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Publié le 1 Août 2009



Le lendemain
de son retour, Giovani nous fit l'annonce que nous attendions depuis si longtemps.

- La Terre a suffisamment retenu son souffle, les humains ont finalement trouvé le moyen d'unifier l'ombre et la lumière en eux, et par là-même de délivrer Dieu... Après ces dix années de glaciation, il a donc été décidé de rétablir la rotation de la planète bleue, vous reverrez les saisons, l'eau, l'herbe, les arbres, les fruits, les abeilles, et tous les animaux... même les rats vous reviendront.

Les enfants présents, des êtres de lumière, mais aussi les humains ayant survécu à la glaciation, ne retinrent pas leur joie... Ce fut comme ce 2 août de triste mémoire... où la montagne surgit du néant, où la Terre arrêta le cours de sa vie... où les rats envahirent la ville, où le froid s'installa en nous et autour... tous furent saisis par l'émotion. Cette fois-ci elle vibrait de mille feux, elle tintinabulait au creux de nos cellules.

Mes yeux ne contenaient plus leurs larmes, mon coeur s'ouvrait au bonheur sans retenue... C'est alors que Nani... ça aussi les Dieux me l'offraient... reprit forme sous mes yeux. Giovani pouvait disparaître, sa mission était terminée... moi, j'allais pouvoir retrouver la femme... qui m'avait fait naître à moi-même.

Le ciel devint orange, jaune et rouge...

Puis, de nouveau le soleil nous salua... Il nous fallut plusieurs mois pour retrouver les océans, pour de nouveau entendre le bruissement du vent...

Dans l'eau retrouvée, les vagues, et le sable... les galets ramassés... tout chantait la gloire de la vie. Pourtant, l'absence de mes enfants... leur disparition soudaine, leur appel au loin, était l'aiguillon qui me rappelait ma condition humaine, périssable.

Je le dis à Nani... Dieu, ou ses anges... étaient bien égoïstes, tout était régi suivant leur bon vouloir... En quoi cela valait-il mieux que notre imperfection humaine ?

Elle me répondit :

- Cela ne vaut pas mieux... Dieu n'est pas Dieu... l'homme... ou plutôt l'humain, est Dieu, tout autant... Vous avez péché, vous avez fauté... vous êtes le chemin, vous êtes le point d'interrogation et la réponse à la question. Pour autant, vous êtes des enfants... ne sachant pas marcher, ne pouvant pas parler... Dieu est votre père et votre mère, il vous tient seulement la main.

Cette nuit-là (une vraie nuit, après plus de 12 heures de jour, comme avant... quand on organisait Paris-plage et Paris quartier d'été...) nous reformâmes l'origine du monde... moi et mes 60 ans, elle et ses... milliards d'années... Nous fusionnâmes.




Photo (c) Luciamel

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 10 Novembre 2008


                                                           Lucia l'éléphante...


Le lendemain, Giovani, attablé avec les enfants, pas les miens, non, eux avaient "disparu"... comme tous les enfants-humains de la Terre, peu de temps avant la glaciation. Ceux-là étaient des enfants de lumière, nés sans parents, leur "mère" ne les avait pas enfantés, leur "père" n'était pas leur géniteur. On ne les nommait pas, ils s'incarnaient, à ce qui équivalait à 7 ans, ils apparaissaient comme Nani-Giovani, en toute conscience, avec déjà présente à l'esprit la mission pour laquelle ils venaient. Pas encore tout à fait formés, ils apprenaient ce qu'il leur fallait de leurs parents adoptifs, qui, finalement, en termes humains, étaient leurs seuls parents, ou éducateurs.

Ils étaient rieurs et légers, car libres, ils n'avaient pas la "névrose" (comme on disait avant) inhérente à cette relation parent-enfant. Pas de cordon à couper, pas d'inceste ou de complexe d'Oedipe... (le père à tuer pour épouser la mère) ou de Jocaste (la mère puis l'épouse d'Oedipe, dont elle aura 4 fils) à surmonter, ou à supporter.

Je m'approchai, je les voyais si sereins, alors que moi, depuis ce jour-là, celui où Giovani pour sauver le reste du monde, emmena dans l'autre dimension mes plus que moi, la chair de ma chair, mes enfants, je n'étais plus qu'une ombre, comme celle qui régnait sur la Terre... 

Il  avait rencontré la Présidente, accompagné d'une équipe de scientifiques, dont un prix Nobel de physique, des chefs spirituels de toutes les confessions s'étaient joints à sa cause, car eux savaient... or, la Présidente était sensible à cet aspect-là. On avait réussi à convaincre la Présidente étatsunienne aussi (une vague féminine avait déferlé en Amérique du Nord et du Sud après les deux mandats de Barack Obama) de se joindre à leur réunion secrète... il en allait du destin de la planète, de l'espèce humaine, de toutes les espèces, et beaucoup seraient  sacrifiées...

