Pour ce qui est des récompenses 'air miles' à la fin de leur vie active...Ns avons chez nous ,,la formule de parité pour les classes sociales..enfants ou pas..tout le monde vient à en profiter:)