Ich bin der Welt abhanden gekommen...

Publié le 19 Juillet 2013

20130719-009.jpg Photo (c) Luciamel, Père Lachaise 17/07/2013

 

 

 

Dehors, les enfants crient. Dehors, c'est l'été. Dehors, le temps s'emmêle les pinceaux.

 

22h57 me dit-on sur mon écran, le début d'un dialogue avec vous, de l'autre côté... de... l'océan.

 

Les écrivains vivent en vase clos... les écrivaines, elles, ne peuvent pas à la fois avoir une vie de famille et... sociale/professionnelle... (elles ont plus de mal que leurs confrères concilier vie professionnelle, vie familiale et vie créative... tiens, comme par hasard, une femme écrivain - une écrivaine - sera plus facilement célibataire pour mieux écrire... si elle a mari et enfants, elle aura tendance à abandonner son emploi - et à se faire entretenir par le mari et/ou par la société - pour pouvoir continuer à créer). L'homme, de tout temps, a su, a pu, travailler et mener carrière, d'autant mieux qu'il était marié (et non pas inversement comme c'est encore le cas aujourd'hui pour les femmes).

 

Je suis sur le point de terminer un livre, on ne peut plus classique de chez classique... il se trouve qu'il m'a fallu déménager en banlieue pour avoir le temps de lire... les livres qui restaient entassés depuis des années sur ma P.A.L. (pile à lire).

 

La femme écrivain, l'auteure, l'écrivaine en somme... qui a consacré toute sa vie à cette chose qu'est l'écriture, à cette chose qu'est la création, qui ne s'est pas posé la question - tout du moins pas de manière traditionnelle - du choix de la famille, de la vie de couple, de la maternité... comme devant être au-dessus de tout (über alles). Cette femme, je l'ai découverte en la lisant pour la deuxième fois.

 

Marguerite Yourcenar m'avait séduite autrefois dans L'oeuvre au noir , son roman initiatique et ésotérique qui m'avait tenue en haleine comme le faisaient ceux d'un Hermann Hesse. Là, j'ai été relativement désarçonnée par le choix de l'écrivaine - tant du point de vue littéraire, les mémoires, que de celui du point de vue, celui d'un empereur romain... - j'ai failli abandonner la lecture, au bout de 50 pages, "oh, là là, ça va être trop barbant...", et même s'il s'agissait d'un classique, de l'un des "must" de l'oeuvre de l'écrivaine, j'étais prête à me dire qu'il y avait aussi une part de snobisme intellectuel à devoir terminer le livre... 

 

Autre chose m'a captivée. Est-ce le style, l'écriture ? dont la pureté, l'élégance vous touchent à chaque fin de phrase, à chaque ciselure qui creuse dans votre imaginaire (votre monde intérieur) des objets, des êtres, des émotions, une intériorité... extérieure et lointaine dans le temps. Impossible de replacer le livre sur la P.N.L (pile non lue). Depuis, il fait donc le voyage avec moi, tous les jours, de Cergy à Paris.

 

Hadrien et ses mémoires. L'an... 150 environ. Un empereur romain. La barbe quoi... Eh bien non. Tout le contraire. Cette femme a fini par m'intriguer. Je savais qu'elle avait été la première femme académicienne, qu'elle était homosexuelle et avait fini sa vie aux Etats-Unis avec sa compagne. J'ai découvert à la lecture des Mémoires d'Hadrien (et sur Wikipédia...) qu'elle avait eu (et vécu !) une grande fascination pour l'homosexualité masculine... (sa vie s'était partagée entre des amours pour des femmes et pour des hommes homosexuels), et que son écriture, ses moeurs, sa tolérance, étaient très vastes.

 

Une question qui me taraude depuis belle lurette... l'écriture (littéraire) a-t-elle un sexe ? Yourcenar est l'un des beaux exemples de manifestation de l'esprit (littéraire ou autre) en dehors de l'enfermement dans un corps sexué. Son écriture, comme celle d'un Dostoïevsky, ou d'un Flaubert... n'est pas marquée par détermination génétique sexuelle.

 

 

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Photo (c) Luciamel, Père Lachaise, 17/07/2013

 


 

Je vous laisse l'apprécier (le texte a été publié pour la première fois en 1951, mais a commencé à être rédigé en 1924), citations de l'édition Folio des Mémoires d'Hadrien, 1974 :

 

"Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage", p. 129

 

"La condition des femmes est déterminée par d'étranges coutumes : elles sont à la fois assujetties et protégées, faibles et puissantes, trop méprisées et trop respectées. Dans ce chaos d'usages contradictoires, le fait de société se superpose au fait de nature : encore n'est-il pas facile de les distinguer l'un de l'autre. Cet état de choses si confus est partout plus stable qu'il ne paraît l'être : dans l'ensemble, les femmes se veulent telles qu'elles sont ; elles résistent au changement ou l'utilisent à leurs seules et mêmes fins", p. 130

 

"La faiblesse des femmes, comme celle des esclaves, tient à leur condition légale", p. 131

 

"J'acceptais de me livrer à cette nostalgie qui est la mélancolie du désir", p. 272,  une belle définition de la saudade...

 

 

Il est 00h48... déjà... nous avons changé de jour... de siècle et d'univers...

 

 


 

 

 

 

 

Rédigé par Luciamel

Publié dans #arts - livres - films -spectacles

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lucia mel 30/07/2013 18:12


Bonjour Chantal,


oui, j'ai lu quelque part qu'Annie Ernaux habitait à Cergy, sans doute dans le vieux Cergy, près de l'ancienne maison de Gérard Philipe. Tiens, il faudrait quand même que j'aille visiter le musée
qu'on y a installé.


 


Amitiés,


Lucia

chantal 26/07/2013 07:36


Connaissez-vous les livres d'Annie Ernaux ? Tout récemment, j'ai appris qu'elle habitait Cergy et ai donc pensé à vous. Son écriture, ses textes n'ont probablement pas grand chose à voir avec
ceux de Marguerite Yourcenar. J'ai lu, autrefois, sur la recommandation insistante d'un proche, L'oeuvre au noir et Mémoires d'Hadrien. Je n'en ai quasiment aucun souvenir. Du coup, vous me
donnez envie de m'y replonger.  

lucia mel 22/07/2013 22:34


Bonjour Marlowe,


oui, une sacrée plume cette Yourcenar. Merci pour ta visite. J'ai un peu déserté la blogosphère ces derniers temps... Je devrais m'y remettre bientôt, dès que les meubles seront tous montés.
Merci IK...

Marlowe 21/07/2013 14:49


J'ai également un faible pour Yourcenar, et en lisant ton article, me revient en mémoire toute l'émotion que j'avais ressentie à la lecture des mémoires d'Hadrien ! Quel style, quel souffle,
quelle merveillle ! Merci de me l'avoir rappellé !!! :-)