Il leur fit la démonstration de son pouvoir, de son origine "céleste", se transforma de nouveau sous leurs yeux tel Shiva (le dieu hindou bisexuel), ou Oxalà (divinité du candomblé brésilien, durant 6 mois de l'année il est de sexe masculin, et durant les autres 6 mois il est femme). Il le fallait pour les faire trembler, pour leur "révéler" le danger.

Puis, calmement il leur indiqua la marche à suivre, il (oui, il serait homme, dans cette mission-là) : l'irradiation devrait être portée à son niveau maximum, partout sur terre, car la contamination était en train de perturber tout l'ordre naturel de la chaîne alimentaire, en peu de temps les rats auraient tout exterminé... Le degré maximum de la fusion froide devrait les détruire, mais avec eux... disparaîtraient tous les êtres humains ayant la même vibration, c'est-à-dire les enfants de moins de 10 ans... les adultes ayant développé une sorte de "carapace" les protégeant de l'innocence... les rendant moins vulnérables.

Seulement, pour maintenir un degré de refroidissement constant, seule condition pour empêcher les rats de revenir tout exterminer, il fallait bloquer l'axe de rotation de la Terre, ou tout du moins en ralentir la vitesse. Les périodes de froid glaciaire occasionnées détruiraient toute possibilité de reproduction des rongeurs.

Les Maîtres du Temps, sachant que le danger de mort physique de tous les enfants pourrait provoquer un choc sans retour sur Terre, avaient décidé de façon EXCEPTIONNELLE :  d'ouvrir la porte du temps... les enfants reviendraient, sans mourir, à l'origine de leur vie... et seraient telle Marie, la mère de Jésus, non morte, et montée au ciel, directement... non pas ressuscités, mais passés de l'autre côté, sans la mort. En quelques instants, une fulgurance, tous les enfants suivirent le joueur de flûte de Hamelin.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 3 Octobre 2008

Lumière, ombre, sommeil, rêve. Que fut cette nuit-là ? Il s'éveilla, le corps endolori, certain d'avoir lutté, contre quoi, contre qui ? D'abord, dans ses bras, dans le corps de Nani... puis dans l'univers, enfin, sur terre. Atterri, meurtri d'avoir perdu en une nuit tout le ciel ouvert par leurs corps. Elle n'était plus. Lui était là, debout, près du lit : Giovani.

"Désolé, tout ça est sans doute une dure épreuve pour toi, mais il n'y avait pas d'autre moyen, il fallait ouvrir le ciel, pour laisser les étoiles faire leur oeuvre et reconstruire la matière."

Que dire, comment réagir à cette ENORMITE ? Un bel homme, de l'âge de Nani, les traits latins aussi, plus tard il se dirait Italien, mais très grand, une barbe naissante... déjà, des yeux marron presque verts, des mains d'homme, on reconnaît les hommes à leurs mains.., se tenait là, face à lui. Il avait tout prévu, même les vêtements, une chemise blanche, d'homme, aux manches retroussées, un jean, d'homme... qui semblait déjà usé.

Sa voix, si différente, plus grave bien sûr, mais surtout plus traînante... avec un léger accent, comment avait-il réussi ça ? Ses gestes plus brusques, ou plus secs.

- Lève-toi, tes enfants t'attendent pour le petit déjeuner.
- Euh... comment leur as-tu expliqué ?
- Ben, rien... Nani a dû partir et son frère Giovani est arrivé.
- Ah...
- Allez, lève-toi. J'ai une journée chargée. Des rats dont je dois m'occuper...
- Pardon, mais je suis un peu perdu, un peu...
- Ecoute, tu es en vacances, tu t'occupes de tes enfants, j'aurai besoin de toi bientôt, je t'appelle et je te dis ce qu'on attend de toi.
- On, c'est qui ?
- On, c'est nous. On c'est Lui, ou Elle, ou l'Univers, comme bon te semble.
- Je suis perdu.
- On t'aidera.

Bruno se dirigea comme un somnanbule vers la salle à manger, Emilie jouait avec la mie de pain (elle avait toujours aimé faire flotter de petits crouttons sur son bol de lait de soja chaud...), Luc avait l'air sombre, il regardait devant lui, par la fenêtre, dans le vide.

- Bonjour les enfants...
- Bonjour papa !!!
- Vous avez bien dormi ?
- Oui !!!
- Oui et toi..?

Giovani alluma l'écran 3D de la cuisine, on vit soudain quelques images de la capitale envahie par ces rats toujours regroupés sur la montagne. Il dit :

- Je dois vous quitter, il me faut les emmener avec moi. Vous venez les enfants ?
- Non, on reste avec papa, dit Emilie.
- Euh... non... je reste avec papa, hésita Luc.
- Tu vas où Giovani ? s'enquit Bruno.
- Sur la montagne, mais d'abord je dois voir la Présidente, annonça-t-il.

(à suivre)

 

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 9 Septembre 2008

La nuit était enfin tombée sur la ville, mais son obscurité parviendrait-elle à cacher ce qui était arrivé ? Il avait écouté Nani, de longues heures entrecoupées de temps de repos, pour lui et les enfants, épuisés par cette nuit sans sommeil. Elle ne dormait pas, elle restait là dans le coin de la pièce à les veiller.

