Voyage sur la ligne 2

Publié le 15 Février 2008

Le matin à 9h, les visages tout juste débarqués de leur voyage de la nuit. Un homme habillé simplement, et rasé de près, fait la manche, il doit parler. 

"Excusez-moi de vous déranger... nous vivons en République. Dans une grande démocratie, personne ne devrait avoir à faire ce que je fais, personne ne devrait être un laissé pour compte... mais comme nous vivons dans une grande démocratie bientôt ça va s'arranger... En attendant, est-ce vous pourriez m'aider d'une petite pièce ou d'un ticket restaurant, d'un sourire ?"

Un homme cherche une pièce dans son porte-monnaie, n'en trouve pas... L'autre lui dit : "c'est rien, merci quand même" et s'éloigne.

Annie Ernaux écrit des livres que je n'ai pas lus. Dans le dernier numéro de Télérama, le contraste du visage de cette femme de 67 ans,  avec certains des propos de la journaliste : "ses amours violemment charnelles ou humiliantes". Elle parle de révolution, de politique, de Bourdieu. Cette femme m'intrigue et m'attire.

A la sortie du métro, un homme assis en haut des marches, près de lui une boîte en carton découpée, des pièces qu'il y a posées, pour bien indiquer où, et combien, on peut donner, il sort de sa poche une autre petite pièce jaune qu'il ajoute à celles déjà assemblées, il prend soin de bien placer l'ensemble de façon à rendre l'étal attractif. Une jeune femme revient sur ses pas, pour apporter sa contribution à l'édifice. 

Dehors, l'air est frais, froid même. C'est un matin de la mi-février.

Ensuite, G. me parle de Mercedes Sosa et d'Ariel Ramirez... d'Alfonsina y el mar. Je connais la chanson... de Mercedes, la reprise de Cristina Branco, il me raconte l'histoire... de cette poétesse, du début du XXe siècle, née en Suisse, dans le Tessin, émigrée à l'âge de 4 ans en Argentine, féministe, amie des plus grands poètes, de Borgès entre autre. Ses thèmes, la mer, la mort, le suicide. Elle est une véritable légende en Argentine : Alfonsina Storni, qui, à 40 ans, atteinte d'un cancer, et après avoir écrit un dernier poème d'adieu ("je vais dormir") s'avance vers la mer pour s'y plonger à jamais. 


Te vas Alfonsina con tu soledad
¿ Qué poemas nuevos fuiste a buscar ?
Y una voz antigua de viento y de sal
Te requiebra el alma
Y la está llamando
Y te vas, hacia allá como en sueños,
Dormida Alfonsina, vestida de mar.


Je dirai, comme Mercedes Sosa : "gracias a la vida" car, aujourd'hui, elle m'a fait cadeau de... tout ça. Que la nuit nous porte jusqu'à demain.

Rédigé par Luciamel

Publié dans #métro - voyages

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lucia mel 03/11/2009 19:03


@Mtislav : moi la mendiante d'humanité, je reçois sur mon premier billet, son premier commentaire... le tien (la pièce qui manquait). Tu vois, le monde tourne... et le temps est circulaire,
hier... aujourd'hui, ne sont que des mots qui nous leurrent. Tu remarqueras que mon deuxième billet s'intitulait "Brazil, Brasil...", je te laisse méditer ;-)))


mtislav 03/11/2009 13:54


Je poursuis ma visite des blogs figurant au "Paradis". Il me reste une petit pièce que je dépose ici avec plaisir et un brin de tristesse, tu en feras bon usage...