L'amour des peintres

Publié le 21 Novembre 2008

 

 

                                            Vieira da Silva  (peintre portugaise)

                                                         Ville au bord de l'eau

 

 

Elle s'appelle C..., elle est japonaise, dans un groupe d'apprenants étrangers de français langue étrangère : deux Allemands, deux Japonaises.

 

Aujourd'hui le thème est le PACS, après la famille recomposée, les relations homme-femme... dans nos sociétés développées.

 

C... nous avait déjà expliqué qu'elle vivait avec un homme plus âgé qu'elle (de 30 ans...), en fait personne ne le lui avait demandé, mais elle avait cru bon de nous garantir (le sujet étant la violence en France, les femmes plus en danger dans leur couple que dans une rue déserte la nuit...) que son ami ne la battait pas. On la rassura, on ne voulait pas connaître sa vie privée, ni son intimité...

 

Deux jours plus tard, le sujet revint sur le tapis... et là, il s'agissait d'infidélité : comprendre que le mot "affaire" en français ne veut pas dire ce qu'il signifie dans toutes les autres langues (qui l'ont emprunté au français), une aventure, une liaison. Ben non, pour les Français, une affaire, ce n'est pas une partie de jambes en l'air, c'est très sérieux, c'est  l'avocat, c'est le financier, c'est le business (en anglais dans le texte). Et là, comme à l'accoutumée, tous mes étudiants s'esclaffent, sont abasourdis, veulent m'informer : mais dans notre langue une "affaire" c'est justement une aventure amoureuse... "oui, oui, je sais..."

 

Je leur explique que le vocabulaire en français est très riche pour décrire ces situations : aventure, liaison, après ça devient vie commune, puis... trahison, séparation, arrangement ... endormissement ???  Heureusement, l'après-midi, je devais m'occuper du "couple" Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir : ouf, on respire ! comment relater à un jeune Britannique de 18 ans que L'invitée (qu'il doit lire) est le compte-rendu de la relation Sartre-Beauvoir avec la jeune élève de Beauvoir (dont elle était la maîtresse et la professeure) et dont Sartre deviendra l'amant, avant que cette dernière n'épouse un homme avec qui Beauvoir aura préalablement couché... La littérature française...

 

On s'était attachés à dire que le nouveau film avec Depardieu et Fanny Ardant reprenait le couple de Francois Truffaut dans La femme d'à côté, que tout cela figurait l'infidélité, la culture française... les liaisons, les aventures...

 

A ce moment-là, C... voulut prendre la parole : elle nous expliqua qu'il n'y avait pas que les cinéastes qui étaient très infidèles, les peintres aussi.

 

Silence.

 

J'essayai de recentrer la discussion (en face de moi, la compatriote japonaise un peu paniquée : quelle image cette femme est-elle en train de donner de notre pays ? elle me regarde un peu inquiète). La seule façon de récupérer le groupe était de les faire rire : "ah... donc, les peintres sont infidèles ? pourrais-tu nous expliquer pourquoi ?"

 

Elle nous conte son expérience, nous dit qu'elle a eu une aventure avec un peintre célèbre, qu'il avait beaucoup de maîtresses, que c'est courant dans ce milieu, que pour une jeune peintre inconnue la façon la plus aisée d'acquérir une certaine notoriété c'est de coucher avec un peintre renommé (C... est styliste et dessinatrice).

 

Silence.

 

J'insiste sur le côté cocasse de la chose... En France, cherchez le peintre connu, couchez avec lui et vous deviendrez célèbre. On pourrait l'étendre, peut-être, à d'autres professions... couchez avec l'homme politique le plus en vue...

 

La jeune femme allemande du groupe intervient : mais je suis peintre ! je ne comprends pas, je ne couche pas avec plein d'hommes. Je demande à C... si sa théorie marche aussi avec des femmes peintres... elle dit que non, c'est seulement avec  les hommes. Nous la regardons admiratifs, tant de candeur nous... consterne.

 

Mais nous la remercions, car elle vient de nous réveler cette vérité : ça ne marche pas avec "la femme"... couchez avec la femme peintre la plus célèbre... avec la femme politique la plus célèbre... ben non, Messieurs... ça ne vous assure, pas encore... la sécurité financière, ni la notoriété.

 

 

 

Vanitas de l'extraordinaire Paula Rego

(peintre portugaise vivant à Londres)

 

 

Rédigé par Luciamel

Publié dans #Politique - société

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luciamel 23/11/2008 12:58

@Clarence : je ne voudrais pas donner une image fausse de ces Japonaises, ou Japonais, que je côtoie depuis une dizaine d'années. Sur les centaines rencontrés, seuls quelques rares exemples... de personnes un peu "perdues", ou perturbées, par leur vie, par le séjour ici... rien que de très normal ! Si j'étais prof de japonais, et que mes élèves fussent des Français et Françaises, j'aurais sans nul doute matière à écrire beaucoup de billets très amusants. Si j'étais élève de FLE (français langue étrangère) à Paris, je pourrais sans doute écrire des anecdotes très drôles sur mes profs...
Je pourrais dire les personnes extraordinaires rencontrées : le journaliste installé à Paris, mes amies japonaises (elles le sont devenues) : femmes d'une subtilité, d'une liberté, d'une acuité intellectuelle, que j'ai peu retrouvées chez mes amies françaises. J'admire et apprécie les qualités, l'honnêteté, le courage de ce peuple et de sa culture.
Paula Rego, oui, j'espère que tu as pris le temps de regarder le clip, sinon le revoici : http://fr.youtube.com/watch?v=s0gKK6TeJOA femme peintre, qui, sans doute, ne serait pas insensible à ton charme...

Clarence Boddicker 23/11/2008 02:04

Oui, je compatis. Eu égard au service rendu à la patrie, tu mérites amplement qu'on t'offre un référencement spécial sur les japonaises.
Bon, je suis pas sûr que tes étudiantes soient "normales" hein. Peut être le fait de s'exprimer dans une langue aussi spéciale que le français...
Mais merci, grâce à toi, je ne suis plus sans connaitre Paula Rego. J'aime beaucoup, et surtout j'aimerai beaucoup coucher avec elle ! Promotion canapé oblige !
Clarence, infidèle et carriériste !