Elle lui redit qu'elle n'était pas "humaine", tout en l'étant quand même... Elle avait eu de nombreuses vies sur terre, il y a bien longtemps... son âme avait réussi à se délivrer des incarnations et elle avait fusionné avec l'état de conscience qu'ici bas on nomme "ange"... elle ne l'était pas ange, elle évoluait près d'eux, ces êtres de pur amour, dont le chant est la vibration qui nous rend amoureux, par exemple, ou tout simplement "heureux".

Elle avait choisi de revenir, sans être née, elle avait pu se "matérialiser" un peu comme la montagne, mais sans radio-activité, les anges et les princes de lumière l'avaient irradiée et réincarnée, en femme... or, c'était sans doute ça l'erreur. Il leur faudrait rectifier le tir, ils avaient pensé que les femmes avaient déjà autant de capacité à influencer le destin de l'humanité, mais ils s'étaient sans doute trompés de quelques dizaines d'années. Pour être écouté, pour imprimer sa marque à l'humanité, être crédible et respecté en tant que guide, il fallait encore avoir cette apparence extérieure de la masculinité. Et là, il s'agissait de sauver le monde... Personne ne la suivrait en tant que femme. Elle devait devenir un homme. 

On avait préparé le dîner, regardé les infos sur l'écran 3D matérialisé au milieu du salon. La panique commençait à gagner la population, les rats avaient investi la montagne, de tout le pays ils grouillaient... d'autres animaux semblaient perturbés, les chats étaient massacrés par ces hordes de "survivors"... les chiens leur servaient de repas bien souvent, il ne s'agissait pas de paniquer, mais combien de temps tiendrait-on face aux mutants ?

- Mangez.
- A quoi bon Nani ? on va tous mourir.
- Mais non, je suis venue pour vous aider, et mourir... ce n'est pas grand chose, c'est si... même, à certains moments, si bon...
- Vous dites n'importe quoi ! On va crever et vous faites dans le New age, enfin, vous, vous êtes... je ne sais même pas vraiment ce que vous êtes.

Les enfants, eux, continuaient à vivre ça très bien... c'était mieux que tous les jeux vidéos, les films de Batman, de Spiderman, et autres Superman (que des "man"... pour sauver le monde) : ils ouvraient grand leurs oreilles, n'y croyaient qu'à moitié, comme à un conte de fées qu'on leur aurait raconté.

- Les enfants, on va rentrer.
- Non, vous allez rester ici.
- ???
- Il le faut.
- Pourquoi ?
- C'est trop dangereux de partir... et puis, j'ai besoin de vous.

Elle l'avait décidé ainsi, comment s'opposer à elle ? On leur fit deux petits nids douillets dans l'une des chambres, ils s'endormirent si paisiblement... qu'on aurait pu s'en inquiéter, la fin du monde était peut-être là, et ils pouvaient s'abandonner, sans crainte, dans les bras de Morphée.

Bruno était plus qu'agité, pendant que Luc et Emilie avaient renoncé à lutter contre la vie diurne, lui, continuait à vouloir réagir. Elle le vit si perdu si paniqué, un instant elle eut pitié puis se ravisa, revint à ce pour quoi elle était là et lui dit :

- Vous devez m'aider.
- Pardon ?
- Oui, vous seul pouvez le faire à présent.
- Aider à quoi ?
- A devenir un homme, à sauver le monde.

Il ne put s'empêcher d'éclater de rire, un énorme rire... hystérique même, tout son stress, sa culpabilité d'avoir, d'une certaine manière, été co-responsable de ce qui advenait, tout cela... il l'expulsait dans un énorme éclat.

Nani vint s'asseoir près de lui, elle était extrêmement calme... elle tourna son visage au teint de porcelaine, aux yeux de firmament, vers lui. Soudain, il sentit lui traverser le corps comme un courant de lumière... ça chauffait et dilatait, ça ouvrait tout sur son passage. Elle avait posé sa main derrière son cou, puis l'avait glissée lentement le long de sa colonne.

Il a su à ce moment-là qu'il devait se laisser faire.

Son corps à lui s'est mollement laissé tomber sur le sofa, et elle l'a comme habité tout entier... investi dans ses plus petits retranchements... il n'y eut plus aucune partie de son être qui ne fut visitée par Nani. Fut-ce sexuel ? fut-ce spirituel ? que se passa-t-il vraiment, mis à part qu'il ne sut plus où il était (dans son corps à lui ou à elle) ? Il se sentit femme, il était dans son ventre à elle, il avait ses seins, leurs peaux ne faisaient plus qu'un; ses mains, sa bouche, à elle, étaient devenues les siennes. Plus rien n'appartenait à personne.

Alors, il la vit, tandis qu'il se sentait vivre en elle, la femme auquel tout son corps s'était greffé, il la vit elle... muter, muer, sous ses yeux, devenir Giovani.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 7 Septembre 2008

Le jour qui suivit cette nuit sans sommeil, cette nuit sans étoiles, ce samedi 3 août 2019 ne ressembla à aucun des jours que les habitants de cette ville avaient vécus auparavant.

Bruno et ses enfants voulurent aller voir de leurs propres yeux cette "chose", ce monstre, cette "concrétisation" des désirs les plus fous de l'humanité. Tout fonctionnait encore assez normalement, les tramways, le métro, les vélos en libre service ("vélibs" en un autre temps), depuis 2 ans plus aucune voiture ne circulait dans Paris, ni dans aucune grande ville de par le monde... c'était devenu une sorte d'aberration sur roues que d'avoir une "voiture"...

Ils avaient avalé, lui un café, eux du lait de soja chocolaté, avaient enfourché chacun un vélo et avaient remonté le boulevard Sébasto, avec ses bordures d'arbres et de fleurs, ses promeneurs hagards suite à l'événement, se chuchotant de drôles de choses... sur les trottoirs.

Ils remarquèrent les merles plus nerveux, chantant à tue-tête, les mouettes tournoyant et criant bien au-delà de la Seine... des chats erraient tout en semblant se diriger vers le nord.

Arrivés face au nouveau quartier, celui qui avait été rasé pour permettre l'édification de la chose, à l'endroit qui avant correspondait à la Goutte d'Or, sur des centaines de mètres jusqu'au canal St Martin... ils perçurent avant qu'ils ne la virent : la montagne.

Des milliers de personnes étaient là, grouillaient tout autour, la confusion semblait à son maximum. Bruno prit soin de garer les vélos à la borne prévue à cet effet, et sentant le roussi... saisit son portable pour appeler Nani.

- Allô.
- Oui, c'est Bruno.
- Venez vite...
- Que s'est-il passé ?
- Je ne croyais pas que vous le feriez...
- Que je ferais quoi ?
- Je veux dire que votre espèce, enfin, que les humains iraient jusque là...
- Je ne comprends rien.
- Venez je vous expliquerai. Je suis au 30, rue Rambuteau, 3e étage droite, il suffit d'avoir son empreinte pour entrer.

L'empreinte, c'était la puce électronique qu'on nous injectait (si on le souhaitait) sous la peau du poignet avec tous les codes et les infos nécessaires (identité, adresse, banque, crédits, maladies, parcours professionnel, réseau familial, amical...), avec ça vous aviez accès à la plupart des immeubles dans Paris (à condition de figurer sur le code des personnes que vous vouliez visiter).

Il leur fallait rebrousser chemin. Avant de repartir, les enfants voulurent prendre en photo l'horreur surgie de la nuit : une masse sombre, énorme, haute comme deux Tour Eiffel, dirent-ils, en fait elle était 3 fois plus haute que l'ancien monument, mais sa masse, son envergure, sa base... la faisaient paraître plus petite.

Ce magmas gris, avec un brouillard l'entourant, l'humidité s'étant comme agglutinée tout autour, n'était pas très photogénique.

Les enfants semblaient prendre ça très bien, ils sentaient que ça allait bouleverser la routine de leurs vacances trop programmées avec leur père, dans le sud, chez Tatie... Ils riaient, se chahutaient, voyaient bien que Bruno n'était pas dans son assiette, trop calme...

Devant l'immeuble de Nani, il s'approcha du lecteur électronique, présenta son tatouage... la porte s'ouvrit, ils postèrent les vélos sous le porche, il eut juste le temps de remarquer la fraîcheur de la cour intérieure, fontaine au milieu, massifs de fleurs, buissons, et merles toujours aussi excités...

Il sonna, elle ouvrit, il se sentit de nouveau défaillir à sa vue... soudain il explosa :

- C'est quoi ce bordel ?
- Venez, entrez, vous avez déjà déjeuné ? Ce sont vos enfants ? comme ils sont beaux ! venez, je vais nous faire un bon café, et vous, les enfants, que prendrez-vous ? un jus de fruits ?
- Nani, que s'est-il passé ?
- C'est vous qui avez fait ça, vous les humains...

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 24 Août 2008

Au bout de vingt longues minutes, je me décidai à rebrousser chemin. "Minute", enfin, ce qu'avant on avait coutume de nommer ainsi, car on divisait le jour (l'espace qui était compris entre deux apparitions du soleil, ou "levers", au moment des équinoxes, quand le temps de lumière était égal à celui de l'ombre) en 24 espaces égaux, dits "heures". La minute, étant le soixantième d'une heure; ça correspond approximativement au temps qu'il nous faut à présent pour faire fondre 4 bonnes poignées de neige dans une casserole sur le feu. La seconde était l'unité de base, ayant été définie par les anciens à partir des pulsations de leur coeur, 3600 représentaient une heure, 60 battements donnaient une minute...

La semi-pénombre dans laquelle nous vivons la moitié de l'année, depuis le début des "Nouveaux Temps", me permettait de distinguer les bâtisses, et de voir le chemin sous mes pieds, à une distance d'environ 50 mètres (c'est-à-dire 100 pas). Pas d'éclairage public, interdit, mais nous disposons à l'intérieur des maisons, d'une recharge de "lumière", que nous enclenchons au moment où la Lune (notre satellite toujours vaillant) passe au-dessus de la montagne. Elle a une durée quotidienne d'environ 10 des anciennes heures, le reste du temps, nous restons dans la pénombre. Notre année se décompose en deux périodes, une de lumière solaire permanente, et une de nuit quasi complète. Toutefois, les températures restent très froides, passant de - 1° en été à - 35° au coeur de l'hiver. Notre organisme s'est adapté à une alimentation essentiellement carnée. Combien de temps survivrons-nous ? Personne ne le sait.

On remarqua à peine mon retour, la table avait été mise, on mangerait l'éternel ragoût de viande, avec ces drôles de champignons, et ces légumes poussés dans des caves chauffées et éclairées en permanence, nouvelles serres des Nouveaux Temps...

Je m'approchai, on m'indiqua une place.

La conversation allait bon train, Nani avait pu se laver, puis se réchauffer quelques minutes... dans le sauna de la famille (la pile d'énergie qui nous était dévolue pour toute la période hivernale permettait d'alimenter les divers appareils nécessaires à notre survie). Il avait repris figure humaine, si l'on peut dire, et je retrouvais sur son visage, les traits de celui, de celle... que j'avais tant aimé(e). D'un amour à la fois filial (du fait de sa première apparence qui m'avait profondément troublé), dévoué (à la cause qu'elle m'avait demandée de défendre) et mystique quand je l'avais vu sous mes yeux devenir Giovani.

Les enfants lui demandaient de raconter l'histoire des Anciens Temps, celle qu'ils avaient entendue des milliers de fois, mais, là, c'était Nani "le cormoran", lui-même, qui allait leur dire tout ce qui était arrivé "en vrai". Il parla du vendredi 2 août 2019, de la montagne qui avait poussé durant la nuit, de la stupeur qui avait saisi la population de Paris, puis de la panique qui avait suivi dans tout le pays.

Comment les rats s'étaient précipités sur la montagne, y avaient proliféré, comme rechargés par la roche irradiée... Au bout d'un mois, devenus gras, imprévisibles de par leur mutation génétique, ils avaient constitué une menace très sérieuse pour la ville; l'hygiène, la sécurité, la santé des habitants n'étant plus assurée.

C'était pour cette raison, qu'on l'avait envoyée (à l'époque son apparence était celle d'un humain de sexe féminin) sur Terre, ou plutôt dans cette vibration de la Terre où se trouve l'humanité. Comprenant l'importance de cette apparence pour l'espèce humaine (bien que des femmes fussent Présidente et Maire de la capitale, elle sut très vite qu'on ne leur avait laissé accéder à ces fonctions que parce que ces dernières avaient perdu leur prestige d'antan; elles étaient considérées comme des "administratrices", des encadrantes, pas comme des "chefs", le vrai pouvoir s'étant déplacé ailleurs), elle avait dû changer sa programmation initiale et devenir "homme". Pour ce qu'elle avait à résoudre, ça semblait nécessaire. Ainsi, en une nuit aussi, Helena devint Giovani.

Ce fut lui, qui tel le Joueur de flûte de Hamelin, dont la légende fut reprise dans le fameux conte de Grimm, emmena les rats à sa suite, et à leur perte. Comme dans la légende, il en délivra la ville, mais ne put arrêter tous les grands malheurs qui s'ensuivirent : la disparition des enfants, partis, comme dans le conte, vers une autre dimension; plus grave encore : la modification de la vitesse de rotation de la Terre, décidée par les Maîtres du Temps. C'est ainsi que nous eûmes la glaciation.

Je l'interrompis :

- Nani, alors ? qu'ont-ils décidé ?
- Nous en reparlerons après une bonne nuit.., il sourit, de sommeil.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 15 Août 2008

Bruno ouvrit la porte de son bureau, s'installa face à son écran multidimensionnel qui flottait dans l'espace, oui, mais il fallait quand même le piloter un minimum. Bon, ce serait le grand soir, et pour lui seulement celui où il devait "récupérer" ses enfants pour, donc, 4 semaines... mais pour le pays, c'était fichtrement plus important. Des milliers, des milliards d'yeux seraient fixés sur Paris ce soir-là. La Maire, dans son bel habit de lumière, allait faire apparaître sur la capitale la première montagne "virtuelle" de tous les temps.

Depuis 5 ans on avait réussi à mettre tous les humains en réseau, partout sur terre, chaque jour, chaque personne pouvait (devait) se relier au "Central", un méga-giga-archi-énorme cerveau planétaire. Il suffisait pour certains, les moins sollicités par le système, de juste placer leur phalange sur le clavier, on savait ainsi qui ils étaient (et depuis combien de générations...), où ils se trouvaient précisément à l'instant x, leur état de santé, on pouvait même, avec les dernières techniques, déterminer ce qu'ils avaient fait la veille (activité sexuelle, abus de substances, nombre de calories ingérées, temps de sommeil, activité cérébrale "éveillée" : agitée, révoltée, intellectuelle, docile, "normale"...). Pour ceux qui étaient considérés comme plus "actifs", un site était créé qu'ils devaient mettre à jour quotidiennement, avec photos, vidéos, activités "essentielles" faisant part de leur "vécu" commenté. Les gens s'étaient peu à peu habitués (grâce aux émissions télé des années 2000 dites de "réalité") à être filmés, à vivre en étant surveillés jusque dans leur intimité. Il n'y avait plus besoin de caméras, le réseau faisait tout. Tout était enregistré, répertorié, suivi. Au petit déjeuner, on se connectait, phalange, mise à jour des données (en répondant aux questions du système : les incohérences, les inconnues), photos, vidéos à l'appui de ses dires (on passait son temps à se filmer). J'étais chez Marcel, voilà les photos, on a beaucoup bu (re-photos et phalange le prouvant), enregistrement vidéo, retour chez moi vers 3h du matin (pas de photos, j'étais trop fatigué(e), mais l'empreinte digitale sur la tablette de ma porte d'entrée (filmée aussi) devrait suffire).

Les "élus", les experts, ceux qui participaient au traitement des données, et à la reprogrammation du système, étaient tenus de fournir, en plus des informations sur leurs activités journalières, des contre-expertises faites par les casques numériques dernière génération. Il leur suffisait de se placer face à l'éclan 3 D, de poser leurs paumes sur le clavier, à l'endroit prévu à cet effet, tout en étant reliés au "Central" par un casque. Les paumes pouvaient depuis 2016 être lues numériquement (les lignes de la main n'avaient plus aucun secret depuis que Mistelli avait réussi à les interpréter grâce à un recoupement révolutionnaire entre génétique, biologie, sociologie, informatique et... textes ésotériques anciens).

Bruno colla ses mains sur le clavier, son casque relié à son cerveau muni de la puce nouvelle génération neuro-urano-transmettrice, le plutonium étant devenu la panacée des nouvelles technologies. Il lui fallait faire le point rapidement avant de pouvoir s'éclipser de cette soirée où il aurait dû être. Son excuse : ses enfants, la cadette, malade, exigeant des soins intensifs, sa présence nécessaire à partir de l'après-midi. Il avait les données, les justificatifs numérisés. Son ex-femme partie en vacances avec son compagnon, lui, devait prendre le relais.

La montagne.

Quelle folie ! La Maire et son équipe, suivie par la Présidente, avaient décidé qu'après la Plage, Paris aurait sa Montagne. On avait rasé tout un quartier, près de la Butte Montmartre, Barbès, Château Rouge, Stalingrad, jusqu'au bassin de la Villette. Pour ce faire, ce soir-là à 20h, tous les citoyens connectés devaient lancer une décharge simultanée (on leur faisait croire ça, mais en fait on n'avait aucunement besoin de leur "participation") via leur terminal, de radiation "concrétisée". On pouvait, depuis 2013, transformer le plutonium, par fusion froide, en pierre. L'extraordinaire étant qu'instantanément on peut rendre "concrètes" et démultipliées des milliards de fois, des molécules en fusion. Si vous voulez, un verre de matière en fusion pouvait en quelques minutes se transformer en 5 tonnes de roche.

C'est ainsi qu'à 20h ce jour-là, le vendredi 2 août 2019, lendemain de nouvelle lune et de beau trigone à Jupiter, on vit l'humanité se lancer dans cette expérience-là : la "concrétisation".

Il était chez lui, avec ses enfants, il regardait tout ça sur son écran 3D, lui n'avait pas appuyé sur le bouton, il savait que c'était bidon, car il avait participé au projet.

Il aurait dû partir le soir-même, s'éloigner, préserver ses enfants. Tous deux si sages, si obéissants, admiratifs de ce père si "victime", si fragile... Lui, 13 ans, Luc, elle, 10 ans, Emilie. Silencieux, face à cet écran qui leur contait la réussite du père.

Ils virent, comme des millions d'autres personnes, des milliards plus tard... la construction d'une tour de Babel de 985 mètres, au nord de Paris, près du Sacré coeur... Ca prit la nuit. Ca s'éleva sans bruit. Au petit matin, mais personne n'avait dormi, les apprentis sorciers avaient réussi à créer cette montagne grise, cette énorme chose qui fit de l'ombre à Montmartre, qui recouvrit presque tout le Nord-Est de la ville.

Une nuit dont nous n'oublierons jamais la date, car elle est le début de notre ère.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

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Publié le 10 Août 2008





La nuit précédant ce vendredi, il avait très mal dormi. Un rêve récurrent était venu agiter sa psyché; d'habitude, c'était les eaux qui submergeaient Paris, ou une attaque nucléaire, un tremblement de terre... là, ça innovait : il vit une météorite, immense, s'écraser près de la capitale. Dans son rêve, il se dit : "Ah, c'est donc ainsi que des montagnes ont poussé sur Paris". L'inquiétude l'étreignait, comment échapper à cette catastrophe ? il voyait qu'il était déjà parti en vacances au loin, avec ses enfants, quand l'événement survint. Ouf, donc, la météorite avait tout détruit, mais lui était sain et sauf avec ses petits... Il pouvait se réveiller.

De toute la journée (le rendez-vous avec la nouvelle directrice de la communication, qui était-elle vraiment ? une sorte d'hallucination lui avait fait croire qu'elle était un ange, ou son âme... personnifiée), il n'avait réussi à reprendre pied (Judith, son ex-femme, qui l'embobina au point qu'il crut à une intervention divine venue résoudre ses difficultés relationnelles) qu'au moment du dessert.

Il sortit de la tour "Phare", vers 14h30, il avait encore quelques dossiers à régler, avant d'être en vacances ! Ce qui l'agaçait le plus était de ne pouvoir assister le soir-même au lancement de la grande inauguration de la Ville, la Maire l'avait personnellement convié, la présidente de la République serait présente aussi... Oui, il avait beaucoup fait, même de loin, seulement sur les blogs, soit ! il se contentait de faire le "spin doctor" à droite et à gauche, si l'on peut dire... pourtant, dans le sérail on savait qu'il y avait beaucoup contribué à cet extraordinaire projet : après "Paris plages", "Paris montagne". Il faisait partie des hommes de l'ombre, ceux sans qui rien n'aurait pu se concrétiser.

Non, il me l'avait clairement exprimé, il n'était qu'une brindille servant à allumer ce beau feu de joie... Mais, rien ne lui était plus précieux que ses enfants... et il n'avait aucune envie de les mêler à cette mascarade. Il y réfléchissait souvent : quand on a une descendance on peut finalement accepter de s'éteindre sans plus d'atermoiement; pour lui la mort n'était pas une ennemie, juste une rencontre à faire... à désirer même par moments, il lui fallait juste la faire attendre un peu que ses enfants soient... à l'abri. Pourquoi, cette obsession de la mort ? pourquoi ces rêves ? se demandait-il seulement, au petit matin...

Quand il rencontra cette "femme", Nani, il comprit que quelque chose ne tournait plus rond. Soit il devenait fou, soit la terre devenait folle, soit le monde se dressait face à leur projet...

Oui, la France était depuis de nombreuses années championne en "énergie nucléaire"... "civile"... Bruno avait contribué au nouveau projet, lui et son équipe avaient fait pourrir les révoltes nées des blogs, en noyautant tout ce qui se trouvait d'opposition... lui, il avait réussi, personnellement, à infiltrer les réseaux les plus opposés... les ayant dissous, par la technique dite du double langage, des doubles contraintes, savamment orchestrés. Une équipe de techniciens, linguistes, psychologues, sociologues... travaillant quotidiennement à démonter ce que des individus, des réseaux associatifs... essayaient d'élever contre la nouvelle société du bonheur obligé...

Alors, lui qui était à l'origine de tout ça... même s'il n'en était qu'un rouage subalterne... pourquoi voulait-il fuir ? Quel danger planait sur Paris ?

(à suivre)


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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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Publié le 6 Août 2008


                                                               Cosmos jaunes



Je retrouvai Judith, au pied de la tour. Ce que Nina venait de me révéler, qu'elle était une sorte de mi-ange, mi-humain désincarné; tout un ensemble de choses me rappelant certaines théories sur la réincarnation, la théosophie, et ce que j'avais lu d'Alice A. Bailey, l'enseignement transmis par le Tibétain... Bref, de l'ésotérisme en barre, Judith allait encore... non, je ne devais pas lui en parler.

- Tu as l'air d'être à côté de tes pompes, me lança-t-elle en préambule.
- Euh, tu trouves ? non, tout va bien. Peut-être ce souci concernant nos dates de vacances...
- Arrête ! tu m'avais promis que tu serais OK pour tout le mois d'août... j'ai donc posé des vacances avec Fabrice pour Août, tu vas pas tout gâcher, juste parce que tu voudrais me faire suer !
- Judith, je n'ai jamais dit "tout" le mois d'août. C'est pas parce que moi je n'ai pas de "petite amie", et de "vacances en amoureux" que je n'ai pas le droit d'avoir, moi aussi, des empêchements, ou des... désirs.
- Attends, pourquoi ça te gêne de prolonger jusqu'à fin août ?
- Parce que je voudrais avoir une semaine à moi, avec moi en tête à tête, quelque part que je n'ai pas encore défini, fin août... et pas début septembre, car je dois être à mon bureau le 2 septembre : réunion au sommet oblige !
- Bon, on en parle pendant le déjeuner.
- Ok.

Là-haut ça ne s'arrangea guère, on palabra, jusqu'à ce que j'obtienne la deuxième semaine de septembre, ben non, je n'avais pas de réservation en Toscane, moi... ben, oui, je pouvais m'arranger avec moi-même pour les annulations... oui, elle avait passé tout le mois de juillet avec les enfants chez son père à elle, l'écrivain célèbre (pas le raté comme moi).

Au dessert, tout à coup, Nani surgit, dans mon esprit d'abord et pour de vrai ensuite. Elle s'approcha de notre table, se pencha vers moi tout en regardant Judith :

- Bruno, euh... bonjour ?
- Judith Skinner, mon ex-femme, Na.. Helena Cristiani, notre directrice de la communication.
- Bruno, pardon de venir vous interrompre pendant votre déjeuner, mais vous partez en vacances la semaine prochaine... j'aimerais, si vous le pouviez, que vous reveniez préparer la campagne de rentrée, la dernière semaine d'août. Pourquoi ne partiriez-vous pas en septembre, c'est une très belle saison... à New York, par exemple, c'est merveilleux l'été indien.
- Oui... c'est une bonne idée, septembre, bégayai-je.
- Je vous laisse, on se confirme tout ça par mail demain. Au revoir Judith, pardon de vous avoir dérangés.
- Oh, ce n'est rien, exulta-t-elle, au revoir...
- Nani !
- Au revoir Nani.

Je réalisai au moment du café, que tout cela était orchestré, mes pensées même, sans doute... Je le compris au sourire de Judith, des années que je ne l'avais vue aussi attentionnée avec moi... "Es-tu sûr que 18h, ce soir, ça ira pour récupérer les enfants ? bon, 3 semaines... à Aigues Mortes, c'est super, non ? Ecoute, je suis si contente de pouvoir te laisser les enfants fin août aussi, bon, tu les auras chez toi... à Paris, mais ça ira, ils seront au Centre de Loisirs."  

Des années que nous n'avions pu finir une discussion sans repartir chacun de notre côté, humiliés, et le sentiment de s'être fait blouser... Là, rien de tel. Elle était contente. J'étais serein. Pas de quoi fouetter un chat. Ca ne promettait rien de bon... Le ciel risquait de nous tomber sur la tête.

(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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Publié le 2 Août 2008

Première hypothèse, me dis-je, je suis fou. Deuxième hypothèse, je suis en train de le devenir. Dernière possibilité, ceci me dépasse.

"Je comprends votre surprise", murmura-t-elle, son visage s'éclairant d'un délicat sourire. "Ca fait toujours cette impression la première fois, on se dit qu'on a perdu la raison".

- Pardon ? répondis-je.
- Oui, vous ne savez plus où vous en êtes, que je sois le portrait craché de votre mère, c'est bien à elle que je ressemble, n'est-ce pas ? ça doit profondément vous perturber.
- Mais...
- Je vais vous dire ce que nous attendons de vous.

C'est alors que sous mes yeux elle se métamorphosa en quelque chose d'éthéré, je ne voyais plus vraiment, je percevais plutôt des couleurs, des sensations, une chaleur, un bien-être... c'était peut-être ça le ventre de ma mère... sentis-je.

Je crus m'être assoupi, pourtant autour de moi, la pièce n'avait pas bougé, plus lumineuse, plus vibrante, mais, la même. J'écarquillais les yeux, de nouveau Nani avait repris forme humaine.

- Oui, je vais vous expliquer, pourquoi nous vous avons choisi. Nous devons intervenir, non pas empêcher, car tout doit arriver, mais interférer dans le déroulement du plan orchestré par les dirigeants du pays. Pourquoi nous le devons, je ne peux le révéler, mais comment nous allons procéder, ça oui, je peux vous en informer.

Ma tête tournait un peu, mes jambles flageolaient, je m'étais relevé pour observer par la fenêtre la nouvelle tour "Phare" construite en 2013, avec ses éoliennes tournant à son sommet, sa blancheur, sa forme bombée, comme le ventre d'une femme enceinte, elle était le symbole de "l'architecture organique". Sur la passerelle des hommes et des femmes d'affaires s'affairaient vers leurs bureaux. J'avais rendez-vous avec Judith, à midi, au pied de la tour, on irait déjeuner au restaurant panoramique qui se trouvait au dernier étage pour finaliser le programme de vacances des enfants. Tout se mélangeait dans mon esprit, puis peu à peu, je commençai à ressentir une sensation de légèreté, comme si tout ça, les vacances avec les enfants, les tensions avec Judith, mon travail, ma petite vie, mes frustrations... comme si c'était devenu une aquarelle tracée par la main légère et assurée d'un... ange.

Je me tournai vers elle, ses yeux brillaient d'une sorte de fièvre "froide", calme. De quelle couleur étaient-ils ses yeux ? vert noisette ? gris bleu ? j'allais m'y plonger pour vérifier. Elle les ferma un instant, qui me parut une éternité.



(à suivre)

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Rédigé par Luciamel

Publié dans #Le bel amant

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